La famille, premier lieu de pratique de la Charité
La fête de la Sainte Famille nous présente aujourd'hui un exemple très pratique de la Charité à la fois gratitude et don !
Ce sermon nous offre une résolution à mettre en pratique !
A la suite de Mgr Lefebvre et de toute l'Eglise, nous voulons que le règne de Notre Seigneur s'établisse dans toutes les âmes et toutes les sociétés par la Foi et la Charité.
La fête de la Sainte Famille nous présente aujourd'hui un exemple très pratique de la Charité à la fois gratitude et don !
Ce sermon nous offre une résolution à mettre en pratique !
La dévotion au Sacré-Cœur de
Jésus semble avoir été, par la miséricorde divine, réservée à notre temps. La
charité diminue, partout les cœurs se refroidissent. Qui les réchauffera et
leur donnera force et vigueur pour les luttes de la vie ?
Dans une apparition devenue
célèbre, Jésus Christ est sorti de l'obscurité de son tabernacle et il a
dévoilé à la bienheureuse Marguerite-Marie son Cœur brillant comme un soleil,
ardent comme une fournaise : des rayons et des flammes s'en échappaient. En le
lui montrant il a dit : « Voilà ce Cœur
qui a tant aimé les hommes !» Comme s'il voulait dire: Et eux, ne
m'aimeront-ils pas? A la chaleur de mon Cœur, les leurs ne vont-ils pas
s'échauffer ? A la vue de sa plaie
béante et de son sang qui semble couler encore, ne seront-ils pas touchés? Ne
rendront-ils pas amour pour amour ?
Jésus-Christ montre son Cœur, et
il l'ouvre aux âmes. Mais qui les conduira à ce Cœur adorable? Saint Michel: il
est l'ange du Sacré-Cœur. Pour nous en convaincre, il suffit de nous rappeler
les fins de la dévotion à ce Cœur adorable. C'est d'opposer à l'incrédulité,
dont le flot monte toujours, une foi plus vive au Sauveur et à son amour. Or Saint
Michel n'est-il pas le premier qui ait cru à Jésus-Christ et à son amour, par conséquent
à son Cœur ?
C'est d'opposer à l'indifférence,
qui s'en va glaçant tous les cœurs et y éteignant les saintes ardeurs, un amour
plus généreux. Or, après Marie, qui a
aimé comme saint Michel, le premier des séraphins ?
C'est de réparer les outrageants
sacrilèges des hommes et leurs longs oublis à l'égard du Dieu-Eucharistie. Or
saint Michel n'est-il pas le premier qui
ait réparé la gloire de Jésus-Christ outragée par Lucifer, le premier qui ait combattu
pour le Sacré-Cœur, le premier qui l'ait adoré.
C'est de consoler le Sacré-Cœur
de Jésus en compatissant avec lui. Or saint Michel n'est-il pas le premier qui
ait fait l'Heure sainte? Au jardin de Gethsémani Jésus- Christ était seul. Les
apôtres qui l'avaient suivi dormaient. Il ne reçut d'autres consolations que
celles de saint Michel, descendu du ciel
pour le réconforter.
C'est encore, car la vraie
dévotion va jusque-là, de rendre notre cœur conforme au Cœur de Jésus-Christ.
Or qui, Marie exceptée, a imité le Sacré-Cœur comme saint Michel ? Le Sacré-Cœur de Jésus, c'est avant tout l'immolation,
le sacrifice, puisque c'est l'amour qui se donne. Saint Michel aussi s'est
immolé: il s'est immolé, au jour de l'épreuve, à la gloire de ce Dieu qui
devait se faire homme et relever cette nature humaine, si humble et si déchue,
au-dessus des chœurs resplendissants des anges.
Saint Michel est bien l'ange du
Sacré-Cœur. Demandons-lui donc de
conduire nos âmes à cette source de toute bénédiction.
Pratique. Plaçons l'image du Sacré-Cœur dans nos maisons et
faisons, chaque premier vendredi du mois, un exercice de piété en son honneur.
Histoire. La vénérable Philomène de sainte Colombe aperçut
un jour le Cœur de Jésus tout rempli d'affliction et elle vit s'approchant de
ce divin Cœur, deux étoiles d'une beauté et d'un éclat indicibles. Quand elles
l'eurent touché, il se trouva aussitôt soulagé. Alors elles se posèrent l'une à
droite et l'autre à gauche de ce Cœur sacré, et lui-même, sans perdre pourtant
sa forme naturelle, se changea en une troisième étoile. Toutes trois demeurèrent
ainsi triangulées, formant la figure qui est le signe de l'unité ou de
l'égalité des trois Personnes divines. Je compris, dit-elle, que ces trois étoiles
représentaient le Cœur de Jésus, Marie Immaculée et l'archange saint Michel, et
que le triangle qu'elles formaient signifiait l'unité de volonté qui les met
tous les trois en parfaite harmonie pour le bien de l'homme. Marie veut demander,
le Sacré-Cœur veut accorder et saint Michel veut distribuer ce que Marie a obtenu.
Ainsi d'après cette vénérable
servante de Dieu, saint Michel est le messager qui distribue les grâces
innombrables obtenues par Marie du Cœur de Jésus. (Vie de la Vénérable, par le P. Pie de Langogne, Paris, Bonne
Presse, p. 191)
Ô saint Michel, qui avez entendu les battements du Cœur de Jésus et qui
avez pénétré le mystère de ce divin Cœur transpercé par la lance, faites-nous
connaître les sentiments de ce Cœur adorable et conduisez-nous à cette source
intarissable de grâces et de bénédictions. Nous vous prions aussi pour la
France, la nation privilégiée à laquelle il a montré son amour. Obtenez-lui du
Cœur de Jésus les grâces qui la relèveront. Ainsi soit-il.
Si les liens de la foi et de
l'espérance qui nous attachent à notre divin Rédempteur dans son Corps mystique
sont d'un grand poids et d'une souveraine importance, non moins grandes sont
l'importance et la force des liens de la charité. Car si déjà, dans la nature,
c'est une chose excellente que l'amour, source de la véritable amitié, que dire
de cet amour céleste répandu par Dieu même dans nos âmes ? Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu
et Dieu en lui (I Jn IV, 16)). Or, cette charité, comme par une loi établie
par Dieu, a pour effet de le faire descendre par un retour d'amour en nous qui
l'aimons, suivant ces paroles: Si
quelqu'un m'aime... mon Père aussi l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous
ferons en lui notre demeure (Jn XIV, 23). La charité nous unit donc au
Christ plus étroitement qu'aucune autre vertu; et c'est dans l'ardeur de cette flamme
céleste que tant de fils de l'Eglise se sont réjouis de subir pour lui les
opprobres, de tout affronter, de tout vaincre, jusqu'au dernier souffle de leur
vie et à l'effusion de leur sang. C'est pourquoi notre Sauveur nous presse
véhémentement par ces paroles: Demeurez dans mon amour. Mais comme la charité
est sans force et sans vie si elle ne se manifeste et ne se réalise en bonnes
œuvres, il ajoute immédiatement: Si vous
gardez mes commandements, vous resterez dans mon amour; comme moi aussi j'ai gardé
les commandements de mon Père et je reste en son amour (Jn, XV, 9-10).
