Jésus, Marie, je Vous aime ! Sauvez les âmes !
A la suite de Mgr Lefebvre et de toute l'Eglise, nous voulons que le règne de Notre Seigneur s'établisse dans toutes les âmes et toutes les sociétés par la Foi et la Charité.
Le 20 avril 1911, à Édimbourg,
entrait par le Baptême dans l'Eglise catholique un ministre presbytérien, le
Révérend Alexandre Grant. C'était le premier membre de l'Eglise Libre-Unie d'Ecosse
qui passât à la confession romaine. Trois
jours après, une lettre adressée à la Mère Prieure du Carmel de Lisieux
retraçait en ces termes la genèse de cette abjuration :
« Il y a
maintenant plus d'un an que j'ai, pour la première fois, fait la connaissance de
l'autobiographie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus (traduction anglaise). Je
l'ouvris au hasard, et je m'arrêtai de suite devant la beauté et l'originalité
des pensées. Je trouvai qu'il m'était tombé entre les mains l'œuvre d'un génie,
aussi bien que celle d'une théologienne, d'un poète de premier ordre... Je
ressentis ce qu'éprouve une personne à qui le monde invisible apparaît tout
d'un coup, et je m'écriai : Thérèse est
dans cette chambre ... ; son image revenait sans cesse à mon esprit; elle refusait
de me quitter, et il me semblait l'entendre dire : Voici comment les saints catholiques aiment Jésus-Christ. Écoutez-moi ! Choisissez ma petite voie, car elle est sûre
et c'est la seule véritable.
« … J'ai donc
commencé d'invoquer son aide avec une joie que je renonce à décrire. Mais un
jour, elle me dit subitement : Pourquoi
me demandez-vous de prier pour vous, si vous ne voulez pas connaître et
invoquer la Sainte Vierge? Aussitôt,
je compris combien c'était peu logique d'invoquer Thérèse et de négliger la
Mère de Dieu. La lumière s'était faite; immédiatement, je m'adressai à la
Sainte Vierge. La promptitude de la réponse m'étonna. A l'instant, mon âme fut
débordée par un amour passionné, nouveau-né, un amour qui s'est agrandi et qui
maintenant est un abîme. »
L'année suivante, l'ex-pasteur et
son épouse également convertie émigraient vers la France et s'installaient,
pour y accueillir les pèlerins, au Berceau de Thérèse à Alençon, dans la maison
de la rue Saint-Blaise qui venait d'être rachetée. C'est là que M. Grant devait
mourir saintement, le 19 juillet 1917, après avoir beaucoup travaillé et prié
pour le retour à l'Eglise de nos « frères séparés ».
On voit de quelle qualité fut le
choc psychologique et comment se situe, dans cette montée vers Dieu, le rôle de
notre Sainte. Son charme met en sympathie, il attire, il séduit, il conquiert.
