mercredi 8 avril 2020

AVRIL 2020


PREMIÈRE PAROLE : LA COLÈRE
« Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font».

La passion qui, plus que toute autre, plonge dans la nature rationnelle de l'homme de profondes racines, c'est la colère. Il peut y avoir compatibilité entre la colère et la raison, car la colère est fondée sur la raison qui pèse l'injure faite et la satisfaction qu'il faut en exiger. - Nous ne nous mettons pas en colère à moins d'avoir subi quelque injure - ou de le croire.

Toute colère n'est pas coupable, car il existe une juste colère.  Nous en trouvons l'expression la plus parfaite en Notre-Seigneur chassant les vendeurs du Temple. Passant dans l'ombre des portiques à la fête de Pâque, il y trouva des commerçants avides dont les victimes étaient les fidèles désireux d'acheter des agneaux et des colombes pour les sacrifices.

Faisant un fouet de cordelettes il passa au milieu d'eux avec une calme dignité et une splendide maîtrise de soi, plus impressionnantes que le fouet. Il chassa au-dehors les bœufs et les moutons; de ses mains, il renversa les tables des changeurs qui se bousculèrent pour ramasser leurs pièces d'argent roulant sur le sol; du doigt il désigna les vendeurs de colombes et leur ordonna de quitter l'enceinte extérieure; à tous il dit : « Enlevez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafiquants ».

Alors fut accomplie l'injonction de l'Ecriture: « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ». Pour que la colère ne soit pas un péché il faut trois conditions: 1 ° Que la cause en soit juste: par exemple la défense de l'honneur de Dieu; 2° qu'elle ne dépasse pas les exigences de la cause, c'est-à-dire qu'elle soit contrôlée par la raison; 3° qu'elle soit rapidement maîtrisée: « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère ».

Ici nous n'avons pas affaire à la colère juste, mais à la colère injuste, à celle qui n'a pas de cause légitime, à la colère excessive, vindicative, prolongée; à cette colère, à cette haine de Dieu, qui a détruit la religion sur un sixième de la surface de la terre; qui pendant la guerre civile en Espagne a brûlé 25.000 églises et chapelles, et massacré 12.000 serviteurs de Dieu; à cette haine qui n'est pas dirigée seulement contre Dieu mais contre autrui, et qu'enflamment les disciples de la guerre des classes qui parlent de paix et trouvent gloire dans la guerre; à cette colère rouge qui fait monter le sang au visage; à cette colère blanche qui le ramène au cœur et qui fait pâlir; à cette colère qui veut rendre le mal pour le mal, coup pour coup, œil pour œil, mensonge pour mensonge ; à la colère du poing tendu prêt à frapper non pour défendu qu'on aime, mais pour attaquer ce qu'on hait; en un mot à cette colère qui détruira notre civilisation si nous ne la surmontons par l'amour.

Notre-Seigneur est venu réparer le péché de colère, d'abord en nous enseignant une prière: «Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés» ; puis en nous donnant un précepte : « Aimez vos ennemis, faites du bien ceux qui vous haïssent».  Plus concrètement encore, il ajouta: « Si quelqu'un veut t'obliger à faire un mille avec lui, fais-en deux. .. celui qui veut t'appeler en justice pour avoir ta tunique, abandonne aussi ton manteau ».

La vengeance et les représailles sont défendues: « Vous avez entendu qu'il a été dit : œil pour œil, dent pour dent ...  Mais, moi, je vous dis : Aimez vos ennemis».  Ces préceptes étaient d'autant plus frappants, qu'il les pratiquait lui-même.

Quand les Générasiens se fâchèrent contre lui parce qu’il attachait plus de valeur à un homme infirme qu'à un troupeau de porcs, l'Ecriture ne rapporte aucune réplique : « Entrant dans la barque, il passa de l'autre côté du lac ».   Au soldat qui le frappa de son poing armé, il répondit avec douceur : « Si j'ai mal parlé, prouve-le, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu» ?

La réparation parfaite pour la colère fut offerte au Calvaire.  L'on pourrait dire que la colère et la haine conduisirent le Sauveur sur cette colline.  Son propre peuple le haïssait puisqu'il demanda son crucifiement;  la loi le haïssait puisqu'elle renia la justice pour condamner le Juste; les Gentils le haïssaient puisqu'ils consentirent à sa mort; les forêts le haïssaient puisqu'un arbre porta le fardeau de son poids; les fleurs le haïssaient puisqu'elles entrelacèrent des épines pour son front; les entrailles de la terre le haïssaient puisqu'elles donnèrent du fer pour le marteau et les clous.