A cet amour envers Dieu, envers
le Christ, doit répondre pourtant la charité envers le prochain. Car comment
pouvons-nous affirmer que nous aimons le divin Sauveur si nous haïssons ceux qu'il
a fait membres de son Corps mystique en les rachetant lui-même de son sang
précieux ? D'où cet avertissement que nous donne l'Apôtre que le Christ a aimé
plus que les autres: Si quelqu'un prétend
aimer Dieu et hait son frère, il est un menteur. Car celui qui n'aime pas son
frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons
de Dieu ce commandement: que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère (I
Jn IV, 20-21). Bien plus, il faut encore l'affirmer, nous serons d'autant plus
unis avec Dieu, avec le Christ, que nous serons davantage les membres les uns
des autres (Rom XII, 5), pleins de
sollicitude les uns pour les autres (I Cor XII, 25); comme, d'autre part,
nous serons d'autant plus unis entre nous et liés par la charité que plus
fervent sera l'amour qui nous unira à Dieu et à notre divin Chef.
Pie XII
Mystici Corporis Christi (29 juin 1943)
Résolution
A l’aide de ce texte du Pape Pie XII, méditons ces deux aspects
indissociables de la vraie Charité, puis passons à l’action concrète dans nos
vies !
L’homme aime nécessairement, il
vit d'amour; son bonheur et son malheur dépendent des objets auxquels il
s'attache.
Il y a dans l’homme deux amours:
l'un céleste, l'autre terrestre.
L’homme, par le premier s'élève
vers le Ciel, d'où il vient et où il doit retourner ; par le second, il
s'abat sur la terre et s'attache à ce lieu d’exil, auquel cependant, passager
rapide, il ne doit pas plus s’affectionner que le voyageur à l'hôtel où il
s'abrite pendant une nuit de son voyage. L'un de ces amours fait de l’homme un ange,
l'autre en fait un démon; car l'amour nous identifie avec les objets que nous
aimons, nous souille ou nous purifie.
Ils sont devenus abominables comme les choses qu'ils ont aimées, dit l'Esprit
de vérité. (Os.), L'un est la charité, l’autre la concupiscence.
Ces deux amours sont aussi
opposés l’un à l’autre que le Ciel l’est à l’enfer ; la concupiscence
vient du péché et porte au péché; elle lie l'homme aux choses créées, à ce qui
flatte l'orgueil, l'ambition, la vanité, les voluptés coupables. De là naissent
et le vil égoïsme, et la haine des autres, et la colère, et les divisions, et
la basse envie et la duplicité, et tous les crimes dont l'homme se souille et
par lesquels il se dégrade et s'avilit.
La charité, flamme céleste, pure
comme les ardeurs d’un séraphin, vient du Ciel et porte à la vertu; elle aime
tout ce qui est saint, tout ce qui est pudique, tout ce qui est vrai, tout ce
qui est aimable, tout ce qui élève l'homme à ses yeux et aux yeux des autres,
tout ce qui établit la paix dans l'esprit et dans le cœur, tout ce qui unit les
hommes entre eux et ne fait de tous qu’un cœur et qu’une âme.
Ces deux amours se disputent sans
cesse la possession de notre cœur; l'un y grandit à mesure que l'autre s'y
affaiblit; l'un se retire quand l'autre y domine. Mais le péché a porté dans
notre être un tel désordre, il nous a rendus si aveugles et si faibles que la
concupiscence est devenue sinon naturelle, du moins inévitable à l'homme. Elle naît avec nous, et ne meurt qu’avec nous.
On peut la vaincre, mais la détruire, jamais. Toujours elle cherche à reprendre
en nous son empire; de là ces luttes intérieures que nous éprouvons, ces
tiraillements en sens contraires si cruels, que les plus saints ressentent et
qui contraignaient saint Paul lui-même à s'écrier: « Malheureux
homme que je suis, je fais le mal que je hais ; qui me délivrera de ce
corps de mort? » Il lui fut répondu: « La grâce de Jésus. »
Oui, la grâce que Jésus nous a
méritée par son Sang, seule, peut affaiblir en nous le feu de la concupiscence,
allumer la flamme pure de la charité. Ce feu, Jésus est venu l'apporter sur la
terre pour l'y allumer; il a versé, tout son Sang pour cette fin. Ce Sang est
pour échauffer nos âmes, ce qu'est le soleil pour la nature ; sa chaleur
divine peut seule les rendre fécondes, toute autre chaleur est insuffisante, et
ne sert souvent qu'à augmenter le feu mortel de la concupiscence. Si avant lui
on vit sur cette terre, désolée par le feu des passions, briller quelques
légères flammes d’un feu céleste dans quelques fidèles de l’Ancien Testament,
si Marie en fut remplie, c'est au Sang de Jésus-Christ, qui devait être versé
qu'il faut l'attribuer. Ce Sang divin est un fleuve majestueux qui à la fois
remonte et descend les siècles pour y répandre son influence créatrice.
D'abord, par les mérites du Sang de Jésus-Christ, cette flamme pure fut
répandue dans nos cœurs au saint jour du baptême, par la présence de l’Esprit Saint,
qui est un esprit d'amour et qui nous a été donné.
Bientôt le Sang de Jésus-Christ, qui
nous est distribué dans la communion, est venu entretenir, augmenter par
lui-même ce que ses mérites avaient commencé en nous. C'est surtout par ce Sang
reçu, dit saint Jean Chrysostome, que l'âme est enflammée de l'amour pur. La
flamme qu'il produit est plus éclatante que la lumière du soleil et plus
brillante que l'or. (Hom. 46, in cap. Joan. 6.) L'action de ce Sang sur notre
âme est prompte et pénétrante; à l'instant où nous le recevons, il agit sur
elle, et lui communique le feu divin dont il est la source. De même, dit saint Jean
Chrysostome, que l'argent jeté dans l'or fondu est aussitôt couvert de ce métal
précieux, ainsi notre âme, par le seul attouchement du Sang de Jésus-Christ,
est plus belle et plus aimante. Ce Sang agit plus promptement que le feu; il ne
brûle pas cependant, mais il purifie et enflamme. (Id., ibid.)
Ce Sang n'agit pas seulement sur
l'extérieur de l'âme, mais il la pénètre afin de porter le remède à la source
du mal que nous portons dans nos entrailles. (Id., ibid) La vertu de ce
puissant breuvage pénètre toutes les facultés de notre être, dit saint Cyprien,
afin d’y guérir toutes les plaies, d’y détruire tous les genres de mal que la
corruption originelle, que les dérèglements de la vie y ont déposés. Puis le mal détruit, l’ardeur des passions
amortie, il se soumet toutes les puissances de notre âme, se les unit afin que
nous aimions ce qu’il aime, et que notre âme brûle du même feu que le sien.