Mais il n'est lui-même qu'un reflet du charme de la Vierge; il oriente vers
elle, il invite à la confiance filiale, à l'abandon total entre ses mains
maternelles. Marie s'empare alors de l'âme en quête de vérité; elle l'ouvre,
elle l'épanouit à cette tendresse familière qui émeut délicieusement le Cœur du
Père des Cieux et prépare l'invasion de sa Charité Infinie. Plus encore qu'une
conversion, c'est une révélation, une ascension. Le passage de l'erreur à la
foi débouche sur la voie d'enfance qui ouvre d'emblée la perspective des plus
hautes cimes évangéliques. (…)
C'est ce qui donne à
l'appellation de « Vierge du Sourire » sa portée actuelle. Les affres de deux
hécatombes mondiales, immédiatement suivies d'une épuisante « guerre froide »,
les crises qui ébranlent l'économie et dissolvent les Etats, le souffle
desséchant du matérialisme athée et du totalitarisme avilissant, ont fait
passer sur l'humanité une vague de désespérance. Une génération se lève,
critique, amère, désenchantée, prête à sombrer dans l'aventure sanglante comme,
par évasion, à se ruer vers le bourbier. On parle de « grande peur ». On
applaudit au « théâtre noir ». Le pessimisme fait école dans les chaires de
philosophie. Les savants s'épouvantent de leurs propres découvertes que tournent
à détruire les passions non contenues par « un supplément d'âme », « On dirait,
déclare Pie XII, un monstre apocalyptique né d'une civilisation où le progrès
toujours croissant de la technique
s'accompagne d'une baisse toujours plus profonde de l'esprit et de la morale. »
Aux déçus, aux lassés de la vie,
en cette nuit ténébreuse, qui rendra l'espérance ? Qui fera luire à nouveau
l'astre de Bethléem? Qui donnera le sens d'une religion chaude, vivante,
personnelle, «sensible au cœur » ? Qui rappellera aux hommes qu'ils ont un Père
dans les Cieux et qu'ils doivent s'aimer comme frères ? Qui enfin arrachera les
chrétiens eux-mêmes à l'engourdissement d'une pratique routinière pour les
faire accéder, dans la simplicité et l'humilité de la foi pure, à la vie de
famille à laquelle Dieu les convie ? Marie a reçu cette mission. Il appartient
à la Maman de refaire un climat de sincérité et de paix au foyer de l'humanité,
d'y réchauffer l'affection et le dévouement mutuel, d'y réveiller la joie de
vivre. C'est pour cela qu'elle est apparue à Thérèse. C'est pour cela qu'elle
l'a constituée messagère de l'Amour Miséricordieux. C'est pour cela qu'elle
aime être invoquée, en union avec sa privilégiée du Carmel, sous le titre de «
Vierge du Sourire ».
La Sainte de Lisieux a grâce
d'état pour communiquer l'ineffable secret qu'elle reçut aux Buissonnets au
jour béni du 13 mai 1883. Comme le dit avec autorité Mgr Picaud, évêque de
Bayeux, elle se plaît à le confier aux âmes qui lui sont très unies. Elle leur
apprend l'itinéraire de sa « Petite Voie » : « aller au Père par Marie et
par Jésus, mais sans jamais quitter ni Jésus ni Marie. »
R.P.PIAT
La Vierge du Sourire (p 102 à 105)
Résolution :
Ce texte de 1 951 n’a rien perdu de son actualité, la situation décrite s’étant seulement aggravée. Alors, le remède reste le même : à l’image de Sainte Thérèse, attirons les âmes vers notre Mère du Ciel ; notre sourire, notre rayonnement nous y aideront.
Dieu a voulu que dans toute la Création, de la pierre à la plante, de la plante à la bête, de règne en règne la vie montât. Sous son souffle, elle a trouvé la géométrie du cristal, puis la croissance de l'arbre, puis le mouvement, le sang chaud, l’instinct de l'animal. Chaque fois, par un coup de génie prodigieux, elle a dépassé toutes les données du règne antérieur.
Et au-dessus des trois règnes, le règne humain s'élève à plus de vie encore. L’homme n'est-il pas l'être unique, né pour un prodige à lui propre, il a l'action et la raison: il a l’esprit, le choix, la liberté. Il se sent libre: faire ou ne pas faire. Mais quoi faire ? A quoi s'emploiera-t-il, dans sa liberté, avec la même certitude que le sel qui cristallise, que l'herbe qui pousse, que l'oiseau qui couve ses œufs.
C'est le Christ qui révèle à l'homme sa destination profonde: l'âme est faite pour aimer. Vous êtes fils d'un même Père, qui vous aime: soyez ces frères, entr'aimez-vous, entr'aidez-vous, travaillez à faire ce monde tel que le Père a désiré qu'il fût.
Servir et aimer, voilà la certitude intérieure de l'homme, inscrite en sa nature, comme la figure de son cristal l'est dans la nature du quartz.
