dimanche 12 janvier 2025

Janvier 2025

La famille, premier lieu de pratique de la Charité




 La fête de la Sainte Famille nous présente aujourd'hui un exemple très pratique de la Charité  à la fois gratitude et don ! 

Ce sermon nous offre une résolution à mettre en pratique ! 

jeudi 12 septembre 2024

Septembre 2024

Saint Michel, ange du Sacré-Cœur

 


La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus semble avoir été, par la miséricorde divine, réservée à notre temps. La charité diminue, partout les cœurs se refroidissent. Qui les réchauffera et leur donnera force et vigueur pour les luttes de la vie ?

Dans une apparition devenue célèbre, Jésus Christ est sorti de l'obscurité de son tabernacle et il a dévoilé à la bienheureuse Marguerite-Marie son Cœur brillant comme un soleil, ardent comme une fournaise : des rayons et des flammes s'en échappaient. En le lui montrant il a dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes !» Comme s'il voulait dire: Et eux, ne m'aimeront-ils pas? A la chaleur de mon Cœur, les leurs ne vont-ils pas s'échauffer ?  A la vue de sa plaie béante et de son sang qui semble couler encore, ne seront-ils pas touchés? Ne rendront-ils pas amour pour amour ?

Jésus-Christ montre son Cœur, et il l'ouvre aux âmes. Mais qui les conduira à ce Cœur adorable? Saint Michel: il est l'ange du Sacré-Cœur. Pour nous en convaincre, il suffit de nous rappeler les fins de la dévotion à ce Cœur adorable. C'est d'opposer à l'incrédulité, dont le flot monte toujours, une foi plus vive au Sauveur et à son amour. Or Saint Michel n'est-il pas le premier qui ait cru à Jésus-Christ et à son amour, par conséquent à son Cœur ?

C'est d'opposer à l'indifférence, qui s'en va glaçant tous les cœurs et y éteignant les saintes ardeurs, un amour plus généreux.  Or, après Marie, qui a aimé comme saint Michel, le premier des séraphins ?

C'est de réparer les outrageants sacrilèges des hommes et leurs longs oublis à l'égard du Dieu-Eucharistie. Or saint Michel n'est-il  pas le premier qui ait réparé la gloire de Jésus-Christ outragée par Lucifer, le premier qui ait combattu pour le Sacré-Cœur, le premier qui l'ait adoré.

C'est de consoler le Sacré-Cœur de Jésus en compatissant avec lui. Or saint Michel n'est-il pas le premier qui ait fait l'Heure sainte? Au jardin de Gethsémani Jésus- Christ était seul. Les apôtres qui l'avaient suivi dormaient. Il ne reçut d'autres consolations que celles de saint Michel, descendu du ciel pour le réconforter.

C'est encore, car la vraie dévotion va jusque-là, de rendre notre cœur conforme au Cœur de Jésus-Christ. Or qui, Marie exceptée, a imité le Sacré-Cœur comme saint Michel ?  Le Sacré-Cœur de Jésus, c'est avant tout l'immolation, le sacrifice, puisque c'est l'amour qui se donne. Saint Michel aussi s'est immolé: il s'est immolé, au jour de l'épreuve, à la gloire de ce Dieu qui devait se faire homme et relever cette nature humaine, si humble et si déchue, au-dessus des chœurs resplendissants des anges.

Saint Michel est bien l'ange du Sacré-Cœur.  Demandons-lui donc de conduire nos âmes à cette source de toute bénédiction.

Pratique. Plaçons l'image du Sacré-Cœur dans nos maisons et faisons, chaque premier vendredi du mois, un exercice de piété en son honneur.

Histoire. La vénérable Philomène de sainte Colombe aperçut un jour le Cœur de Jésus tout rempli d'affliction et elle vit s'approchant de ce divin Cœur, deux étoiles d'une beauté et d'un éclat indicibles. Quand elles l'eurent touché, il se trouva aussitôt soulagé. Alors elles se posèrent l'une à droite et l'autre à gauche de ce Cœur sacré, et lui-même, sans perdre pourtant sa forme naturelle, se changea en une troisième étoile. Toutes trois demeurèrent ainsi triangulées, formant la figure qui est le signe de l'unité ou de l'égalité des trois Personnes divines. Je compris, dit-elle, que ces trois étoiles représentaient le Cœur de Jésus, Marie Immaculée et l'archange saint Michel, et que le triangle qu'elles formaient signifiait l'unité de volonté qui les met tous les trois en parfaite harmonie pour le bien de l'homme. Marie veut demander, le Sacré-Cœur veut accorder et saint Michel veut distribuer ce que Marie a obtenu.