Abbé Carney
Le mois du Précieux Sang (p 109 à 112)
Résolution :
En ce mois de juillet, développons notre dévotion au Précieux Sang, par la récitation de ces litanies et au moment de nos communions où ce Sang nous est distribué.
Le 20 avril 1911, à Édimbourg,
entrait par le Baptême dans l'Eglise catholique un ministre presbytérien, le
Révérend Alexandre Grant. C'était le premier membre de l'Eglise Libre-Unie d'Ecosse
qui passât à la confession romaine. Trois
jours après, une lettre adressée à la Mère Prieure du Carmel de Lisieux
retraçait en ces termes la genèse de cette abjuration :
« Il y a
maintenant plus d'un an que j'ai, pour la première fois, fait la connaissance de
l'autobiographie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus (traduction anglaise). Je
l'ouvris au hasard, et je m'arrêtai de suite devant la beauté et l'originalité
des pensées. Je trouvai qu'il m'était tombé entre les mains l'œuvre d'un génie,
aussi bien que celle d'une théologienne, d'un poète de premier ordre... Je
ressentis ce qu'éprouve une personne à qui le monde invisible apparaît tout
d'un coup, et je m'écriai : Thérèse est
dans cette chambre ... ; son image revenait sans cesse à mon esprit; elle refusait
de me quitter, et il me semblait l'entendre dire : Voici comment les saints catholiques aiment Jésus-Christ. Écoutez-moi ! Choisissez ma petite voie, car elle est sûre
et c'est la seule véritable.
« … J'ai donc
commencé d'invoquer son aide avec une joie que je renonce à décrire. Mais un
jour, elle me dit subitement : Pourquoi
me demandez-vous de prier pour vous, si vous ne voulez pas connaître et
invoquer la Sainte Vierge? Aussitôt,
je compris combien c'était peu logique d'invoquer Thérèse et de négliger la
Mère de Dieu. La lumière s'était faite; immédiatement, je m'adressai à la
Sainte Vierge. La promptitude de la réponse m'étonna. A l'instant, mon âme fut
débordée par un amour passionné, nouveau-né, un amour qui s'est agrandi et qui
maintenant est un abîme. »
L'année suivante, l'ex-pasteur et
son épouse également convertie émigraient vers la France et s'installaient,
pour y accueillir les pèlerins, au Berceau de Thérèse à Alençon, dans la maison
de la rue Saint-Blaise qui venait d'être rachetée. C'est là que M. Grant devait
mourir saintement, le 19 juillet 1917, après avoir beaucoup travaillé et prié
pour le retour à l'Eglise de nos « frères séparés ».
On voit de quelle qualité fut le
choc psychologique et comment se situe, dans cette montée vers Dieu, le rôle de
notre Sainte. Son charme met en sympathie, il attire, il séduit, il conquiert.
Mais il n'est lui-même qu'un reflet du charme de la Vierge; il oriente vers
elle, il invite à la confiance filiale, à l'abandon total entre ses mains
maternelles. Marie s'empare alors de l'âme en quête de vérité; elle l'ouvre,
elle l'épanouit à cette tendresse familière qui émeut délicieusement le Cœur du
Père des Cieux et prépare l'invasion de sa Charité Infinie. Plus encore qu'une
conversion, c'est une révélation, une ascension. Le passage de l'erreur à la
foi débouche sur la voie d'enfance qui ouvre d'emblée la perspective des plus
hautes cimes évangéliques. (…)
C'est ce qui donne à
l'appellation de « Vierge du Sourire » sa portée actuelle. Les affres de deux
hécatombes mondiales, immédiatement suivies d'une épuisante « guerre froide »,
les crises qui ébranlent l'économie et dissolvent les Etats, le souffle
desséchant du matérialisme athée et du totalitarisme avilissant, ont fait
passer sur l'humanité une vague de désespérance. Une génération se lève,
critique, amère, désenchantée, prête à sombrer dans l'aventure sanglante comme,
par évasion, à se ruer vers le bourbier. On parle de « grande peur ». On
applaudit au « théâtre noir ». Le pessimisme fait école dans les chaires de
philosophie. Les savants s'épouvantent de leurs propres découvertes que tournent
à détruire les passions non contenues par « un supplément d'âme », « On dirait,
déclare Pie XII, un monstre apocalyptique né d'une civilisation où le progrès
toujours croissant de la technique
s'accompagne d'une baisse toujours plus profonde de l'esprit et de la morale. »
Aux déçus, aux lassés de la vie,
en cette nuit ténébreuse, qui rendra l'espérance ? Qui fera luire à nouveau
l'astre de Bethléem? Qui donnera le sens d'une religion chaude, vivante,
personnelle, «sensible au cœur » ? Qui rappellera aux hommes qu'ils ont un Père
dans les Cieux et qu'ils doivent s'aimer comme frères ? Qui enfin arrachera les
chrétiens eux-mêmes à l'engourdissement d'une pratique routinière pour les
faire accéder, dans la simplicité et l'humilité de la foi pure, à la vie de
famille à laquelle Dieu les convie ? Marie a reçu cette mission. Il appartient
à la Maman de refaire un climat de sincérité et de paix au foyer de l'humanité,
d'y réchauffer l'affection et le dévouement mutuel, d'y réveiller la joie de
vivre. C'est pour cela qu'elle est apparue à Thérèse. C'est pour cela qu'elle
l'a constituée messagère de l'Amour Miséricordieux. C'est pour cela qu'elle
aime être invoquée, en union avec sa privilégiée du Carmel, sous le titre de «
Vierge du Sourire ».
La Sainte de Lisieux a grâce
d'état pour communiquer l'ineffable secret qu'elle reçut aux Buissonnets au
jour béni du 13 mai 1883. Comme le dit avec autorité Mgr Picaud, évêque de
Bayeux, elle se plaît à le confier aux âmes qui lui sont très unies. Elle leur
apprend l'itinéraire de sa « Petite Voie » : « aller au Père par Marie et
par Jésus, mais sans jamais quitter ni Jésus ni Marie. »
R.P.PIAT
La Vierge du Sourire (p 102 à 105)
Résolution :
Ce texte de 1 951 n’a rien perdu de son actualité, la situation décrite s’étant seulement aggravée. Alors, le remède reste le même : à l’image de Sainte Thérèse, attirons les âmes vers notre Mère du Ciel ; notre sourire, notre rayonnement nous y aideront.
Dieu a voulu que dans toute la Création, de la pierre à la plante, de la plante à la bête, de règne en règne la vie montât. Sous son souffle, elle a trouvé la géométrie du cristal, puis la croissance de l'arbre, puis le mouvement, le sang chaud, l’instinct de l'animal. Chaque fois, par un coup de génie prodigieux, elle a dépassé toutes les données du règne antérieur.