Les gens simples à qui Jésus apporte ce message, d'un coup l'ont
senti, c'est cela ! Le grand commandement nouveau fait lumière pour tout homme
venant en ce monde. Celui qui veut vivre de vraie vie se tourne vers cette
parole, comme la plante qui veut respirer se tourne vers le soleil. De tout son
être, chaque créature s'efforce à sa destination. Au plus bas, le plus élémentaire, l'atome, avec
une phénoménale énergie se concentre sur son être. Au plus haut, le plus
complexe, le plus vivant, l'homme, a à
sortir de son être, de son moi, à se donner. Il est fait pour l'amitié. Son
sang l'y porte,
Ici, une fois de plus, la vie se
dépasse: elle débouche dans un nouveau
royaume. Comme elle a inventé de faire
avec ce qui ne pouvait que tomber ce qui pousse, ou avec ce qui ne pouvait vivre qu'attaché à
la terre ce qui s'en détache, ici, par
l'homme, avec ce qui semblait ne pouvoir
être qu'égoïsme, elle fait le contraire de
l'égoïsme: l'amour.
Au sommet de la Création, il
fallait l'être libre, donc capable
d'aimer, pour aimer et répondre ainsi au
Créateur. Le monde maintenant a un sens et l'homme connaît sa vérité de vie.
Henri Pourrat
La bienheureuse Passion (p 20)
Résolution
En ce temps de Carême, contemplons et accompagnons notre Sauveur dans Son chemin de Croix où Il nous révèle qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Dieu, pour ceux qu'on aime. Donner sa vie, c'est d'abord s'oublier.
Filius hominis non venit ministrari
sed ministrare. (Matth., xx, 28)
Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir.
Par le péché de nos premiers
parents, le Démon s'était emparé de l'homme et de toutes les créatures. « Tous
les royaumes et toutes les richesses du monde sont à moi, disait-il à Notre-Seigneur:
je te les donne si tu veux m'adorer » (Matth, IV, 9). En descendant sur la
terre, notre divin Rédempteur est comme un Roi qui, après une longue absence,
vient reprendre son empire et chasser l'usurpateur. Lui-même annonce son
entreprise en disant: « Le moment est venu où le Prince de ce monde va être mis
à la porte: Nunc princeps hujus mundi ejicetur
foras» (Jean, XII, 31),
La guerre commence à la grotte de
Bethléem. Ô profondeur de la sagesse de
Dieu! C'est en naissant dans une étable,
pauvre et humilié, que le divin Conquérant ébranle jusque dans ses fondements
la puissance infernale. C'est en se faisant esclave qu'il commence à dépouiller
Lucifer, et à justifier le nom mystérieux que lui-même a reçu des prophètes.
Vous l'appellerez, dit Isaïe : Hâte-toi d'enlever les dépouilles; hâte-toi de
ravager. (Is, VIII, 3)
L’orgueil, c'est-à-dire l'esprit
d'insubordination, est le fondement le plus profond de l'empire de Satan,
l'appui le plus solide de son trône. C'est la chaîne la plus lourde et la plus
difficile à rompre, dont il ait chargé l'homme, son esclave. Pour briser cette
chaîne et miner ce fondement, que fait le Verbe éternel ? A l'orgueil et à la
désobéissance, élevés jusqu'au comble, il oppose l'humilité la plus profonde et
la soumission la plus complète. Il se fait esclave et il en remplit les fonctions.
« Voyez, dit Bède le Vénérable, le
Fils de Dieu devenu l'Enfant de Bethléem. À peine est-il né, que, pour nous
délivrer de l'esclavage, il se fait inscrire comme sujet de César, et paie le
tribut de la servitude » (Luc, II). Ce n'est là qu'un premier signe de
dépendance: en voici un second. Afin de
commencer à payer les dettes de notre orgueil, au prix de ses abaissements et
de ses souffrances, il se laisse, tendre enfant, lier comme un esclave dans les
langes du berceau. Pour lui, ces langes sont l'annonce et la figure des cordes,
dont il devra un jour se faire lier par les bourreaux, en marchant au supplice.