Ainsi d'après cette vénérable servante de Dieu, saint Michel est le messager qui distribue les grâces innombrables obtenues par Marie du Cœur de Jésus. (Vie de la Vénérable, par le P. Pie de Langogne, Paris, Bonne Presse, p. 191)

Ô saint Michel, qui avez entendu les battements du Cœur de Jésus et qui avez pénétré le mystère de ce divin Cœur transpercé par la lance, faites-nous connaître les sentiments de ce Cœur adorable et conduisez-nous à cette source intarissable de grâces et de bénédictions. Nous vous prions aussi pour la France, la nation privilégiée à laquelle il a montré son amour. Obtenez-lui du Cœur de Jésus les grâces qui la relèveront. Ainsi soit-il.

lundi 12 août 2024

Août 2024

Charité -

 amour envers le Christ, amour envers le prochain

 


Si les liens de la foi et de l'espérance qui nous attachent à notre divin Rédempteur dans son Corps mystique sont d'un grand poids et d'une souveraine importance, non moins grandes sont l'importance et la force des liens de la charité. Car si déjà, dans la nature, c'est une chose excellente que l'amour, source de la véritable amitié, que dire de cet amour céleste répandu par Dieu même dans nos âmes ? Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (I Jn IV, 16)). Or, cette charité, comme par une loi établie par Dieu, a pour effet de le faire descendre par un retour d'amour en nous qui l'aimons, suivant ces paroles: Si quelqu'un m'aime... mon Père aussi l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure (Jn XIV, 23). La charité nous unit donc au Christ plus étroitement qu'aucune autre vertu; et c'est dans l'ardeur de cette flamme céleste que tant de fils de l'Eglise se sont réjouis de subir pour lui les opprobres, de tout affronter, de tout vaincre, jusqu'au dernier souffle de leur vie et à l'effusion de leur sang. C'est pourquoi notre Sauveur nous presse véhémentement par ces paroles: Demeurez dans mon amour. Mais comme la charité est sans force et sans vie si elle ne se manifeste et ne se réalise en bonnes œuvres, il ajoute immédiatement: Si vous gardez mes commandements, vous resterez dans mon amour; comme moi aussi j'ai gardé les commandements de mon Père et je reste en son amour (Jn, XV, 9-10).

A cet amour envers Dieu, envers le Christ, doit répondre pourtant la charité envers le prochain. Car comment pouvons-nous affirmer que nous aimons le divin Sauveur si nous haïssons ceux qu'il a fait membres de son Corps mystique en les rachetant lui-même de son sang précieux ? D'où cet avertissement que nous donne l'Apôtre que le Christ a aimé plus que les autres: Si quelqu'un prétend aimer Dieu et hait son frère, il est un menteur. Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons de Dieu ce commandement: que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère (I Jn IV, 20-21). Bien plus, il faut encore l'affirmer, nous serons d'autant plus unis avec Dieu, avec le Christ, que nous serons davantage les membres les uns des autres (Rom XII, 5), pleins de sollicitude les uns pour les autres (I Cor XII, 25); comme, d'autre part, nous serons d'autant plus unis entre nous et liés par la charité que plus fervent sera l'amour qui nous unira à Dieu et à notre divin Chef.

Pie XII

Mystici Corporis Christi (29 juin 1943)


Résolution

A l’aide de ce texte du Pape Pie XII, méditons ces deux aspects indissociables de la vraie Charité, puis passons à l’action concrète dans nos vies !

mercredi 17 juillet 2024

Juillet 2024

Le Sang de Jésus-Christ produit et enflamme la Charité

 


L’homme aime nécessairement, il vit d'amour; son bonheur et son malheur dépendent des objets auxquels il s'attache.

