vendredi 10 février 2023

Février 2023

La Charité fraternelle


Dom Guéranger, l’Année Liturgique



                                                      

La sœur du Patriarche des moines d’Occident vient nous réjouir aujourd’hui de sa douce présence ; la fille du cloître apparaît sur le Cycle à côté de la martyre ! Toutes deux épouses de Jésus, toutes deux couronnées, parce que toutes deux ont combattu et ont remporté la palme. L’une l’a cueillie au milieu des rudes assauts de l’ennemi, dans ces heures formidables où il fallait vaincre ou mourir ; l’autre a dû soutenir durant sa vie entière une lutte de chaque jour, qui s’est prolongée, pour ainsi dire, jusqu’à la dernière heure. Apolline et Scholastique sont sœurs ; elles sont unies à jamais dans le cœur de leur commun Époux.

Il fallait que la grande et austère figure de saint Benoît nous apparût adoucie par les traits angéliques de cette sœur que, dans sa profonde sagesse, la divine Providence avait placée près de lui pour être sa fidèle coopératrice. La vie des saints présente souvent de ces contrastes, comme si le Seigneur voulait nous faire entendre que bien au-dessus des régions de la chair et du sang, il est un lien pour les âmes, qui les unit et les rend fécondes, qui les tempère et les complète. Ainsi, dans la patrie céleste, les Anges des diverses hiérarchies s’unissent d’un amour mutuel dont le souverain Seigneur est le nœud, et goûtent éternellement les douceurs d’une tendresse fraternelle.

La vie de Scholastique s’est écoulée ici-bas, sans laisser d’autre trace que le gracieux souvenir de cette colombe qui, se dirigeant vers le ciel d’un vol innocent et rapide, avertit le frère que la sœur le devançait de quelques jours dans l’asile de l’éternelle félicité. C’est à peu près tout ce qui nous reste sur cette admirable Épouse du Sauveur, avec le touchant récit dans lequel saint Grégoire le Grand nous a retracé l’ineffable débat qui s’éleva entre le frère et la sœur, trois jours avant que celle-ci fût conviée aux noces du ciel. Mais que de merveilles cette scène incomparable ne nous révèle-t-elle pas ! Qui ne comprendra tout aussitôt l’âme de Scholastique à la tendre naïveté de ses désirs, à sa douce et ferme confiance envers Dieu, à l’aimable facilité avec laquelle elle triomphe de son frère, en appelant Dieu même à son secours ? Les anciens vantaient la mélodie des accents du cygne à sa dernière heure ; la colombe du cloître bénédictin, prête à s’envoler de cette terre, ne l’emporte-t-elle pas sur le cygne en charme et en douceur ?

Mais où donc la timide vierge puisa-t-elle cette force qui la rendit capable de résister au vœu de son frère, en qui elle révérait son maître et son oracle ? qui donc l’avertit que sa prière n’était pas téméraire, et qu’il pouvait y avoir en ce moment quelque chose de meilleur que la sévère fidélité de Benoît à la Règle sainte qu’il avait donnée, et qu’il devait soutenir par son exemple ? Saint Grégoire nous répondra. « Ne nous étonnons pas, dit ce grand Docteur, qu’une sœur qui désirait voir plus longtemps son frère, ait eu en ce moment plus de pouvoir que lui-même sur le cœur de Dieu ; car, selon la parole de saint Jean, Dieu est amour, et il était juste que celle qui aimait davantage se montrât plus puissante que celui qui se trouva aimer moins. »

Sainte Scholastique sera donc, dans les jours où nous sommes, l’apôtre de la charité fraternelle. Elle nous animera à l’amour de nos semblables, que Dieu veut voir se réveiller en nous, en même temps que nous travaillons à revenir à Lui. La solennité pascale nous conviera à un même banquet ; nous nous y nourrirons de la même victime de charité. Préparons d’avance notre robe nuptiale ; car celui qui nous invite veut nous voir habiter unanimes dans sa maison.