Enfin pour personnifier toute cette haine, la première génération de poings tendus qu'il y eut dans l'histoire, debout au pied de la Croix, les brandit à la face de Dieu. Ce jour-là on déchira son corps en lambeaux, comme aujourd'hui on brise son tabernacle ; naguère en Espagne et en Russie on a mis les crucifix en pièces de même que jadis sur le Calvaire on frappa le Crucifié.

Ne croyez pas que le poing fermé soit une nouveauté du XXe siècle; les gens au cœur glacé qui le lèvent aujourd'hui sont la postérité directe de ceux qui, au pied de la Croix, levaient la main contre l'Amour et chantaient d'une voix rauque la première Internationale de la haine.

Lorsqu'on contemple ces poings crispés, on ne peut s'empêcher de sentir que si jamais colère put être justifiée, si jamais il convint à la justice de juger, si jamais le pouvoir eut le droit de frapper, si jamais l'innocence put légitimement protester; si jamais Dieu put à bon droit, tirer vengeance de l'homme, ce fut à ce moment-là.

Et pourtant en cet instant où la faucille et le marteau s'unirent pour couper l'herbe sur la colline du Calvaire afin d'y ériger une Croix et pour enfoncer des clous dans les mains de l'Amour incarné afin de les empêcher de bénir, le Sauveur, pareil à l'arbre qui parfume la cognée qui le tue, laissa tomber pour la première fois sur cette terre la parole qui répare parfaitement pour la colère et la haine, prière pour l'armée des poings tendus: « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ».

Le plus grand pécheur peut maintenant être sauvé; le péché le plus noir peut être effacé; le poing crispé peut s'ouvrir; l'impardonnable peut être pardonné.   Alors qu'ils étaient sûrs de savoir ce qu'ils faisaient, il s'empara du seul moyen de pallier leur crime, et il le fit valoir aux yeux de son Père avec toute l'ardeur d'un  Cœur miséricordieux : leur excuse, c'est l'ignorance : « ils ne savent pas ce qu’ils font ».  S’ils savaient ce qu’ils faisaient en clouant l’Amour sur un arbre, et s’ils continuaient pourtant de le faire, ils ne seraient jamais sauvés.  Ils seraient damnés.

C’est parce que les poings se ferment par ignorance qu’ils peuvent s’ouvrir et se transformer en mains jointes ; c’est parce que la langue blasphème par ignorance qu’elle peut encore prier.  Ce n’est pas la sagesse  consciente qui sauve ; c’est l’ignorance inconsciente.

Mgr F.SHEEN (Du haut de la Croix – p 209 à 212)

Résolution 

Nos colères sont-elles justes ou injustes ?  Les premières participent de la Charité, les secondes vont à son encontre.  Au temple et du haut de la Croix, Notre-Seigneur nous en montre l’exemple.

jeudi 19 mars 2020

MARS 2020


NEUVAINE A SAINT JOSEPH,
MODÈLE ET PATRON DES AMIS DU SACRE-CŒUR


Avant chaque prière quotidienne

Aimé soit partout le Sacré-Cœur de Jésus ! (100 jours d’ind. Pie IX)
Notre Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous ! (300 jours d’ind. Chaque fois. Pie X)
Saint Joseph, priez pour nous ! (100 jours d’ind. Une fois par jour, Leon XIII)

Après chaque prière quotidienne

OREMUS
Souvenez-vous, Ô Glorieux Saint Joseph, Modèle et Patron, des amis du Sacré Cœur, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, sollicité votre secours et imploré vos suffrages, ait été abandonné. Animé d’une pareille confiance, Ô Chaste Epoux de Marie, Ô mon tendre mon Père, je viens à vous et gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô juste Joseph, père nourricier du Verbe fait homme pour moi, ne méprisez pas ma prière, mais écoutez-la favorablement et daignez l’exaucer. Ainsi soit-il.