Il y a dans l’homme deux amours: l'un céleste, l'autre terrestre.  L’homme, par  le premier s'élève vers le Ciel, d'où il vient et où il doit retourner ; par le second, il s'abat sur la terre et s'attache à ce lieu d’exil, auquel cependant, passager rapide, il ne doit pas plus s’affectionner que le voyageur à l'hôtel où il s'abrite pendant une nuit de son voyage. L'un de ces amours fait de l’homme un ange, l'autre en fait un démon; car l'amour nous identifie avec les objets que nous aimons, nous souille ou nous purifie.  Ils sont devenus abominables comme les choses qu'ils ont aimées, dit l'Esprit de vérité. (Os.), L'un est la charité, l’autre la concupiscence.

Ces deux amours sont aussi opposés l’un à l’autre que le Ciel l’est à l’enfer ; la concupiscence vient du péché et porte au péché; elle lie l'homme aux choses créées, à ce qui flatte l'orgueil, l'ambition, la vanité, les voluptés coupables. De là naissent et le vil égoïsme, et la haine des autres, et la colère, et les divisions, et la basse envie et la duplicité, et tous les crimes dont l'homme se souille et par lesquels il se dégrade et s'avilit.

La charité, flamme céleste, pure comme les ardeurs d’un séraphin, vient du Ciel et porte à la vertu; elle aime tout ce qui est saint, tout ce qui est pudique, tout ce qui est vrai, tout ce qui est aimable, tout ce qui élève l'homme à ses yeux et aux yeux des autres, tout ce qui établit la paix dans l'esprit et dans le cœur, tout ce qui unit les hommes entre eux et ne fait de tous qu’un cœur et qu’une âme.

Ces deux amours se disputent sans cesse la possession de notre cœur; l'un y grandit à mesure que l'autre s'y affaiblit; l'un se retire quand l'autre y domine. Mais le péché a porté dans notre être un tel désordre, il nous a rendus si aveugles et si faibles que la concupiscence est devenue sinon naturelle, du moins inévitable à l'homme.  Elle naît avec nous, et ne meurt qu’avec nous. On peut la vaincre, mais la détruire, jamais. Toujours elle cherche à reprendre en nous son empire; de là ces luttes intérieures que nous éprouvons, ces tiraillements en sens contraires si cruels, que les plus saints ressentent et qui contraignaient saint Paul lui-même à s'écrier:  « Malheureux homme que je suis, je fais le mal que je hais ; qui me délivrera de ce corps  de mort? »  Il lui fut répondu: «  La grâce de Jésus. »

Oui, la grâce que Jésus nous a méritée par son Sang, seule, peut affaiblir en nous le feu de la concupiscence, allumer la flamme pure de la charité. Ce feu, Jésus est venu l'apporter sur la terre pour l'y allumer; il a versé, tout son Sang pour cette fin. Ce Sang est pour échauffer nos âmes, ce qu'est le soleil pour la nature ; sa chaleur divine peut seule les rendre fécondes, toute autre chaleur est insuffisante, et ne sert souvent qu'à augmenter le feu mortel de la concupiscence. Si avant lui on vit sur cette terre, désolée par le feu des passions, briller quelques légères flammes d’un feu céleste dans quelques fidèles de l’Ancien Testament, si Marie en fut remplie, c'est au Sang de Jésus-Christ, qui devait être versé qu'il faut l'attribuer. Ce Sang divin est un fleuve majestueux qui à la fois remonte et descend les siècles pour y répandre son influence créatrice. D'abord, par les mérites du Sang de Jésus-Christ, cette flamme pure fut répandue dans nos cœurs au saint jour du baptême, par la présence de l’Esprit Saint, qui est un esprit d'amour et qui nous a été donné.

Bientôt le Sang de Jésus-Christ, qui nous est distribué dans la communion, est venu entretenir, augmenter par lui-même ce que ses mérites avaient commencé en nous. C'est surtout par ce Sang reçu, dit saint Jean Chrysostome, que l'âme est enflammée de l'amour pur. La flamme qu'il produit est plus éclatante que la lumière du soleil et plus brillante que l'or. (Hom. 46, in cap. Joan. 6.) L'action de ce Sang sur notre âme est prompte et pénétrante; à l'instant où nous le recevons, il agit sur elle, et lui communique le feu divin dont il est la source. De même, dit saint Jean Chrysostome, que l'argent jeté dans l'or fondu est aussitôt couvert de ce métal précieux, ainsi notre âme, par le seul attouchement du Sang de Jésus-Christ, est plus belle et plus aimante. Ce Sang agit plus promptement que le feu; il ne brûle pas cependant, mais il purifie et enflamme. (Id., ibid.)