Sa vie entière n'est qu'un long
acte de servitude. Pendant trente ans, lui, le Maître du monde, obéit à deux de
ses créatures, Marie et Joseph, et erat
subditus illis. Constamment aux ordres de l'un et de l'autre, tantôt, à la
voix de saint Joseph, il travaille à dégrossir le bois nécessaire pour l'état
de son père nourricier; tantôt, à la voix de Marie, il ramasse les menus
fragments de ce bois pour le foyer. On le voit tour à tour balayer la maison,
puiser de l'eau, ouvrir et fermer l'atelier. «En un mot, dit saint Basile,
Marie et Joseph, étant pauvres, étaient obligés de vivre du travail de leurs
mains. Pour exercer l'obéissance et montrer le respect qu'il leur portait,
comme à ses supérieurs, le Verbe fait chair se livrait à tous les travaux qu'il
pouvait humainement accomplir ».
L'histoire rapporte comme un prodige
d'humilité, que saint Alexis, fils d'un des plus grands seigneurs de Rome,
voulut vivre, et vécut en effet, pendant dix-sept ans comme un serviteur inconnu
dans la maison de son père. Mais qu'est-ce que l'humilité de ce saint, comparée
à l'humilité de l'Enfant de Bethléem? Entre fils et serviteur du père de saint
Alexis, il y a sans doute une différence de condition; mais c'est une
différence bornée. Entre Dieu et serviteur de Dieu, la différence est infinie.
Ce n'est pas tout: en se faisant serviteur de son Père, le Fils de Dieu s'est
fait par obéissance serviteur de ses propres créatures, et erat subditus illis.
O Dieu! et nous refuserons de nous
soumettre au glorieux esclavage de cet aimable Enfant, qui, pour nous sauver,
s'est lui-même dévoué à la servitude la plus profonde! Plutôt d'être les heureux
serviteurs de ce Monarque si grand, nous aimerons mieux être les esclaves
dégradés du démon! A ce Roi si bon et si magnifique, nous préférerons Satan:
maître cruel qui n'aime pas ses serviteurs, mais qui les hait, qui les traite
en tyran, qui les dépouille et les rend malheureux dans ce monde et dans
l'autre!
Si nous avons à nous reprocher une
pareille folie, pourquoi ne pas sortir sur-le-champ de notre honteuse et
déplorable servitude? Pourquoi, délivrés de l'esclavage du démon, ne prenons-nous
pas, ne couvrons-nous pas de nos baisers, les douces chaînes qui nous rendent
serviteurs et frères de l'Enfant de Bethléem ; qui nous attachent glorieusement
à lui, et qui se changeront en couronne de gloire pour l'éternité?
O Monarque du monde, devenu
esclave et serviteur pour l'amour de moi! J'ai honte de paraître aujourd'hui
devant votre crèche, monument éternel de vos abaissements. Je rougis à la pensée
de mon orgueil, au souvenir de mes folies et de mes ingratitudes.
Reprochez-les-moi, aimable Enfant; vous avez raison. « J'avais brisé vos
chaînes, me dites-vous, et vous m'avez dit: je ne veux pas de la liberté que
vous m'offrez; je préfère l'esclavage; j'aime mieux être soumis au démon qu'à
vous ».
Je reconnais ma faute et je m'en repens.