PREMIER JOUR

Glorieux et aimable Saint Joseph, je viens vous invoquer pendant neuf jours sous un titre qui vous est cher. Vous avez beaucoup aimé le Cœur de Jésus et ce divin Cœur vous a infiniment aimé. Vous êtes vraiment le MODELE ET LE PATRON DES AMIS DU SACRE-CŒUR. Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, et une étoile diffère d’une autre en éclat. Ainsi les saints diffèrent entre eux. Tous furent les amis du Cœur de Jésus, mais vous l’avez été plus que tous, après la Bienheureuse Vierge Marie. Aussi tous s’inclinent devant vous. L’ancien Joseph vit le soleil, la lune et onze étoiles l’adorer.  Or Jésus, soleil de justice, Marie, douce comme la lune, les apôtres et les saints, brillants comme des étoiles, se sont inclinés devant vous.
Je me joins à eux, Ô Joseph. Je vous salue, ô vous qui êtes le grand Modèle et le Patron des amis du Sacré-Cœur et je vous prie de m’accorder ce que je vous demande pendant cette neuvaine.

DEUXIEME JOUR

Saint Jean, le disciple bien aimé, fut chois de Jésus pour sa pureté virginale ; il a reposé sa tête sur ce Cœur sacré ; il a été le gardien de la plus pure des vierges et de Jésus lui-même. Ô aimable Saint Joseph, ce que saint Jean n’a fait qu’une fois, vous l’avez fait bien souvent. Jésus aussi a reposé sa tête innocente sur votre Cœur si pur. Marie, la Vierge Immaculée, vous a été confiée pendant de longues années.
Oh ! Penchez-vous encore sur le Cœur de Jésus, et vous unissant à Notre-Dame du Sacré-Cœur, demandez à votre divin Ami de me rendre doux et humble de cœur. Obtenez-moi de Lui ce que je vous demande pendant cette neuvaine.

TROISIEME JOUR

Le précurseur du Messie, saint Jean-Baptiste, s’est appelé « l’ami de l’Epoux ». Il a prêché dans le désert et a annoncé le Sauveur. Il a été un modèle de mortification. Vous, Ô Glorieux Saint Joseph, vous avez été « l’ami par excellence de l’Epoux et de l’Epouse ». Vous avez vécu avec eux. Vous avez porté Jésus dans vos bras, dans les déserts de l’Egypte ! Vous avez pratiqué une mortification continuelle et vous avez prêché par un silence éloquent.
Rendez-moi, ô bienheureux Père, l’ami de Jésus et Marie, l’ami de la mortification et du silence. Accordez-moi ce que mon cœur désire, toujours conformément à la volonté de Dieu que vous avez si parfaitement accomplie.

QUATRIEME JOUR

Jésus a appelé Lazare son ami. Lazare a reçu plusieurs fois Jésus à Béthanie. Vous, ô Saint Joseph, vous l’avez gardé pendant bien des années. Jésus n’était pas à la mort de Lazare ; il était loin ; mais il assisté à la vôtre, vous donnant la main dans le passage du temps à l’éternité. Il a ressuscité Lazare et nous croyons pieusement, quoique ce ne soit pas de foi, que vous êtes en corps et en âme dans le ciel.  Ô ami privilégié de Jésus, faites-moi vivre en union avec lui. Qu’il habite toujours avec moi par la foi et par la grâce. Qu’il ne m’abandonne pas à l’heure de la mort. Que je meure en sa compagnie, en celle de Marie et en la vôtre. Qu’il me place à côté de vous dans le séjour des élus.
Ô Saint Joseph, Modèle et Patron des amis du Cœur de Jésus, accordez-moi les autres grâces que je vous demande.

CINQUIEME JOUR

L’EVANGILE nous dit que Jésus aimait Marthe. Celle-ci a servi Jésus quelquefois ; vous, ô Joseph, vous l’avez servi pendant de longues années, vous l’avez servi du matin au soir et du soir au matin. Marthe était troublée dans sa sollicitude, et vous, vous avez servi Jésus en paix et dans les plus pénibles circonstances. Marthe a nourri quelquefois son divin Sauveur ; vous, vous lui avez gagné le pain de chaque jour. Vous n’avez pas oublié « l’unique nécessaire ».
Oui, vous êtes l’ami fidèle et le père nourricier de Jésus. Je vous confie mon âme, nourrissez-la des vertus que vous avez pratiquées. Faites-moi éviter le trouble et l’agitation. Enseignez-moi l’unique nécessaire et obtenez-moi les grâces que je demande au Cœur sacré de Jésus par votre puissante intercession.