Résolution : 

Ce dernier paragraphe de Dom Guéranger nous donne des pistes à suivre pour préparer et accomplir un saint Carême !

jeudi 12 janvier 2023

Janvier 2023

 La colombe, symbole des âmes régénérées
 
 

Quand le divin Sauveur consacra par son baptême les eaux du Jourdain, saint Luc écrit que le Saint-Esprit descendit sur Lui, d'une façon sensible, sous forme de colombe (Luc 3, 21). Or, saint Paschase recherche, avec une sainte curiosité, pour quel motif l'Esprit divin voulut apparaître sous la figure d'une colombe, plutôt que sous celle d'un aigle, d'un paon ou d'un cygne. Que signifie ce mystère? Et, il répond que ce fut afin de marquer par le naturel de la colombe qui est blanche, simple et sans fiel, le caractère de ceux que le Sauveur a régénérés. L'aigle, au vol sublime, est le symbole des âmes hautaines. Le paon, au plumage étincelant, et qui s'attriste quand on le méprise, est le symbole des gens susceptibles. Le cygne, aux ailes blanches et à la peau noire, est le symbole des hypocrites. Or, le Saint-Esprit, qui est un esprit de charité, ne descend sur aucun de ceux-là; mais seulement sur les âmes qui, semblables à la colombe, sont sans orgueil, sans dissimulation, sans fiel envers leur prochain.

Résolution :

Examinez, ô mon âme, dans quelle catégorie vous êtes. Aimez-vous les hauteurs, vous estimez-vous plus que les autres? Si cela est, l'Esprit-Saint n'est pas pour vous; car il regarde de loin ce qui est haut, c'est-à- dire l'orgueilleux (Ps 137, 6). Vous pavanez-vous à cause de quelque qualité, de quelque habileté ou agrément qui est en vous, vous fâchant avec ceux qui ne vous flattent pas, et gardant rancune à ceux qui vous censurent? Le Saint-Esprit n'est pas pour vous; car Il n'entrera pas dans une âme malintentionnée (Sagesse 1, 4). Vos procédés Sont-ils ceux de la politique du monde, pleins de feinte, de simulation et de duplicité? Le Saint-Esprit n'est pas pour vous; car il est écrit de Lui: L'Esprit du Seigneur fuit l'astuce (Sagesse 1, 5). Ressemblez donc à la colombe qui est sans fiel et qui ne se courrouce pas même quand on lui enlève ses petits. Ayez des entrailles de charité et de mansuétude pour votre prochain, et, le Saint-Esprit, qui ne vient qu'à ceux qui ont en partage la simplicité de la colombe sans l'amertume du fiel, reposera sur vous.

P.Gaëtan-Marie de Bergame

La Charité Fraternelle (p 121, 122)

mercredi 7 décembre 2022

Décembre 2022

 « Paix aux hommes de bonne volonté »


C'est une chose étonnante, en vérité, que la charité, vertu si précieuse, et la paix qui en découle, soient si peu estimées, et que, pour de légers motifs, on leur porte, à chaque instant, si aisément et si grossièrement atteinte. Voyez ! dans les communautés, dans les familles, dans n'importe quelle association civile ou religieuse, que de brèches on fait, à toute occasion, à la paix et à la charité : et, si vous considérez les raisons qui donnent le plus souvent naissance aux discussions, aux contestations, aux chicanes, aux petites haines, aux rancunes, vous trouverez qu'elles proviennent de causes minimes, de manières de voir différentes, de susceptibilités et de bagatelles qui ne méritent pas d'arrêter l'attention. Néanmoins, ces inepties, comme s'il s'agissait d'intérêts d'état les plus graves, suffisent à entretenir, dans les familles, des guerres continuelles. Est-il possible que la raison humaine et l'esprit chrétien ne prennent pas garde à une si grossière erreur et n'en fassent pas justice !

Il faut reconnaître, il est vrai, que ces dissensions ne sont souvent que le fruit de l'inadvertance; j'admets aussi que ce ne sont ordinairement que de légère colères, de petites aversions, des conflits de langue  et non d'épée, et que l'animosité ne va pas jusqu'aux vengeances extrêmes et scandaleuses. Mais, à force d'en répéter les actes, on prend la mauvaise habitude du vice, en même temps que l'âme perd peu à peu l'habitude de la vertu. En manquant de cette manière à la charité, on se fait une conscience large et aveugle, pour laquelle les poutres ne sont plus que des fétus de paille. On arrive ainsi à la mort, et, à ce moment suprême, on se trouve dans l'inquiétude et la désolation.

Le Paradis est, en effet comme une cité close dont la paix forme les murs d'enceinte, selon la vision et les paroles du prophète: Il a placé la paix pour former tes frontières (Ps 147,14). Comment, alors, et par quel côté pourra y entrer une âme, qui n'a point aimé la paix avec ses semblables?