Vos mérites infinis, ô mon Sauveur, animent mon espérance. J'attends mon pardon
de cette inépuisable bonté, qui ne vous permet pas de mépriser un cœur contrit
et humilié, cor contritum et humiliatum,
Deus, non despicies. Prenez les chaînes de votre amour, mettez-les à mes
pieds et à mes mains; que je ne puisse jamais les rompre ni faire aucun mouvement
contraire à votre volonté. J'aime mieux, aimable Enfant, être votre serviteur
que le maître du monde. De quoi sert le monde entier à celui qui est privé de
votre grâce ? (Mtth, XVI, 46)
Mgr Gaume
Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus
Résolution
En ce temps de Noël, contemplons
l’Enfant de la Crèche qui nous donne le plus grand exemple du remède à l’orgueil :
l’humilité. Pour soutenir notre
méditation, n’hésitons pas à user d’ouvrages comme Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus (Mgr Gaume) ou Noël : neuvaine et méditations (Saint
Alphonse de Liguori)
Il n'est pas besoin de détailler
les actes extérieurs que ce tourment d'amour incite à poser au fur et à mesure
de son développement. Ils peuvent être 'très variables selon les circonstances,
Il est cependant une manifestation essentielle sur laquelle nous nous permettons
d'insister, à savoir une grande délicatesse dans la pratique de la charité
fraternelle.
Nul ne contestera que le tourment
d'amour pour le salut des âmes ne soit en lui-même un acte éminent de charité
fraternelle. Mais, s'il est vrai, il rejaillit nécessairement à l'extérieur. Maint
détail peut nous donner l'occasion de prouver que nous aimons nos frères comme
Notre-Seigneur les a aimés et que nous sommes prêts à tout pour les aider à se
sanctifier et par suite à trouver le vrai bonheur.
Rien d'ailleurs n'est peut-être
plus efficace que la charité fraternelle pour préparer les âmes à s'ouvrir à
l'action de la grâce. Elle constituera d'one en réalité un apostolat direct que
nous avons à tout instant l'occasion d'exercer sans qu'il nous détourne de notre
devoir d'état, même dans la vie contemplative.
Il ne s'agit pas en effet de
faire de longs discours, bien que, lorsque l'occasion se présente de parler de
l'amour de Dieu, nous ne devions pas craindre d'en rendre témoignage. La
reconnaissance nous fait un devoir de révéler à ceux qui nous approchent le
bonheur qu'on éprouve en s'efforçant d'aimer Dieu, et comment nous avons trouvé
le centuple en nous livrant à Lui sans réserve.
Mais dans la vie quotidienne nous
voulons prouver la réalité de notre amour pour Dieu, notre Père, en aimant pour
Lui tous nos frères.
Dans ce but l'Esprit-Saint nous
fait adopter spontanément une attitude très simple, dans laquelle on peut cependant
distinguer trois éléments dominants. Nous voulons d'abord éviter tout ce qui peut faire
souffrir notre prochain.
Ainsi éprouvons-nous le besoin de
veiller toujours attentivement sur nos paroles, même lorsque nous n'avons que
rarement l'occasion de rompre le silence, car nous savons que les manquements
sur ce point déplaisent souverainement au Seigneur. Nous saisis- sons de même
avec joie les différentes occasions qui se présentent de nous gêner un peu pour
supprimer ce qui risque de faire de la peine à ceux qui nous entourent. Le
démon est si habile à profiter des moindres failles pour essayer de susciter la
zizanie dans les groupements les plus unis que nous attachons une grande
importance à ce qui peut renforcer l'unité de tendance vers un même idéal. Nous
combattons de plus résolument en nous les défauts qu'on peut nous signaler afin
d'éviter de rendre la piété ennuyeuse.
Par ailleurs nous ne nous
étonnons pas des petits heurts que nous avons à subir malgré la bonne volonté
de tous. Plus le zèle des âmes embrase notre cœur, plus nous les supportons
facilement en nous gardant bien d'apprécier trop vite les intentions. Nous
avons appris à nous méfier de notre première impression: elle est bonne si un
tel nous est sympathique..., mais pour peu que nous éprouvions envers lui une
certaine antipathie…
Nous laissons donc tomber aussi
souvent qu'ils tentent de revenir à la charge ces petites rancunes secrètes,
ces relents de jalousie qui, entretenus volontairement, rendraient impossible
tout élan vers Dieu et nous empêcheraient de nous faire tout à tous. L'amour
nous fait voir le Christ dans tous ceux qui nous côtoient. Et, au lieu de nous
arrêter à juger humainement et à nous agacer de tel ou tel travers, nous allons
au-delà des apparences et reconnaissons Dieu qui vient à nous par nos frères.