SIXIEME JOUR

Le Saint Evangile nous dit encore que Jésus aimait Marie-Madeleine. Cette illustre Sainte a arrosé des larmes du repentir les pieds de Jésus. Vous, ô Saint Joseph, vous les avez arrosés de la tendresse. Madeleine lui a prodigué ses parfums, vous lui avez prodigué vos sueurs et vos peines. Madeleine a baisé les pieds de Jésus, et vous, ô Joseph, vous avez baisé ses innocentes mains et son front serein, vous l’avez pressé contre votre cœur. Madeleine le cherchait, après sa mort, pendant qu’il vous visitait dans les limbes.
Ô Modèle et Patron des amis du Cœur de Jésus, obtenez-moi le pardon de mes péchés, des larmes de repentir et d’amour. Que je travaille désormais pour la gloire de ce Cœur sacré et l’avènement de son règne. Daignez m’obtenir aussi les grâces que je demande pendant cette neuvaine.

SEPTIEME JOUR

Je ne vous appellerai plus serviteur, disait Jésus à ses apôtres, mais je vous appellerai « mes amis », parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. A vous j’ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. Ô Glorieux Saint Joseph, vous avez connu avant les apôtres le grand mystère de l’Incarnation. Que de secrets, après celui-là, Jésus ne vous a-t-il pas révélés ! Comme les apôtres, vous êtes allé porter le Sauveur aux nations étrangères, au péril de votre vie. Avec Marie, vous avez été le premier missionnaire du Sacré-Cœur. Vous avez été le martyr caché et inconnu du secret de l’Incarnation et vous êtes mort d’amour pour Jésus.
Saint Joseph, Modèle et Patron des amis du Sacré-Cœur, rendez-moi, en quelque manière, votre imitateur. Nous pouvons tous être plus ou moins les missionnaires du Sacré-Cœur. Embrassez mon cœur du feu de votre zèle et de votre amour pour le divin Cœur. Je vous demande de nouveau la grâce particulière de cette neuvaine.

HUITIEME JOUR

L’EXODE nous dit : « Le Seigneur parlait à Moïse face à face comme un homme a coutume de parler à son ami ». Le Verbe fait chair vous parlait véritablement face à face, ô Grand Saint Joseph ! Il ne vous parlait pas sous une forme mystérieuse et empruntée. Il vous parlait « comme un ami à son ami », bien plus, comme un enfant à son père. Il parlait à votre oreille, à votre cœur. Moïse a conduit le peuple dans le désert, et vous, ô Saint Joseph, vous y avez conduit et protégé Jésus et Marie. La loi, dit l’apôtre, a été donnée par Moïse et la grâce par Jésus-Christ.
Ô Modèle et Patron des amis du Sacré-Cœur, apprenez-moi à converser avec Jésus. Obtenez-moi l’esprit d’oraison, l’esprit vraiment intérieur et la plus grande fidélité à la loi du Seigneur. Apprenez-moi à aimer Dieu et le prochain ; c’est là toute la loi.

NEUVIEME JOUR

Ô Saint Joseph, qui avez tant aimé le Sacré Cœur, si je cherchais dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau tous les saints qui ont été les amis de Dieu ; si je relisais la vie de tous les bienheureux qui ont illustré l’Eglise catholique, je pourrais dire avec Sainte Thérèse, votre fidèle servante, que vous les surpassez tous par les soins que vous avez rendus à Jésus et à Marie, par votre dignité et par le grand nombre de grâces que vous pouvez nous accorder et par la place que vous occupez dans le ciel.
Aussi je me jette à vos pieds et vous demande toutes les grâces spirituelles et temporelles que vous savez m’être nécessaires. Je vous confie le soin de mon âme et de mon corps, de ma vie intérieure et extérieure, de la durée de mon existence et du moment de ma mort. Je désire être à votre exemple un ami du Cœur de Jésus, un ami de Notre-Dame du Sacré Cœur, un ami de vous-même. Jésus, Marie, Joseph ! Ô doux noms, soyez toujours sur mes lèvres !... Que je les chante ici-bas dans les jours de mon pèlerinage, que je les chante en quittant l’exil ! Que je les chante à jamais dans l’éternelle Patrie ! Ainsi soit-il.