Et au-dessus des trois règnes, le règne humain s'élève à plus de vie encore. L’homme n'est-il pas l'être unique, né pour un prodige à lui propre, il a l'action et la raison: il a l’esprit, le choix, la liberté. Il se sent libre: faire ou ne pas faire. Mais quoi faire ? A quoi s'emploiera-t-il, dans sa liberté, avec la même certitude que le sel qui cristallise, que l'herbe qui pousse, que l'oiseau qui couve ses œufs.
C'est le Christ qui révèle à l'homme sa destination profonde: l'âme est faite pour aimer. Vous êtes fils d'un même Père, qui vous aime: soyez ces frères, entr'aimez-vous, entr'aidez-vous, travaillez à faire ce monde tel que le Père a désiré qu'il fût.
Servir et aimer, voilà la certitude intérieure de l'homme, inscrite en sa nature, comme la figure de son cristal l'est dans la nature du quartz.
Les gens simples à qui Jésus apporte ce message, d'un coup l'ont
senti, c'est cela ! Le grand commandement nouveau fait lumière pour tout homme
venant en ce monde. Celui qui veut vivre de vraie vie se tourne vers cette
parole, comme la plante qui veut respirer se tourne vers le soleil. De tout son
être, chaque créature s'efforce à sa destination. Au plus bas, le plus élémentaire, l'atome, avec
une phénoménale énergie se concentre sur son être. Au plus haut, le plus
complexe, le plus vivant, l'homme, a à
sortir de son être, de son moi, à se donner. Il est fait pour l'amitié. Son
sang l'y porte,
Ici, une fois de plus, la vie se
dépasse: elle débouche dans un nouveau
royaume. Comme elle a inventé de faire
avec ce qui ne pouvait que tomber ce qui pousse, ou avec ce qui ne pouvait vivre qu'attaché à
la terre ce qui s'en détache, ici, par
l'homme, avec ce qui semblait ne pouvoir
être qu'égoïsme, elle fait le contraire de
l'égoïsme: l'amour.
Au sommet de la Création, il
fallait l'être libre, donc capable
d'aimer, pour aimer et répondre ainsi au
Créateur. Le monde maintenant a un sens et l'homme connaît sa vérité de vie.
Henri Pourrat
La bienheureuse Passion (p 20)
Résolution
En ce temps de Carême, contemplons et accompagnons notre Sauveur dans Son chemin de Croix où Il nous révèle qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Dieu, pour ceux qu'on aime. Donner sa vie, c'est d'abord s'oublier.
Filius hominis non venit ministrari
sed ministrare. (Matth., xx, 28)
Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir.
Par le péché de nos premiers
parents, le Démon s'était emparé de l'homme et de toutes les créatures. « Tous
les royaumes et toutes les richesses du monde sont à moi, disait-il à Notre-Seigneur:
je te les donne si tu veux m'adorer » (Matth, IV, 9). En descendant sur la
terre, notre divin Rédempteur est comme un Roi qui, après une longue absence,
vient reprendre son empire et chasser l'usurpateur. Lui-même annonce son
entreprise en disant: « Le moment est venu où le Prince de ce monde va être mis
à la porte: Nunc princeps hujus mundi ejicetur
foras» (Jean, XII, 31),
La guerre commence à la grotte de
Bethléem. Ô profondeur de la sagesse de
Dieu! C'est en naissant dans une étable,
pauvre et humilié, que le divin Conquérant ébranle jusque dans ses fondements
la puissance infernale. C'est en se faisant esclave qu'il commence à dépouiller
Lucifer, et à justifier le nom mystérieux que lui-même a reçu des prophètes.
Vous l'appellerez, dit Isaïe : Hâte-toi d'enlever les dépouilles; hâte-toi de
ravager. (Is, VIII, 3)
L’orgueil, c'est-à-dire l'esprit
d'insubordination, est le fondement le plus profond de l'empire de Satan,
l'appui le plus solide de son trône. C'est la chaîne la plus lourde et la plus
difficile à rompre, dont il ait chargé l'homme, son esclave. Pour briser cette
chaîne et miner ce fondement, que fait le Verbe éternel ? A l'orgueil et à la
désobéissance, élevés jusqu'au comble, il oppose l'humilité la plus profonde et
la soumission la plus complète. Il se fait esclave et il en remplit les fonctions.
« Voyez, dit Bède le Vénérable, le
Fils de Dieu devenu l'Enfant de Bethléem. À peine est-il né, que, pour nous
délivrer de l'esclavage, il se fait inscrire comme sujet de César, et paie le
tribut de la servitude » (Luc, II). Ce n'est là qu'un premier signe de
dépendance: en voici un second. Afin de
commencer à payer les dettes de notre orgueil, au prix de ses abaissements et
de ses souffrances, il se laisse, tendre enfant, lier comme un esclave dans les
langes du berceau. Pour lui, ces langes sont l'annonce et la figure des cordes,
dont il devra un jour se faire lier par les bourreaux, en marchant au supplice.
Sa vie entière n'est qu'un long
acte de servitude. Pendant trente ans, lui, le Maître du monde, obéit à deux de
ses créatures, Marie et Joseph, et erat
subditus illis. Constamment aux ordres de l'un et de l'autre, tantôt, à la
voix de saint Joseph, il travaille à dégrossir le bois nécessaire pour l'état
de son père nourricier; tantôt, à la voix de Marie, il ramasse les menus
fragments de ce bois pour le foyer. On le voit tour à tour balayer la maison,
puiser de l'eau, ouvrir et fermer l'atelier. «En un mot, dit saint Basile,
Marie et Joseph, étant pauvres, étaient obligés de vivre du travail de leurs
mains. Pour exercer l'obéissance et montrer le respect qu'il leur portait,
comme à ses supérieurs, le Verbe fait chair se livrait à tous les travaux qu'il
pouvait humainement accomplir ».
L'histoire rapporte comme un prodige
d'humilité, que saint Alexis, fils d'un des plus grands seigneurs de Rome,
voulut vivre, et vécut en effet, pendant dix-sept ans comme un serviteur inconnu
dans la maison de son père. Mais qu'est-ce que l'humilité de ce saint, comparée
à l'humilité de l'Enfant de Bethléem? Entre fils et serviteur du père de saint
Alexis, il y a sans doute une différence de condition; mais c'est une
différence bornée. Entre Dieu et serviteur de Dieu, la différence est infinie.
Ce n'est pas tout: en se faisant serviteur de son Père, le Fils de Dieu s'est
fait par obéissance serviteur de ses propres créatures, et erat subditus illis.
O Dieu! et nous refuserons de nous
soumettre au glorieux esclavage de cet aimable Enfant, qui, pour nous sauver,
s'est lui-même dévoué à la servitude la plus profonde! Plutôt d'être les heureux
serviteurs de ce Monarque si grand, nous aimerons mieux être les esclaves
dégradés du démon! A ce Roi si bon et si magnifique, nous préférerons Satan:
maître cruel qui n'aime pas ses serviteurs, mais qui les hait, qui les traite
en tyran, qui les dépouille et les rend malheureux dans ce monde et dans
l'autre!