Saint Augustin, méditant sur le texte que nous venons de citer, nous exhorte à en peser la valeur: Mes frères, dit-il, nous devons être pénétrés d'une grande crainte, en considérant ces redoutables paroles du Saint-Esprit: Il a placé la paix pour former tes frontières. Ces portes bienheureuses sont toutes faites de paix, et elles seront fermées de tous les côtés à quiconque ne portera pas les livrées de la paix: Celui qui n'aura pas eu, envers les bons et les méchants, cette paix et cette charité, commandées par Jésus-Christ, trouvera ces portes closes et fermées (Sermon 168).

P.Gaëtan-Marie de Bergame

La Charité Fraternelle (p 111, 112)

 Résolution:

Pour ces fêtes de Noël qui approchent, nous tâcherons de correspondre activement à ce souhait des Anges, dans nos familles et communautés ! 

jeudi 10 novembre 2022

Novembre 2022

CHARITE SURNATURELLE ET NOBLESSE HUMAINE


 


Dans l'hymne de Saint-Paul à la Charité il est deux vérités particulièrement importantes qui apparaissent entre beaucoup d'autres à celui qui lit attentivement.

D'abord la charité surnaturelle suppose la noblesse naturelle du caractère ou du moins elle la suscite lorsqu'elle ne l'a pas trouvée. Loin de pouvoir se passer des dispositions naturelles de générosité et de sens du risque, elle les requiert et au besoin elle les fait naître.

Ensuite, si la Charité adopte souvent une attitude passive ce n'est point parce qu'elle serait tiède et molle, ce qui est impensable, mais parce que dans son excès de générosité elle prend sur soi, elle supporte la peine du péché lorsqu'il ne reste plus d'autre moyen de le combattre. Sa passivité est au-delà de l'action et non pas en-deçà ; de même que le silence de Jésus devant le Sanhédrin est au-delà de ses imprécations aux pharisiens et non en-deçà.

En commentant les versets de Saint Paul nous verrons mieux la qualité si particulière de la passivité dans la charité surnaturelle en même temps que son exigence de noblesse.

Celui qui aime est patient, non parce qu'il ne sent pas le mal et qu'il s'y trouve indifférent; mais, parce que, dans sa lutte contre le péché, il consent à souffrir et à supporter autant qu'il sera nécessaire pour la guérison du pécheur. Celui qui aime est bon, non qu'il ne sache s'opposer quand il faut; mais il sait résister sans devenir mauvais; il est capable de refuser sans se durcir. Celui qui aime ignore l'envie ; certes il désire ardemment de bien faire; il est sensible à l'émulation du bien; mais il ne se plaint pas; tout au contraire il se réjouit de ce que d'autres fassent mieux. Celui qui aime n'agit pas à tort et à travers; non qu'il se soit retiré forcément de l'action et qu'il ménage sa tranquillité; mais son goût de l'action est assez brûlant et purifié pour être devenu sage et avoir perdu sa fièvre. Celui qui aime ne cherche pas son intérêt, non qu'il se désintéresse de l'issue de ses entreprises, mais il se désintéresse de son égoïsme. Celui qui aime ne s'irrite pas; il ne se laisse pas aller à cette colère qui éclate au niveau de l'amour propre et de la vanité; il est serein; pourtant cette sérénité de l'amour peut s'échapper en colères foudroyantes lorsqu'il n'est plus d'autres moyens de tirer les pécheurs de leur endurcissement mortel ou de soustraire aux entreprises des méchants les faibles et les petits.

Celui qui aime consent à porter sur soi le poids du péché du monde, en union avec le Sauveur Crucifié. Qui ne comprendrait que cette passivité suppose une générosité excessive et une flamme brûlante dans le cœur ? Jamais le Fils de Dieu fait homme n'aurait pris nos péchés sur la Croix si son amour pour nous n'avait été ardent comme du feu. Il en est de même de son disciple s'il a vraiment la charité.

R.P.Calmel



Résolution :

Pour que croisse notre Charité, nous devons développer « la qualité si particulière de la passivité dans la charité surnaturelle en même temps que son exigence de noblesse ». Cela demande des efforts !


mercredi 14 septembre 2022

Septembre 2022

La Charité dans la soumission au réel


 

Nous avons montré comment l'idéalisme, lié indissolublement à l'orgueil de l'esprit, est la source de toutes les erreurs et déviations du monde moderne et comment il a déformé la mentalité et la structure psychologique de la plupart de nos contemporains. Les catholiques vivant dans le monde contemporain et en respirant l'atmosphère n'ont pas toujours échappé à cette déformation, et il arrive qu'il se trouve parmi eux des esprits faussés par une imprégnation idéaliste.