Il nous semble peut-être qu'à Sa place nous aurions choisi autrement; mais nous
ne voulons pas discuter ce qu'Il fait et nous profitons avec joie des occasions
qu'Il nous donne ainsi de Lui prouver notre amour.
Bien plus nous voulons nous dévouer
à nos frères en profitant de tout ce que nous permettent les circonstances et
le devoir d'état. Ce dévouement, dont le champ d'action est extrêmement varié, trouve
à s'exercer d'abord sur le plan matériel. Lorsqu'on aime, on s'oublie
facilement et on est ainsi toujours prêt à rendre service. Nous évitons d'être indiscrets
et importuns en nous offrant à temps et à contretemps. Mais nous avons à cœur
de répondre: « Oui », tout de suite, avec un franc sourire, dès que l'on nous
demande un service, laissant entendre par là que nous sommes disponibles chaque
fois qu'il s'agit de faire plaisir.
L'amour soucieux de soulager la
peine et la misère se traduit également sur le plan spirituel.
Animés du désir de faire aimer
Dieu toujours davantage, nous voulons soutenir de façon spéciale ceux qui sont
dans l'épreuve. L'action directe, nous serait-elle permise, risque parfois
d'aviver des douleurs! que seule la grâce peut apaiser. Nous faisons du moins
passer dans notre sourire toute notre affection surnaturelle; et l'expérience
prouve que dans les grandes épreuves voulues par Dieu c'est un des rares
soulagements efficaces qu'Il permette.
Il s'établit ainsi, autour de
ceux qui cherchent Vraiment Dieu et en qui
brûle un tourment d'amour pour les âmes,
une atmosphère de charité fraternelle
rayonnante, toute de paix et de joie, qui dilate les cœurs et favorise
puissamment leur élan vers Dieu. Nous la retrouverons d'ailleurs autour de ceux
qui sont totalement livrés au Seigneur.
Notons simplement pour l'instant
que cette charité vraiment surnaturelle, outre sa valeur d'apostolat, rend
vraiment gloire à Dieu : De même que dans certaines familles nombreuses l'entente
parfaite des frères et des sœurs fait la joie et la gloire des parents, de même
l'union intense des membres d'une communauté glorifie leur Père des Cieux d'une
manière très spéciale. - Et nous pensons non seulement aux communautés
religieuses, mais aussi aux groupements divers que l'on rencontre dans le monde
: communautés paroissiales, communautés de travail …
L'amour surnaturel qui crée la
communion des esprits et des cœurs, tout on aidant chacun à mieux répondre à
l'amour de Dieu, s'élance comme un hommage et un chant de louange vers le Père
de tous ces frères du Christ qui sont heureux d'habiter ensemble, ainsi que
vers la Très Sainte Vierge, la Mère toujours attentive qui soutient leurs efforts
et atténue les petites difficultés.
Tel est l'idéal vers lequel nous
devons tendre dès le début de notre vie chrétienne, mais qui à certains moments
de la vie spirituelle répond à nos aspirations les plus intimes. Un tourment
paisible et fort nous excite à, nous oublier de plus en plus pour aider nos
frères à trouver la perle précieuse. Souvent le Saint-Esprit demande encore un
nouveau progrès. Il nous fait comprendre
que nous devons regarder plus haut et que, sans rien négliger de ce que nous
venons de dire, la perfection de l’amour exige que nous nous livrions davantage
à Son Action.