Si nous avons à nous reprocher une
pareille folie, pourquoi ne pas sortir sur-le-champ de notre honteuse et
déplorable servitude? Pourquoi, délivrés de l'esclavage du démon, ne prenons-nous
pas, ne couvrons-nous pas de nos baisers, les douces chaînes qui nous rendent
serviteurs et frères de l'Enfant de Bethléem ; qui nous attachent glorieusement
à lui, et qui se changeront en couronne de gloire pour l'éternité?
O Monarque du monde, devenu
esclave et serviteur pour l'amour de moi! J'ai honte de paraître aujourd'hui
devant votre crèche, monument éternel de vos abaissements. Je rougis à la pensée
de mon orgueil, au souvenir de mes folies et de mes ingratitudes.
Reprochez-les-moi, aimable Enfant; vous avez raison. « J'avais brisé vos
chaînes, me dites-vous, et vous m'avez dit: je ne veux pas de la liberté que
vous m'offrez; je préfère l'esclavage; j'aime mieux être soumis au démon qu'à
vous ».
Je reconnais ma faute et je m'en repens.
Vos mérites infinis, ô mon Sauveur, animent mon espérance. J'attends mon pardon
de cette inépuisable bonté, qui ne vous permet pas de mépriser un cœur contrit
et humilié, cor contritum et humiliatum,
Deus, non despicies. Prenez les chaînes de votre amour, mettez-les à mes
pieds et à mes mains; que je ne puisse jamais les rompre ni faire aucun mouvement
contraire à votre volonté. J'aime mieux, aimable Enfant, être votre serviteur
que le maître du monde. De quoi sert le monde entier à celui qui est privé de
votre grâce ? (Mtth, XVI, 46)
Mgr Gaume
Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus
Résolution
En ce temps de Noël, contemplons
l’Enfant de la Crèche qui nous donne le plus grand exemple du remède à l’orgueil :
l’humilité. Pour soutenir notre
méditation, n’hésitons pas à user d’ouvrages comme Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus (Mgr Gaume) ou Noël : neuvaine et méditations (Saint
Alphonse de Liguori)
Il n'est pas besoin de détailler
les actes extérieurs que ce tourment d'amour incite à poser au fur et à mesure
de son développement. Ils peuvent être 'très variables selon les circonstances,
Il est cependant une manifestation essentielle sur laquelle nous nous permettons
d'insister, à savoir une grande délicatesse dans la pratique de la charité
fraternelle.
Nul ne contestera que le tourment
d'amour pour le salut des âmes ne soit en lui-même un acte éminent de charité
fraternelle. Mais, s'il est vrai, il rejaillit nécessairement à l'extérieur. Maint
détail peut nous donner l'occasion de prouver que nous aimons nos frères comme
Notre-Seigneur les a aimés et que nous sommes prêts à tout pour les aider à se
sanctifier et par suite à trouver le vrai bonheur.
Rien d'ailleurs n'est peut-être
plus efficace que la charité fraternelle pour préparer les âmes à s'ouvrir à
l'action de la grâce. Elle constituera d'one en réalité un apostolat direct que
nous avons à tout instant l'occasion d'exercer sans qu'il nous détourne de notre
devoir d'état, même dans la vie contemplative.
Il ne s'agit pas en effet de
faire de longs discours, bien que, lorsque l'occasion se présente de parler de
l'amour de Dieu, nous ne devions pas craindre d'en rendre témoignage. La
reconnaissance nous fait un devoir de révéler à ceux qui nous approchent le
bonheur qu'on éprouve en s'efforçant d'aimer Dieu, et comment nous avons trouvé
le centuple en nous livrant à Lui sans réserve.
Mais dans la vie quotidienne nous
voulons prouver la réalité de notre amour pour Dieu, notre Père, en aimant pour
Lui tous nos frères.
Dans ce but l'Esprit-Saint nous
fait adopter spontanément une attitude très simple, dans laquelle on peut cependant
distinguer trois éléments dominants. Nous voulons d'abord éviter tout ce qui peut faire
souffrir notre prochain.
Ainsi éprouvons-nous le besoin de
veiller toujours attentivement sur nos paroles, même lorsque nous n'avons que
rarement l'occasion de rompre le silence, car nous savons que les manquements
sur ce point déplaisent souverainement au Seigneur. Nous saisis- sons de même
avec joie les différentes occasions qui se présentent de nous gêner un peu pour
supprimer ce qui risque de faire de la peine à ceux qui nous entourent. Le
démon est si habile à profiter des moindres failles pour essayer de susciter la
zizanie dans les groupements les plus unis que nous attachons une grande
importance à ce qui peut renforcer l'unité de tendance vers un même idéal. Nous
combattons de plus résolument en nous les défauts qu'on peut nous signaler afin
d'éviter de rendre la piété ennuyeuse.
Par ailleurs nous ne nous
étonnons pas des petits heurts que nous avons à subir malgré la bonne volonté
de tous. Plus le zèle des âmes embrase notre cœur, plus nous les supportons
facilement en nous gardant bien d'apprécier trop vite les intentions. Nous
avons appris à nous méfier de notre première impression: elle est bonne si un
tel nous est sympathique..., mais pour peu que nous éprouvions envers lui une
certaine antipathie…
Nous laissons donc tomber aussi
souvent qu'ils tentent de revenir à la charge ces petites rancunes secrètes,
ces relents de jalousie qui, entretenus volontairement, rendraient impossible
tout élan vers Dieu et nous empêcheraient de nous faire tout à tous. L'amour
nous fait voir le Christ dans tous ceux qui nous côtoient. Et, au lieu de nous
arrêter à juger humainement et à nous agacer de tel ou tel travers, nous allons
au-delà des apparences et reconnaissons Dieu qui vient à nous par nos frères.
Il nous semble peut-être qu'à Sa place nous aurions choisi autrement; mais nous
ne voulons pas discuter ce qu'Il fait et nous profitons avec joie des occasions
qu'Il nous donne ainsi de Lui prouver notre amour.
Bien plus nous voulons nous dévouer
à nos frères en profitant de tout ce que nous permettent les circonstances et
le devoir d'état. Ce dévouement, dont le champ d'action est extrêmement varié, trouve
à s'exercer d'abord sur le plan matériel. Lorsqu'on aime, on s'oublie
facilement et on est ainsi toujours prêt à rendre service. Nous évitons d'être indiscrets
et importuns en nous offrant à temps et à contretemps. Mais nous avons à cœur
de répondre: « Oui », tout de suite, avec un franc sourire, dès que l'on nous
demande un service, laissant entendre par là que nous sommes disponibles chaque
fois qu'il s'agit de faire plaisir.
L'amour soucieux de soulager la
peine et la misère se traduit également sur le plan spirituel.