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mardi 4 février 2020

FEVRIER 2 020

Jésus et la Samaritaine


Bien souvent, hélas, le prochain est un écran de Dieu au lieu d’être un transparent de Dieu. Par son attrait humain ou le vertige de la chair, il nous attire à lui, nous perdant en lui et avec lui.  A moins, qu'au contraire, il nous demeure étranger, indifférent.  Dans nos contacts avec les autres, bien peu nous livrent Dieu. Il suffirait, cependant, de nous rencontrer en son Nom « pour que Dieu soit » au milieu de nous.

Le comportement vis-à-vis du prochain fait d’abord l'objet d'un devoir primordial puisque semblable au premier de tous : l'amour de Dieu.  L’Évangile nous l’enseigne : « Mon Commandement est que vous vous aimiez les uns les autres ».  Et l'apôtre Saint Jean ajoute : « Aimez-vous…  C'est le Commandement du Seigneur, et à lui seul, il suffit ».

Nous oublions généralement que nous ne pouvons mesurer l'amour de Dieu qu'à travers l'amour que le Christ nous a manifesté.  Or, le Christ nous a aimés comme son prochain, et pour cela, il a commencé par se faire homme, c’est-à-dire semblable à nous.  Mais bien plus, Il a donné sa vie pour nous.  Ne serait-il pas logique alors que nous aussi nous donnions notre vie pour nos frères, sous quelque forme que fût ce don?

L'amour du prochain exige de nous une attention particulière : l'attention qui est la base de toute charité.  Différents seront les aspects qu'elle pourra revêtir : selon les cas, l'attention sera intellectuelle, psychologique ou sensible.  Cependant, ces différentes formes de l'attention présentent un caractère commun : une sortie de soi-même pour se concentrer dans autrui.  Ce don de soi exige certaines conditions.  Pour donner sa vie, il ne faut pas être prisonnier de soi-même, mais désapproprié, vidé, dégagé de tout lien d'égoïsme, jusqu'à renoncer à la réussite personnelle de sa vie.  Se concentrer en autrui, tel est le but de cette libération.  Cette concentration, analogue à celle que réclame un travail intellectuel, est toutefois différente en ce qu’elle doit être désintéressée.  Le don de soi ne doit pas s'accompagner d'un retour sur soi-même.

L'attention au prochain est pour lui, et pour lui seul.  Il nous faut le considérer d'une manière objective sans chercher à projeter sur lui un reflet de notre personnalité.  Aimer le prochain sera avant tout prendre conscience de son existence profonde, réelle, individuelle.  Cela implique que nous le regardions au lieu de nous contenter de le voir.  Dans la parabole du bon Samaritain, le prêtre et le lévite voient le pauvre malheureux gisant à terre : ils le voient et passent outre.  Alors que le Samaritain le voit aussi, mais s'arrête et cherche ce dont cet homme a besoin.

Regarder autrui, c'est donc s'efforcer de découvrir ses besoins, ses désirs, ses tendances, ses difficultés, ses aspirations, ses souffrances. Après les avoir découverts, il faudra lui donner ce dont il manque, et non pas seulement ce qu'il nous plairait de lui donner.

Tout cela requiert une ouverture d’âme qui n’est pas une tendance innée.  Aussi faudra-t-il se livrer à une éducation de l'attention.  Pourquoi ne pas penser d’avance à nos rencontres avec les autres ?  Ne pourraient-elles pas avoir une place dans notre examen de prévoyance ?  Je verrai telle personne aujourd'hui, que puis-je dire, que puis-je faire pour elle, que sont ses préoccupations ?  Nous préparons bien une lettre, une démarche, pourquoi ne pas préparer nos rencontres mêmes banales, car rien n'est banal au regard de Dieu ?  L’attention engendre les attentions, c'est-à-dire les délicatesses qui ouvrent la vie de son cœur et frayent le chemin de la grâce…  Si nous lisons attentivement l'évangile, nous verrons avec quelle délicatesse Notre-Seigneur sait dire aux âmes qu'Il rencontre la parole qui lui livrera leur cœur et prouve la divine « attention » qu’Il leur porte.

Ainsi, peu à peu, l'attention devient un état habituel, cet « état d’âme amical »  qui s’appelle aussi la bonté.  Or, cette bonté qui consiste à s'oublier pour penser aux autres, n'est possible que si nous sommes désencombrés de nous-mêmes.