L'effet de l'idéalisme sur les chrétiens est de les amener à rechercher un ordre idéal, pleinement satisfaisant pour la logique interne de l'esprit (et couvrant souvent ainsi d'un masque idéal et d'une façade idéologique les rancœurs et les rancunes, les cupidités et les revendications), au lieu de réaliser les exigences de la charité dans les possibilités réelles de l'action de chaque jour.

Le vrai chrétien n'est pas celui qui satisfait son esprit avec de beaux sentiments et de belles théories, mais celui qui accomplit chrétiennement les plus humbles actes de chaque instant en y réalisant la foi et la charité. L'Evangile nous l'a déjà dit: ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur », mais ceux qui accomplissent la volonté de Dieu qui entreront dans le royaume. Et la volonté de Dieu nous est donnée à chaque instant par le devoir du moment présent, dans lequel il s'agit d'incarner toute la charité en nous y donnant totalement à ce que Dieu nous demande: la sainteté se construit ainsi, instant par instant, par les actes effectivement réalisés dans la donation de nous-mêmes par amour à la volonté de Dieu.

Les chrétiens d'aujourd'hui ont grand besoin de relire les œuvres du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence, où  ces grands auteurs spirituels insistent si bien sur la réalité de l'instant présent, où  il s'agit de réaliser notre christianisme, qui ne consiste nullement en vues d'avenir.  La volonté de Dieu nous est donnée par la réalité qui est l'œuvre de Dieu (c'est Dieu qui fait exister le réel et le constitue tel qu'il est) et il n'y a de réel que l'instant présent: Dieu nous donne Sa volonté, nous dit ce qu'Il nous demande par l'ensemble de circonstances réelles, de possibilités réelles qui sont son œuvre, dans lesquelles Il nous situe à chaque instant et desquelles résultent pour nous les devoirs précis à remplir effectivement au moment présent. Tout le reste est chimère de l'orgueil qui nous détourne du devoir effectif. La soumission à la volonté de Dieu exige donc la soumission de chaque instant au réel avec toutes ses données qui sont l'œuvre de Dieu: il ne peut y avoir de christianisme vécu sans ce redressement réaliste, sans échapper à la désarticulation idéaliste qui replie l'homme sur lui-même et tourne son regard vers des constructions, idéales.

Le christianisme n'est pas une règle abstraite, un idéal de vie, il est vie réelle du Christ en nous: le chrétien est membre du Christ, le Christ qui est au ciel depuis l'Ascension continue à vivre et à agir sur la terre en nous, par ses membres que nous sommes, et le christianisme consiste à réaliser ce que le Christ veut faire aujourd'hui par nous, à être le Christ vivant par nous là où nous habitons ou travaillons, dans toutes nos actions de chaque instant. Le Christ n'est pas un modèle extérieur et idéal à imiter. Il est au dedans de nous, principe intérieur de notre vie de chrétiens.

J. Daujat (Idées modernes – Réponses chrétiennes p 100,101) 

Résolution

La Charité se vit à l’instant présent, dans la réalité présente.  Relisons ce que nous dit Mgr Williamson de la réalité, relisons les ouvrages de du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence.  Et puis luttons contre cet idéalisme qui nous fait rêver de pratiquer la Charité plus tard ou ailleurs.

Pour se procurer le livre du R.P. de Caussade ici et celui du R.P. Garrigou-Lagrange ici

mardi 16 août 2022

Août 2022

Charité surnaturelle et noblesse humaine

 

R.P. R Th CALMEL

Dans l'hymne de saint Paul à la charité (1 Co 13, 1), il est deux vérités particulièrement importantes qui apparaissent entre beaucoup d'autres à celui qui lit attentivement.

D'abord la charité surnaturelle suppose la noblesse naturelle du caractère ou du moins, elle la suscite lorsqu'elle ne l'a pas trouvée. Loin de pouvoir se passer des dispositions naturelles de générosité et de sens du risque, elle les requiert et, au besoin, les fait naître.

Ensuite, si la charité adopte souvent une attitude passive, ce n'est point parce qu'elle serait tiède et molle, ce qui est impensable, mais parce que, dans son excès de générosité, elle prend sur soi, elle supporte la peine du péché lorsqu’il ne reste plus d'autre moyen de la combattre. Sa passivité est au-delà de l’action et non en-deçà ; de même que le silence de Jésus devant le Sanhédrin est au-delà  de ses imprécations aux pharisiens et non en-deçà.