Animés du désir de faire aimer
Dieu toujours davantage, nous voulons soutenir de façon spéciale ceux qui sont
dans l'épreuve. L'action directe, nous serait-elle permise, risque parfois
d'aviver des douleurs! que seule la grâce peut apaiser. Nous faisons du moins
passer dans notre sourire toute notre affection surnaturelle; et l'expérience
prouve que dans les grandes épreuves voulues par Dieu c'est un des rares
soulagements efficaces qu'Il permette.
Il s'établit ainsi, autour de
ceux qui cherchent Vraiment Dieu et en qui
brûle un tourment d'amour pour les âmes,
une atmosphère de charité fraternelle
rayonnante, toute de paix et de joie, qui dilate les cœurs et favorise
puissamment leur élan vers Dieu. Nous la retrouverons d'ailleurs autour de ceux
qui sont totalement livrés au Seigneur.
Notons simplement pour l'instant
que cette charité vraiment surnaturelle, outre sa valeur d'apostolat, rend
vraiment gloire à Dieu : De même que dans certaines familles nombreuses l'entente
parfaite des frères et des sœurs fait la joie et la gloire des parents, de même
l'union intense des membres d'une communauté glorifie leur Père des Cieux d'une
manière très spéciale. - Et nous pensons non seulement aux communautés
religieuses, mais aussi aux groupements divers que l'on rencontre dans le monde
: communautés paroissiales, communautés de travail …
L'amour surnaturel qui crée la
communion des esprits et des cœurs, tout on aidant chacun à mieux répondre à
l'amour de Dieu, s'élance comme un hommage et un chant de louange vers le Père
de tous ces frères du Christ qui sont heureux d'habiter ensemble, ainsi que
vers la Très Sainte Vierge, la Mère toujours attentive qui soutient leurs efforts
et atténue les petites difficultés.
Tel est l'idéal vers lequel nous
devons tendre dès le début de notre vie chrétienne, mais qui à certains moments
de la vie spirituelle répond à nos aspirations les plus intimes. Un tourment
paisible et fort nous excite à, nous oublier de plus en plus pour aider nos
frères à trouver la perle précieuse. Souvent le Saint-Esprit demande encore un
nouveau progrès. Il nous fait comprendre
que nous devons regarder plus haut et que, sans rien négliger de ce que nous
venons de dire, la perfection de l’amour exige que nous nous livrions davantage
à Son Action.
Dom Bélorgey
Dieu nous aime (p 173 à 178)

Sainte Marie-Madeleine
notre modèle de recueillement pour ce mois de juillet
C'est généralement dans le
silence de la vie d'oraison que ce tourment d'amour commence d'une façon
paisible et s'intensifie sans cesse davantage. Nous entrevoyons par exemple à
quel point la Passion peut être compromise si nous n'intervenons pas. Nous
communions d'une façon très spéciale aux souffrances de Jésus.
Mais nous comprenons en même
temps que compatir ne suffit pas. L'amour nous pousse à reproduire quelque
chose des souffrances du Maître, du don qu'Il a fait de Lui-même aux hommes, et
cela en nous « donnant » nous aussi, non pas en quelque occasion éclatante,
mais dans le détail de chacune de nos journées. Nous Lui offrons ainsi toutes
les délicatesses de notre amour affectif, qui sont une de nos plus belles
richesses, en y joignant le complément normal et indispensable d'un amour
effectif de tous les instants.
Il n'est plus question de discuter
l'expression de la volonté de Dieu et de Son Bon Plaisir quel qu'il soit. Toutes
les épreuves qui se présentent, les souffrances aussi bien physiques que
morales, nous apparaissent comme une occasion providentielle de prouver à Dieu notre
amour. Nous oubliant toujours davantage, nous ne songeons plus qu'à agir avec
plus d'amour, qu'à aimer au maximum avec une délicatesse sans cesse plus en
éveil.
Nous avons un vrai désir d'éviter
bien des petites omissions qui sont en réalité des résistances à la grâce. Par
de brefs appels ou de rapides lumières intérieures, l'amour nous sollicite
fréquemment. Faire la sourde oreille devient une chose grave pour une âme
aimante. Si volontairement nous refusons de retenir un regard, une parole, un
signe, alors que nous percevons nettement que le sacrifice nous en est demandé,
c'est une âme que nous refusons de sauver. Jésus attendait de nous cette offrande pour
lui octroyer une grâce peut-être décisive pour son salut.
Mais l'amour nous poursuit sans
cesse et nous presse de multiplier les marques positives de notre délicatesse.
Chaque fois que nous nous apercevons qu'une petite infidélité nous a échappé,
aussitôt nous voulons la réparer au moins au double. Nous ne laissons passer aucun
des points que nous recommande notre Règle ou qui sont dans la ligne de notre
devoir d'état.
L'Esprit-Saint Lui-même nous
fournit l'occasion de prouver notre générosité. Il nous fait pressentir les
exigences toujours plus profondes de l'amour. L'âme aimante est sans cesse
attentive et reconnaît aussitôt la voix qui la sollicite: « Parlez, Seigneur,
votre serviteur écoute. »
Nous sommes ainsi toujours prêts
à répondre dès que Jésus nous fait comprendre qu'une âme a besoin de notre
aide. Nous sommes continuellement aux aguets pour rivaliser d'amour et essayer
de prévenir les moindres désirs de Celui qui veut nous associer si intimement à
Son œuvre rédemptrice.
Dom Godefroid BELORGEY
Dieu nous aime (p170 à 173)
Résolution :
En ce temps de vacances, prenons
plus de temps pour « le silence de
la vie d'oraison », source indispensable de la Charité qui pourra
rayonner autour de nous.
La paix est appelée par saint
Augustin « la tranquillité de l'ordre». Elle consiste, dit saint Thomas, «en
l'harmonie parfaite résultant en nous et en autrui, de ce que toutes nos
affections et celles des autres sont orientées vers Dieu, objet suprême du bonheur
parfait. » (II-II, q 29, art 1).
La paix est incompatible avec le
péché qui introduit en nous le désordre moral et détruit nos bons rapports avec
Dieu. C'est pourquoi la Sainte Ecriture dit « qu'il n'y a pas de paix pour
l'impie. » (Ps. LXIII.)
Elle ne règne pas dans le cœur de
l'homme qui est victime des agitations intérieures, qui se laisse dominer par
les émotions désordonnées ou qui est esclave de ses impressions et de ses
caprices.
Elle nous est encore soustraite,
lorsque de nos rapports avec nos frères sont bannies la justice et la charité.
La paix, d'après saint Paul, est
le don du Christ. Il la souhaite à ses
disciples, en disant: « Qu'en nos cœurs triomphe la paix du Christ.» (Col. III,
15.)
Le Bienheureux Jean de Ruysbroeck
l'Admirable nous invite à chercher dans les plaies de Jésus, et
particulièrement dans son Cœur transpercé, la réconciliation qui procure cette
paix : « Il a étendu ses bras, dit-il,
pour vous embrasser et pour vous recevoir. Etablissez votre demeure dans
l'intérieur de ses plaies, comme la colombe dans le creux du rocher.