Ce devoir d'amour du prochain est peut-être le plus difficile de tous.  Il demande de surmonter les tendances les plus profondes de notre être, et, d'autre part, il ne laisse place à aucune illusion en nous obligeant sans cesse à passer à l'acte.  Il s'appuie négativement sur le détachement et positivement sur l'amour.

Nos contacts fréquents avec le prochain sont donc une occasion merveilleuse de vivre l'instant présent.  Rencontrant Dieu sous des aspects divers, nous pouvons nous unir à Lui sans cesse, faisant en chaque instant ce que Lui-même nous demande de faire.

R.P. Victor de la Vierge

Résolution

De la manière dont nous percevons le prochain dépend notre zèle apostolique.


mercredi 8 janvier 2020

JANVIER 2 020



(Comme nous venons de le voir,) nous rencontrons Dieu dans la souffrance, mais nous pourrons encore trouver ailleurs la présence de Dieu : présence de créateur dans les choses, présence réelle dans les sacrements, mais présence aussi dans le prochain. Toute âme en état de grâce n'est-elle pas un tabernacle ?

Ainsi, chaque fois que nous entrons en contact avec  le prochain, nous sommes, par le fait même, mis en présence de Dieu.   Même lorsqu'il est vide, ce tabernacle postule beaucoup plus intensément la présence divine que les choses créées qui nous entourent, car « Fecisti nos ad Te »;  l'homme porte des Cieux l'empreinte divine même lorsqu'il a perdu cette ressemblance.

De plus, le contact avec Dieu qui s'établit dans nos rencontres avec le prochain est un contact réciproque, et de ce fait, privilégié.  Ce que le prochain est  pour nous, nous le sommes pour lui.  C'est alors qu'il faut reprendre conscience d'une vérité élémentaire, mais terriblement méconnue et oubliée : mon prochain a une âme, une âme semblable à la mienne, une âme où Dieu demeure ou devrait demeurer.

Nous devrions donc saluer la rencontre de notre prochain en nous disant : Dieu nous livre sa présence à travers lui d'une manière privilégiée et particulièrement haute.

Il devrait y avoir quelque chose d'ineffable dans la rencontre de deux porteurs de Dieu…  Deux âmes
vivantes ...  Deux tabernacles vivants : Dieu rencontrant Dieu. N'est-ce pas tout le courant trinitaire qui devrait s'établir ?  Quelle visitation devrait être leur rencontre !  Cela suppose avant tout un respect du prochain, de ce prochain en qui Dieu transparaît. C'est ainsi que le père d'Origène baisait avec un infini respect la poitrine de son tout jeune fils endormi parce que la Trinité y reposait.

Résolution :

En réalité, que sont nos rencontres avec le prochain?  Il y a, certes, ces contacts violents avec ceux que la guerre ou la vie nous opposent en adversaires ou en ennemis.  Mais quelle est notre attitude vis-à-vis de ceux que Dieu a placés près de nous, et qu’Il a unis à nous par l'amitié, l'affection ou même un sacrement?
R.P.Victor de la Vierge

lundi 2 décembre 2019

DÉCEMBRE 2019






Je n'ai pas eu une minute depuis le mois dernier pour achever ce que j'avais commencé d'écrire. C'était une visite de notre Saint Fondateur, pleine de douceur et de réconfort, pour mon âme. Il m'en reste un parfum très suave et si je ne puis aujourd'hui écrire très exactement les paroles qu'il me fit entendre, je puis pourtant en marquer le sens. 

Notre Bienheureux Père me dit que nous avions été établies spécialement pour le service de l'Amour Infini, mais que nulle âme ne pouvait arriver à l'amour de Dieu si elle n'avait aussi une grande et vraie charité pour le prochain. Il me fit comprendre que les âmes ne s'élèvent que rarement à un degré supérieur d'amour envers Dieu parce qu'elles ne portent pas assez loin leur amour pour les autres; qu'il ne suffit pas de les servir et d'avoir une charité suffisante, mais qu'il faut porter dans les sentiments intérieurs une très exquise délicatesse. 

Il y a dans beaucoup d'âmes des sentiments vindicatifs et des mauvaises volontés qui ne sont pas cultivés volontairement, mais qui ne sont pas assez combattus et qui, n'étant que péchés véniels, ne font pas mourir la charité dans l'âme, mais empêchent le développement de l'Amour Infini. Il m'a enseigné cette extrême douceur des sentiments intérieurs qui rend l'âme si agréable à Dieu que le don de l'Amour lui est fait alors avec une très grande abondance. 