En commentant les versets de saint Paul, nous verrons mieux la qualité si particulière de la passivité dans la charité surnaturelle en même temps que son exigence de noblesse.

Celui qui aime est patient, non parce qu'il ne sent pas le mal et qu'il s'y trouve indifférent; mais, parce que, dans sa lutte contre le péché, il consent à souffrir et à supporter autant qu'il sera nécessaire pour la guérison du pécheur.  Celui qui aime est bon, non qu'il ne sache s'opposer quand il faut; mais il sait résister sans devenir mauvais ; il est capable de refuser sans se durcir. Celui qui aime
ignore l'envie; certes il désire ardemment de bien faire; il est sensible à l’émulation du bien; mais il ne se plaint pas; tout au contraire il se réjouit de ce que d’autres fassent mieux. Celui qui aime n'agit pas à tort et à travers; non qu’il se soit retiré forcément de l'action et qu'il ménage sa tranquillité ; mais son goût de l'action est assez brûlant et purifié pour être devenu sage et avoir perdu sa fièvre.  Celui qui aime ne cherche pas son intérêt, non qu'il se désintéresse de l’issue de ses entreprises, mais il se désintéresse de son égoïsme. Celui qui aime ne s’irrite pas; il ne se laisse pas aller à cette colère qui éclate au niveau de l’amour propre et de la vanité ; il est serein; pourtant cette sérénité de l'amour peut s’échapper en colères foudroyantes lorsqu'il n'est plus d'autres moyens de tirer les pécheurs de leur endurcissement mortel ou de soustraire aux entreprises des méchants les faibles et les petits.

Celui qui aime consent à porter sur soi le poids du péché du monde, en union avec le Sauveur crucifié.  Qui ne comprendrait que cette passivité suppose une générosité excessive et une flamme d’amour brûlante dans le cœur ? Jamais le Fils de Dieu fait homme n’aurait pris nos péchés sur la croix si son amour pour nous n’avait été ardent comme du feu.  Il en est de même de son disciple s’il a vraiment la charité.

R.P.CALMEL

Sel de la Terrre n°12 bis p 59,60

 

mercredi 6 juillet 2022

Juillet 2022

 L'apostolat, œuvre de la Charité

Tous les apostolats sont loin de se valoir. Il en existe toute une immense variété. S'il est vrai que la charité est le principe et la mesure du zèle, que conclure sinon qu'il y a - au point de vue puissance et fécondité - autant d'apostolats que de cœurs. Il en est, comme chez les saints, d'étonnamment fructueux; par contre, combien de malingres et de faible rendement !

De cet apostolat diminué, un parfait ami, une vraie épouse de Jésus-Christ ne se contentera jamais. Il ne lui suffit point d'être apôtre; il veut l'être au maximum. Ici, comme ailleurs, la médiocrité ne fera point partie de son programme d'activité et de conquête. A cette fin, il marquera son apostolat d'un triple caractère de surnaturel, d'universalité et de dévouement.

Œuvre de charité en son principe, son exercice, sa fin, l'apostolat se révèle, par là même, entreprise essentiellement surnaturelle. Ce n'est point « métier », situation sociale, mais vocation sainte, réponse à un appel divin. En pratiquant l'apostolat, je ne fais point œuvre exclusivement humaine et personnelle; j'agis en collaborateur de Dieu : simple instrument entre ses mains puissantes et salvatrices, Instrumentum conjunctum cum Deo. De là, le souci, dans le ministère apostolique, de n'apporter que des sentiments et des vues surnaturelles : foi, humilité, confiance, pureté d'intention.

Foi en la grandeur, la nécessité, la fécondité de mon apostolat. Humilité pour reconnaître, toujours et partout, avec mes impuissances et mon indignité, mes lacunes et mes errements. Confiance invincible en Dieu, en l'abondance de ses grâces rédemptrices, sans lesquelles toute action ne peut qu'aboutir à l'avortement.

Surnaturel, tout apostolat doit l'être encore dans son activité même. Sans proscrire absolument les moyens naturels - car Dieu sait faire du surnaturel avec du naturel, et du divin avec de l'humain - il importe absolument de garder leur primauté aux forces spirituelles. Sacrifier celles-ci à ceux-là, serait plus qu'une faute, ce serait une erreur, grosse de conséquences. Il existe toute une technique moderne et artificielle d'apostolat, qui peut fort bien servir de travaux d'approche, d'apologétique renouvelée et de renfort subsidiaire, mais ne remplacera jamais les grandes puissances apostoliques: sainteté personnelle, prière, sacrifice, pénitence, charité, prédication intégrale de l'Évangile et fréquentation des sacrements.