« Approchez votre bouche de
son Côté. Semblable à l'athlète et au géant, Il a combattu pour vous jusqu'à la
mort. Il a vaincu vos ennemis et par sa mort Il vous a délivrés de la mort de
vos péchés. Il a payé votre dette et en
vous rachetant par son sang précieux, Il vous a obtenu l'héritage de son Père.»
(Le livre des sept châteaux, ch 12)
Jésus-Christ est salué dans la
Sainte Ecriture comme « le prince de la paix ». Comme tel, Il est prêt à la
communiquer à tous ceux qui s'approchent de Lui avec confiance et la
sollicitent de la libéralité de son Cœur.
Les anges ont annoncé la paix
autour du berceau du Sauveur venu pour réconcilier le ciel avec la terre.
En pardonnant au pécheur, le
Christ lui disait : « Va en paix et ne pèche plus. » A son exemple, l'Eglise
continue à faire entendre ces consolantes paroles à ceux qu'elle réconcilie
avec Dieu, soit au baptême, soit au Sacrement de pénitence.
Avant de mourir, le divin Sauveur
voulut laisser aux Apôtres le bienfait de la paix, comme le don le plus
précieux de son Cœur : « Je vous laisse ma paix, leur dit-il, je vous donne ma
paix. » (Jean XIV, 27.)
Apparaissant aux siens après sa
résurrection, et les admettant à contempler dans son côté ouvert la blessure de
son Cœur, le Christ leur apporta encore un message de paix, en disant : « Que
la paix soit avec vous ! » Son Cœur miséricordieux, oublieux de leur
manque de fidélité et de leur inconstance, voulait rendre à leurs esprits
désemparés et troublés le calme et la sérénité dans la possession de la paix.
C'est bien à la généreuse charité
du divin Cœur, c'est à ses divins mérites que nous sommes redevables de la
paix, qui est, elle-même, un des précieux fruits produits en nous par l'Esprit
Saint.
Nos âmes puiseront la paix du
Christ dans une grande dévotion au Sacré Cœur. Lui-même s'en fera le charitable
et généreux dispensateur, si nous mettons notre confiance en Lui.
Le bienfait de la paix a été
promis aussi par Notre Seigneur aux familles qui, consacrées à son divin Cœur,
honorent son image exposée à leur foyer.
La paix sera encore assurée à la
patrie, et la Iutte entre les classes y fera place à la concorde parfaite, à la
condition que les concitoyens mettent en pratique le précepte du Maître: «
Aimez-vous les uns les autres, comme Moi-même je vous ai aimés. »(Joan.
XV, 12.)
Enfin la paix régnera dans le
monde entier, elle y succédera aux bouleversements et aux luttes lorsque la
devise de notre Pontife bien-aimé sera devenue la règle vivante des rapports
réciproques entre les nations: « La paix du Christ dans le règne du Christ. »
Ch.G.Kanters
Commentaires des Litanies du Sacré Cœur (p 284 à 287)
Résolution :
En ce mois de juin, et
particulièrement, en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, méditons les litanies
du Sacré-Cœur afin de comprendre comment agir pour lever tous les obstacles à l’établissement
de « La paix du Christ dans le règne du Christ. »
En ce mois de mai, revenons au Commentaire de Mgr Williamson du 8 avril dernier consacré à la Charité.
Voici sa conclusion, avec de bonnes résolutions à mettre en pratique !
A l’exemple de Dieu, les « “Résistants” Catho-Tradis » ne devons-nous pas avoir d’autant plus compassion, en particulier pour nos frères catholiques (Gal. 6, 10) ? N’oublions pas non plus que les problèmes apparemment insolubles du monde d’aujourd’hui poussent de nombreux non-catholiques à penser à Dieu, de sorte que beaucoup d’entre eux peuvent facilement finir parmi les «derniers qui seront les premiers », tandis que si nous ne pratiquons pas nous-mêmes la charité, nous pourrions facilement figurer parmi les premiers qui seront les derniers (Mc. 10, 31). Notre Seigneur a dit à ses Apôtres qu’on les reconnaîtrait à la charité qu’ils auraient les uns pour les autres (Jn. 13, 35). N’y a-t-il pas actuellement un certain nombre de catholiques de la Tradition qui scandalisent les âmes par leur manque de charité les uns pour les autres ? Nous en répondrons devant le tribunal de Dieu, surtout après les dons spéciaux que nous avons reçus de Lui pour garder la Foi aujourd’hui.
La Sainte Vierge aimait
profondément saint Joseph de toute la pureté, de toute la profondeur de son cœur,
de tout son pouvoir naturel et surnaturel d’aimer, d’une affection faite de
reconnaissance, d’amour déférent, de respect.
En lui, elle voyait l’image du Père qui est aux cieux, son ami intime,
le confident de tous les jours. Qui
pourra nous dire cette intimité délicate et profonde établie dès le premier
instant entre elle et saint Joseph, sans que rien puisse faire une ombre,
si faible qu’elle soit, sur son amour
divin ?
L’affection de Marie et Joseph
consistait à vouloir mutuellement l’un à l’autre le bien de leur âme. Ils se préoccupaient de la richesse spirituelle
l’un de l’autre, de sorte que, de part et d’autre, l’âme montait.
Saint Joseph s’oubliait pour ne
voir que Marie et pour demander que Marie grandisse dans l’amour de Dieu, et la
Sainte Vierge était toute soucieuse de la perfection de son époux : ineffable
commerce que nulle langue ne peut traduire.
R.de Langeac
Vous…mes amis (p 150,151)
Résolution :
Quels modèles à imiter, chacun
selon notre état ! Que saint Joseph
nous aide à progresser dans la vraie Charité !

Quand le divin Sauveur consacra
par son baptême les eaux du Jourdain, saint Luc écrit que le Saint-Esprit
descendit sur Lui, d'une façon sensible,
sous forme de colombe (Luc 3, 21). Or, saint Paschase recherche, avec une sainte
curiosité, pour quel motif l'Esprit divin voulut apparaître sous la figure
d'une colombe, plutôt que sous celle d'un aigle, d'un paon ou d'un cygne. Que signifie
ce mystère? Et, il répond que ce fut afin de marquer par le naturel de la
colombe qui est blanche, simple et sans fiel, le caractère de ceux que le
Sauveur a régénérés. L'aigle, au vol sublime, est le symbole des âmes
hautaines. Le paon, au plumage étincelant, et qui s'attriste quand on le
méprise, est le symbole des gens susceptibles. Le cygne, aux ailes blanches et à
la peau noire, est le symbole des hypocrites. Or, le Saint-Esprit, qui est un
esprit de charité, ne descend sur aucun de ceux-là; mais seulement sur les âmes
qui, semblables à la colombe, sont sans orgueil, sans dissimulation, sans fiel
envers leur prochain.