Dom Bélorgey
Dieu nous aime (p 173 à 178)

Sainte Marie-Madeleine
notre modèle de recueillement pour ce mois de juillet
C'est généralement dans le
silence de la vie d'oraison que ce tourment d'amour commence d'une façon
paisible et s'intensifie sans cesse davantage. Nous entrevoyons par exemple à
quel point la Passion peut être compromise si nous n'intervenons pas. Nous
communions d'une façon très spéciale aux souffrances de Jésus.
Mais nous comprenons en même
temps que compatir ne suffit pas. L'amour nous pousse à reproduire quelque
chose des souffrances du Maître, du don qu'Il a fait de Lui-même aux hommes, et
cela en nous « donnant » nous aussi, non pas en quelque occasion éclatante,
mais dans le détail de chacune de nos journées. Nous Lui offrons ainsi toutes
les délicatesses de notre amour affectif, qui sont une de nos plus belles
richesses, en y joignant le complément normal et indispensable d'un amour
effectif de tous les instants.
Il n'est plus question de discuter
l'expression de la volonté de Dieu et de Son Bon Plaisir quel qu'il soit. Toutes
les épreuves qui se présentent, les souffrances aussi bien physiques que
morales, nous apparaissent comme une occasion providentielle de prouver à Dieu notre
amour. Nous oubliant toujours davantage, nous ne songeons plus qu'à agir avec
plus d'amour, qu'à aimer au maximum avec une délicatesse sans cesse plus en
éveil.
Nous avons un vrai désir d'éviter
bien des petites omissions qui sont en réalité des résistances à la grâce. Par
de brefs appels ou de rapides lumières intérieures, l'amour nous sollicite
fréquemment. Faire la sourde oreille devient une chose grave pour une âme
aimante. Si volontairement nous refusons de retenir un regard, une parole, un
signe, alors que nous percevons nettement que le sacrifice nous en est demandé,
c'est une âme que nous refusons de sauver. Jésus attendait de nous cette offrande pour
lui octroyer une grâce peut-être décisive pour son salut.
Mais l'amour nous poursuit sans
cesse et nous presse de multiplier les marques positives de notre délicatesse.
Chaque fois que nous nous apercevons qu'une petite infidélité nous a échappé,
aussitôt nous voulons la réparer au moins au double. Nous ne laissons passer aucun
des points que nous recommande notre Règle ou qui sont dans la ligne de notre
devoir d'état.
L'Esprit-Saint Lui-même nous
fournit l'occasion de prouver notre générosité. Il nous fait pressentir les
exigences toujours plus profondes de l'amour. L'âme aimante est sans cesse
attentive et reconnaît aussitôt la voix qui la sollicite: « Parlez, Seigneur,
votre serviteur écoute. »
Nous sommes ainsi toujours prêts
à répondre dès que Jésus nous fait comprendre qu'une âme a besoin de notre
aide. Nous sommes continuellement aux aguets pour rivaliser d'amour et essayer
de prévenir les moindres désirs de Celui qui veut nous associer si intimement à
Son œuvre rédemptrice.
Dom Godefroid BELORGEY
Dieu nous aime (p170 à 173)
Résolution :
En ce temps de vacances, prenons
plus de temps pour « le silence de
la vie d'oraison », source indispensable de la Charité qui pourra
rayonner autour de nous.
La paix est appelée par saint
Augustin « la tranquillité de l'ordre». Elle consiste, dit saint Thomas, «en
l'harmonie parfaite résultant en nous et en autrui, de ce que toutes nos
affections et celles des autres sont orientées vers Dieu, objet suprême du bonheur
parfait. » (II-II, q 29, art 1).
La paix est incompatible avec le
péché qui introduit en nous le désordre moral et détruit nos bons rapports avec
Dieu. C'est pourquoi la Sainte Ecriture dit « qu'il n'y a pas de paix pour
l'impie. » (Ps. LXIII.)
Elle ne règne pas dans le cœur de
l'homme qui est victime des agitations intérieures, qui se laisse dominer par
les émotions désordonnées ou qui est esclave de ses impressions et de ses
caprices.