Il m'a dit qu'il fallait toujours tout pardonner et toujours rendre le bien pour le mal; puis il m'a dit que si je faisais toujours ainsi, l'Amour Infini ferait en mon âme son séjour de repos et de délices.

Journal intime
LM Claret de la Touche
p 180

Résolution :

En s’incarnant et en naissant dans une crèche, Notre-Seigneur nous a montré jusqu’où allait Sa charité envers les hommes, reflet de Sa Charité envers Son Père.  Que ferons-nous pour répondre à cet amour ?

jeudi 7 novembre 2019

NOVEMBRE 2019

MOYEN DE SOULAGER LES ÂMES DU PURGATOIRE : LA CHARITÉ 



Extrait de : "Un mois avec les âmes du Purgatoire" de l'abbé Berlioux (21ème jour)

1. La charité corporelle

La charité est une des vérités qui nous sont le plus souvent et le plus fortement recommandées dans  l'Évangile. Elle possède même, d’après St Thomas, une puissance de satisfaction plus grande que la prière ; ou plutôt elle double la force de nos prières et en assure le succès. L’ange disait à Tobie : « La charité sauve de la mort ; c’est elle qui efface les péchés ; elle retire l’âme des ténèbres, lui fait trouver grâce devant Dieu et lui assure la Vie Éternelle.» Quel moyen plus efficace pour soulager les âmes souffrantes ? Si en leur nom, nous exerçons la charité, les cris de reconnaissance des pauvres montent vers Dieu et triomphent de tout auprès de Lui. C’est une douce rosée qui tombe dans les flammes du purgatoire et en tempère les ardeurs. Le denier qui donne le pain du moment à un misérable de ce monde, donne peut – être à une âme délivrée une place éternelle, à la table du Seigneur. Soyons donc miséricordieux autant que nous pouvons l’être ; si nous avons beaucoup, donnons beaucoup ; si nous avons peu, donnons peu, mais donnons de bon cœur. « Heureux, s’écriait le psalmiste, celui qui comprend la douleur du pauvre et du délaissé : le Seigneur le délivrera au jour mauvais, Il l’assistera sur son lit d’angoisse et le récompensera éternellement. »

A l’œuvre donc, secourez les affligés de la terre, et vous soulagerez en même temps ceux qui pleurent. Mettez l’obole de la veuve dans la main du pauvre ; les captifs deviendront libres. 



2. La charité spirituelle

Si les biens nous manquent, si l’argent nous fait défaut, il nous reste la charité spirituelle qui fait du bien à l’âme et au cœur qui souffrent et gémissent. « Elle surpasse, suivant l’expression de St Thomas, la charité corporelle, comme l’esprit surpasse le corps » Les misères spirituelles sont bien plus nombreuses et plus déplorables que les misères corporelles. Or, la Divine Bonté permette que rejaillissent sur nos frères aimés du purgatoire les mérites que nous pouvons obtenir ainsi. Donc pour eux, soignons les pauvres malades. Pour eux, veillons au chevet des agonisants. Pour eux, protégeons les orphelins. Pour eux, consolons les veuves. Pour eux, essuyons les larmes de ceux qui pleurent. Ainsi notre charité diminuera les souffrances de ce monde, qui est un purgatoire de l’autre vie. Qu’est – ce - qui nous arrête quand il s’agit du soulagement et de la délivrance de ces chères âmes ? Qu’est – ce – qui pourrait nous servir d’excuse si nous les oublions, quand il nous est si facile de leur venir en aide ? Et qui viendra un jour à notre aide, si nous ne faisons rien pour les autres ?? 