Résolution :
Examinez, ô mon âme, dans quelle
catégorie vous êtes. Aimez-vous les hauteurs, vous estimez-vous plus que les
autres? Si cela est, l'Esprit-Saint n'est pas pour vous; car il regarde de loin ce qui est haut,
c'est-à- dire l'orgueilleux (Ps 137, 6). Vous pavanez-vous à cause de quelque
qualité, de quelque habileté ou agrément qui est en vous, vous fâchant avec
ceux qui ne vous flattent pas, et gardant rancune à ceux qui vous censurent? Le
Saint-Esprit n'est pas pour vous; car Il
n'entrera pas dans une âme malintentionnée (Sagesse 1, 4). Vos procédés
Sont-ils ceux de la politique du monde, pleins de feinte, de simulation et de
duplicité? Le Saint-Esprit n'est pas pour vous; car il est écrit de Lui: L'Esprit du Seigneur fuit l'astuce
(Sagesse 1, 5). Ressemblez donc à la colombe qui est sans fiel et qui ne se courrouce
pas même quand on lui enlève ses petits. Ayez des entrailles de charité et de mansuétude
pour votre prochain, et, le Saint-Esprit, qui ne vient qu'à ceux qui ont en
partage la simplicité de la colombe sans l'amertume du fiel, reposera sur vous.
P.Gaëtan-Marie de Bergame
La Charité Fraternelle (p 121, 122)
Il faut reconnaître, il est vrai,
que ces dissensions ne sont souvent que le fruit de l'inadvertance; j'admets
aussi que ce ne sont ordinairement que de légère colères, de petites aversions,
des conflits de langue et non d'épée, et
que l'animosité ne va pas jusqu'aux vengeances extrêmes et scandaleuses. Mais,
à force d'en répéter les actes, on prend la mauvaise habitude du vice, en même
temps que l'âme perd peu à peu l'habitude de la vertu. En manquant de cette
manière à la charité, on se fait une conscience large et aveugle, pour laquelle
les poutres ne sont plus que des fétus de paille. On arrive ainsi à la mort, et,
à ce moment suprême, on se trouve dans l'inquiétude et la désolation.
Le Paradis est, en effet comme
une cité close dont la paix forme les murs d'enceinte, selon la vision et les
paroles du prophète: Il a placé la paix
pour former tes frontières (Ps 147,14). Comment, alors, et par quel côté
pourra y entrer une âme, qui n'a point aimé la paix avec ses semblables?
Saint Augustin, méditant sur le
texte que nous venons de citer, nous exhorte à en peser la valeur: Mes frères, dit-il, nous devons être pénétrés d'une grande crainte, en considérant ces
redoutables paroles du Saint-Esprit: Il a placé la paix pour former tes
frontières. Ces portes bienheureuses sont toutes faites de paix, et elles
seront fermées de tous les côtés à quiconque ne portera pas les livrées de la
paix: Celui qui n'aura pas eu, envers les
bons et les méchants, cette paix et cette charité, commandées par Jésus-Christ,
trouvera ces portes closes et fermées (Sermon 168).
P.Gaëtan-Marie de Bergame
La Charité Fraternelle (p 111, 112)
Nous avons montré comment l'idéalisme,
lié indissolublement à l'orgueil de l'esprit, est la source de toutes les
erreurs et déviations du monde moderne et comment il a déformé la mentalité et
la structure psychologique de la plupart de nos contemporains. Les catholiques vivant
dans le monde contemporain et en respirant l'atmosphère n'ont pas toujours échappé
à cette déformation, et il arrive qu'il se trouve parmi eux des esprits faussés
par une imprégnation idéaliste.
L'effet de l'idéalisme sur les
chrétiens est de les amener à rechercher un ordre idéal, pleinement satisfaisant
pour la logique interne de l'esprit (et couvrant souvent ainsi d'un masque idéal
et d'une façade idéologique les rancœurs et les rancunes, les cupidités et les
revendications), au lieu de réaliser les
exigences de la charité dans les possibilités réelles de l'action de chaque
jour.
Le vrai chrétien n'est pas celui
qui satisfait son esprit avec de beaux sentiments et de belles théories, mais celui
qui accomplit chrétiennement les plus humbles actes de chaque instant en y réalisant
la foi et la charité. L'Evangile nous l'a déjà dit: ce ne sont pas ceux qui
disent « Seigneur, Seigneur », mais ceux qui accomplissent la volonté de Dieu
qui entreront dans le royaume. Et la volonté de Dieu nous est donnée à chaque
instant par le devoir du moment présent, dans lequel il s'agit d'incarner toute
la charité en nous y donnant totalement à ce que Dieu nous demande: la sainteté
se construit ainsi, instant par instant, par les actes effectivement réalisés
dans la donation de nous-mêmes par amour à la volonté de Dieu.
Les chrétiens d'aujourd'hui ont
grand besoin de relire les œuvres du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence,
où ces grands auteurs spirituels insistent si
bien sur la réalité de l'instant présent, où il s'agit de réaliser notre christianisme, qui
ne consiste nullement en vues d'avenir. La
volonté de Dieu nous est donnée par la réalité qui est l'œuvre de Dieu (c'est
Dieu qui fait exister le réel et le constitue tel qu'il est) et il n'y a de réel
que l'instant présent: Dieu nous donne Sa volonté, nous dit ce qu'Il nous demande
par l'ensemble de circonstances réelles, de possibilités réelles qui sont son œuvre,
dans lesquelles Il nous situe à chaque instant et desquelles résultent pour
nous les devoirs précis à remplir effectivement au moment présent. Tout le
reste est chimère de l'orgueil qui nous détourne du devoir effectif. La soumission à
la volonté de Dieu exige donc la soumission de chaque instant au réel avec
toutes ses données qui sont l'œuvre de Dieu: il ne peut y avoir de
christianisme vécu sans ce redressement réaliste, sans échapper à la désarticulation
idéaliste qui replie l'homme sur lui-même et tourne son regard vers des
constructions, idéales.
Le christianisme n'est pas une règle
abstraite, un idéal de vie, il est vie réelle du Christ en nous: le chrétien est membre du Christ, le Christ qui est au ciel depuis l'Ascension continue
à vivre et à agir sur la terre en nous, par ses membres que nous sommes, et le
christianisme consiste à réaliser ce que le Christ veut faire aujourd'hui par
nous, à être le Christ vivant par nous là où nous habitons ou travaillons, dans
toutes nos actions de chaque instant. Le Christ n'est pas un modèle extérieur
et idéal à imiter. Il est au dedans de nous, principe intérieur de notre vie de
chrétiens.
J. Daujat (Idées modernes – Réponses chrétiennes p 100,101)
Résolution
La Charité se vit à l’instant
présent, dans la réalité présente.
Relisons ce que nous dit Mgr Williamson de la réalité, relisons les
ouvrages de du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence. Et puis luttons contre cet idéalisme qui
nous fait rêver de pratiquer la Charité plus tard ou ailleurs.
Pour se procurer le livre du R.P. de Caussade ici et celui du R.P. Garrigou-Lagrange ici