Elle nous est encore soustraite,
lorsque de nos rapports avec nos frères sont bannies la justice et la charité.
La paix, d'après saint Paul, est
le don du Christ. Il la souhaite à ses
disciples, en disant: « Qu'en nos cœurs triomphe la paix du Christ.» (Col. III,
15.)
Le Bienheureux Jean de Ruysbroeck
l'Admirable nous invite à chercher dans les plaies de Jésus, et
particulièrement dans son Cœur transpercé, la réconciliation qui procure cette
paix : « Il a étendu ses bras, dit-il,
pour vous embrasser et pour vous recevoir. Etablissez votre demeure dans
l'intérieur de ses plaies, comme la colombe dans le creux du rocher.
« Approchez votre bouche de
son Côté. Semblable à l'athlète et au géant, Il a combattu pour vous jusqu'à la
mort. Il a vaincu vos ennemis et par sa mort Il vous a délivrés de la mort de
vos péchés. Il a payé votre dette et en
vous rachetant par son sang précieux, Il vous a obtenu l'héritage de son Père.»
(Le livre des sept châteaux, ch 12)
Jésus-Christ est salué dans la
Sainte Ecriture comme « le prince de la paix ». Comme tel, Il est prêt à la
communiquer à tous ceux qui s'approchent de Lui avec confiance et la
sollicitent de la libéralité de son Cœur.
Les anges ont annoncé la paix
autour du berceau du Sauveur venu pour réconcilier le ciel avec la terre.
En pardonnant au pécheur, le
Christ lui disait : « Va en paix et ne pèche plus. » A son exemple, l'Eglise
continue à faire entendre ces consolantes paroles à ceux qu'elle réconcilie
avec Dieu, soit au baptême, soit au Sacrement de pénitence.
Avant de mourir, le divin Sauveur
voulut laisser aux Apôtres le bienfait de la paix, comme le don le plus
précieux de son Cœur : « Je vous laisse ma paix, leur dit-il, je vous donne ma
paix. » (Jean XIV, 27.)
Apparaissant aux siens après sa
résurrection, et les admettant à contempler dans son côté ouvert la blessure de
son Cœur, le Christ leur apporta encore un message de paix, en disant : « Que
la paix soit avec vous ! » Son Cœur miséricordieux, oublieux de leur
manque de fidélité et de leur inconstance, voulait rendre à leurs esprits
désemparés et troublés le calme et la sérénité dans la possession de la paix.
C'est bien à la généreuse charité
du divin Cœur, c'est à ses divins mérites que nous sommes redevables de la
paix, qui est, elle-même, un des précieux fruits produits en nous par l'Esprit
Saint.
Nos âmes puiseront la paix du
Christ dans une grande dévotion au Sacré Cœur. Lui-même s'en fera le charitable
et généreux dispensateur, si nous mettons notre confiance en Lui.
Le bienfait de la paix a été
promis aussi par Notre Seigneur aux familles qui, consacrées à son divin Cœur,
honorent son image exposée à leur foyer.
La paix sera encore assurée à la
patrie, et la Iutte entre les classes y fera place à la concorde parfaite, à la
condition que les concitoyens mettent en pratique le précepte du Maître: «
Aimez-vous les uns les autres, comme Moi-même je vous ai aimés. »(Joan.
XV, 12.)
Enfin la paix régnera dans le
monde entier, elle y succédera aux bouleversements et aux luttes lorsque la
devise de notre Pontife bien-aimé sera devenue la règle vivante des rapports
réciproques entre les nations: « La paix du Christ dans le règne du Christ. »
Ch.G.Kanters
Commentaires des Litanies du Sacré Cœur (p 284 à 287)
Résolution :
En ce mois de juin, et
particulièrement, en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, méditons les litanies
du Sacré-Cœur afin de comprendre comment agir pour lever tous les obstacles à l’établissement
de « La paix du Christ dans le règne du Christ. »