3. Exemple

A Bologne, en Italie, une veuve avait un fils unique qui avait coutume de jouer sur la place publique avec les enfants de son âge. Un jour, un étranger troubla ses jeux, avec un mauvais vouloir évident. L’enfant lui cria de rester tranquille. L’inconnu, vexé, tira son épée et le transperça. Saisi de crainte, et surpris par la violence du geste imprévu qu’il venait d’effectuer, son épée sanglante à la main, il se mit à courir et se précipita dans une maison pour s’y cacher. Or, il se trouve que c’était la maison de l’enfant assassiné… Il arriva dans l’appartement de la veuve qu’il ne connaissait pas. A la vue de cet homme, de cette épée couverte de sang, elle demeura interdite. Mais entendant l’étranger lui demander « Au nom de Dieu » asile contre ceux qui le poursuivaient, elle promit de le cacher et de ne le point le livrer. Cependant, les gendarmes apprenant qu’il était entré dans cette maison, le cherchèrent partout, sans le trouver. Comme ils allaient repartir, ils demandèrent à la dame si elle savait que son fils avait été tué par cet assassin… A ces paroles, la mère tomba évanouie. Quand elle revint à elle, on crut qu’il serait impossible de la sauver, tant ce coup l’avait abattue. Mais s’en remettant en la Divine Providence, elle retrouva une grande énergie et résolut de pardonner au meurtrier de son fils, et plus encore, de le traiter avec charité. Elle alla à la cachette de l’assassin, ne lui fit pas de reproche, lui remit une bourse et lui indiqua une issue discrète, au bout de laquelle l’attendait un cheval sellé, prêt à partir. Sur ce, elle se mit en prière pour l’âme de son fils. A peine s’était – elle agenouillée, les bras en croix, devant un crucifix, pour supplier Jésus de prendre pitié de l’âme de son enfant, que son fils lui apparut, le visage heureux, rayonnant comme le soleil, et lui dit : « Chère Maman, ne pleure pas ! Il ne faut pas me plaindre, mais envier mon sort. Car la charité chrétienne dont tu as fait preuve envers mon meurtrier, m’a tiré immédiatement du purgatoire. La Justice Divine m’avait condamné à de longues années de souffrance, mais ton pardon a terminé, en un instant, toute mon expiation, et je suis auprès de Dieu où je resterai pour l’éternité. » Puis il disparut, laissant sa mère dans la joie, malgré son chagrin. 



Prions – Confiant en vos paroles, Ô mon Sauveur, je ne verrai plus désormais que votre Personne adorable, cachée sous celle du mendiant qui implorera ma pitié. Je pratiquerai la charité à celui qui me la demandera comme si je devais la faire à Vous – même. Mais ma charité ne se bornera pas aux vivants. Je veux qu’elle s’étende jusqu’aux morts et que celle que je ferai pour les pauvres de la terre serve aux pauvres du purgatoire et attire sur eux l’effusion de Votre Miséricorde. Doux Jésus, donnez leur le repos éternel ! 

Résolution

A notre époque, les âmes du Purgatoire sont bien oubliées !  Dans le NOM, qui pense encore à prier pour elles ?  L'oubli ou la négation de ce dogme, l'indifférence quasi générale ne leur apportent aucun secours ou soulagement.   Puisse notre fermeté dans la Fidélité être pour nous l'occasion de mériter pour elles ! 



mercredi 2 octobre 2019

OCTOBRE 2019

Récréation au Carmel


Mère bien-aimée, j'écrivais hier que les biens d'ici-bas n'étant pas à moi, je ne devrais pas trouver difficile de ne jamais les réclamer si quelquefois on me les prenait. Les biens du Ciel ne m'appartiennent pas davantage, ils me sont prêtés par le Bon Dieu qui peut me les retirer sans que j'aie le droit de me plaindre.  Cependant les biens qui viennent directement du bon Dieu, les élans de l'intelligence et du cœur, les pensées profondes, tout cela forme une richesse à laquelle on s'attache comme à un bien propre auquel personne n'a le droit de toucher…  Par exemple si en licence on dit а une sœur quelque lumière reçue pendant l'oraison et que, peu de temps après, cette sœur parlant avec une autre lui dise, comme l'ayant pensée d'elle-même, la chose qu'on lui avait confiée, il semble qu'elle prend ce qui n'est pas à elle. Ou bien en récréation, on dit tout bas à sa compagne une parole pleine d'esprit et d'à-propos;  si elle la répète tout haut sans faire connaître la source d'où elle vient, cela paraît encore un vol à la propriétaire qui ne réclame pas, mais aurait bien envie de le faire et saisira la première occasion pour faire savoir finement qu'on s'est emparé de ses pensées.

Manuscrits autobiographiques
(A Mère Marie de Gonzague : Lumières sur la Charité)


Résolution

La Charité doit se pratiquer même dans les biens spirituels.  Notre délicatesse va-t-elle jusque là ?