Reste enfin à n'apporter dans l'apostolat que des vues désintéressées. Surveiller de très près sa droiture d'intention : s'oublier totalement soi-même, pour ne penser qu'à Dieu et aux âmes. Nulle préoccupation égoïste, nul souci d'amour- propre; succès personnel, gloriole, intérêts matériels : tout cela compte peu pour un véritable apôtre de Jésus-Christ. On pratique l'apostolat, non point pour se faire un nom, ou ramasser de l'argent, mais simplement pour faire du bien, et sans rien attendre de personne.

« Nombre d'hommes apostoliques ne font rien purement pour Dieu; ils se cherchent en tout, et mêlent toujours secrètement leur propre intérêt avec la gloire de Dieu, dans leurs meilleures entreprises. On passe ainsi la vie dans ce mélange de nature et de grâce. Enfin la mort vient, et alors seulement on ouvre les yeux, on reconnaît son illusion et son aveuglement, et l'on tremble à l'approche du redoutable tribunal de Dieu. » ( Lallemant, La Doctrine spirituelle) N'est-ce point à ces faux apôtres que Jésus fait allusion dans l'Évangile : « Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé? N'est-ce pas en votre nom, que nous avons chassé les démons ? et n'avons-nous pas, en votre nom, fait beaucoup de miracles ? » Alors, je leur dirai hautement: « Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité.» (Matth, VII, 22-23)

L'universalité : deuxième caractère du zèle.  Ce qui doit intéresser un véritable apôtre, au cœur catholique, ce n'est pas seulement un groupe restreint d'âmes à instruire, éduquer, soigner, convertir, sanctifier, mais c'est l'humanité entière à l'exemple du Christ, mort pour le salut de tous les hommes. Notre zèle doit être à la dimension de notre charité, d'une charité qui n'exclut personne et embrasse tout le monde. Saint Paul n'avait-il pas la sollicitude de toutes les Eglises ? Chrétiens, religieux, prêtres, pécheurs, schismatiques, hérétiques, païens; notre famille humaine et religieuse, notre patrie, l'Eglise, l'univers : notre apostolat doit s'étendre à tout et à tous. Tout homme est mon frère, et de son âme je rendrai compte au tribunal de Dieu. Saint Gérard Majella avait écrit en tête de ses résolutions : « Je veux que toutes mes prières, communions et bonnes œuvres procurent la conversion des pécheurs. A cette fin, j'offre ma vie en union avec le Sang très précieux de Jésus.  O mon Dieu, je voudrais sauver autant de pécheurs qu'il y a de grains de sable sur le bord de la mer, de feuilles sur les arbres, de plantes dans les champs, d'étoiles au firmament, de rayons dans le soleil, en un mot, de créatures sur la terre. »

Reste enfin le dévouement : vertu caractéristique du parfait apôtre de Jésus-Christ. L'apostolat, tel que le conçoit le Sauveur, n'est pas une situation de tout repos ni une grasse sinécure; c'est un poste d'avant-garde, laborieux et périlleux. Il implique l'oubli de soi, le travail, le don de sa personne, de ses forces, de son activité et, à l'occasion, le sacrifice de sa vie. Le bon pasteur qui n'est pas mercenaire, donne sa vie pour ses brebis. (Jean X, 11)  Type par excellence de l'apôtre, saint Paul écrivait aux premiers chrétiens : « Très volontiers, je dépenserai et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. » (II Cor, XII, 51)  Un apôtre n'épargne ni son temps, ni sa peine, ni ses sueurs. Il s'est fait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ.  Esclave de ses frères, taillable et corvéable à merci, il est à leur service, nuit et jour, et sans rien réclamer. Une de ses maximes favorites, c’est qu’il vaut mieux s’user que de se rouiller ; que l’essentiel n’est point de vivre longuement, mais pleinement ; qu’on ne doit s’arrêter que lorsqu’on n’en peut plus, et que la plus belle des fins est de mourir les armes à la main.

L.Collin

Retraite sur l’Amitié de Jésus-Christ

Résolution :

Juillet, mois du Précieux Sang.  A l’image de notre Sauveur qui a versé jusqu’à la dernière goutte de Son sang pour sauver les âmes, travaillons dans le champ de l’apostolat, œuvre de Charité par excellence !  Les vacances nous présenteront peut-être des occasions à ne pas laisser échapper.