Ce Sang n'agit pas seulement sur l'extérieur de l'âme, mais il la pénètre afin de porter le remède à la source du mal que nous portons dans nos entrailles. (Id., ibid) La vertu de ce puissant breuvage pénètre toutes les facultés de notre être, dit saint Cyprien, afin d’y guérir toutes les plaies, d’y détruire tous les genres de mal que la corruption originelle, que les dérèglements de la vie y ont déposés.  Puis le mal détruit, l’ardeur des passions amortie, il se soumet toutes les puissances de notre âme, se les unit afin que nous aimions ce qu’il aime, et que notre âme brûle du même feu que le sien.

Abbé Carney

Le mois du Précieux Sang (p 109 à 112)

Résolution :

En ce mois de juillet, développons notre dévotion au Précieux Sang, par la récitation de ces litanies et au moment de nos communions où ce Sang nous est distribué.

dimanche 16 juin 2024

dimanche 12 mai 2024

Mai 2024

La Vierge du Sourire

 


Le 20 avril 1911, à Édimbourg, entrait par le Baptême dans l'Eglise catholique un ministre presbytérien, le Révérend Alexandre Grant. C'était le premier membre de l'Eglise Libre-Unie d'Ecosse qui passât à la confession romaine.  Trois jours après, une lettre adressée à la Mère Prieure du Carmel de Lisieux retraçait en ces termes la genèse de cette abjuration :

« Il y a maintenant plus d'un an que j'ai, pour la première fois, fait la connaissance de l'autobiographie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus (traduction anglaise). Je l'ouvris au hasard, et je m'arrêtai de suite devant la beauté et l'originalité des pensées. Je trouvai qu'il m'était tombé entre les mains l'œuvre d'un génie, aussi bien que celle d'une théologienne, d'un poète de premier ordre... Je ressentis ce qu'éprouve une personne à qui le monde invisible apparaît tout d'un coup, et je m'écriai : Thérèse est dans cette chambre ... ; son image revenait sans cesse à mon esprit; elle refusait de me quitter, et il me semblait l'entendre dire : Voici comment les saints catholiques aiment Jésus-Christ.  Écoutez-moi !  Choisissez ma petite voie, car elle est sûre et c'est la seule véritable.

« … J'ai donc commencé d'invoquer son aide avec une joie que je renonce à décrire. Mais un jour, elle me dit subitement : Pourquoi me demandez-vous de prier pour vous, si vous ne voulez pas connaître et invoquer la Sainte Vierge?  Aussitôt, je compris combien c'était peu logique d'invoquer Thérèse et de négliger la Mère de Dieu. La lumière s'était faite; immédiatement, je m'adressai à la Sainte Vierge. La promptitude de la réponse m'étonna. A l'instant, mon âme fut débordée par un amour passionné, nouveau-né, un amour qui s'est agrandi et qui maintenant est un abîme. »

L'année suivante, l'ex-pasteur et son épouse également convertie émigraient vers la France et s'installaient, pour y accueillir les pèlerins, au Berceau de Thérèse à Alençon, dans la maison de la rue Saint-Blaise qui venait d'être rachetée. C'est là que M. Grant devait mourir saintement, le 19 juillet 1917, après avoir beaucoup travaillé et prié pour le retour à l'Eglise de nos « frères séparés ».

On voit de quelle qualité fut le choc psychologique et comment se situe, dans cette montée vers Dieu, le rôle de notre Sainte. Son charme met en sympathie, il attire, il séduit, il conquiert. Mais il n'est lui-même qu'un reflet du charme de la Vierge; il oriente vers elle, il invite à la confiance filiale, à l'abandon total entre ses mains maternelles. Marie s'empare alors de l'âme en quête de vérité; elle l'ouvre, elle l'épanouit à cette tendresse familière qui émeut délicieusement le Cœur du Père des Cieux et prépare l'invasion de sa Charité Infinie. Plus encore qu'une conversion, c'est une révélation, une ascension. Le passage de l'erreur à la foi débouche sur la voie d'enfance qui ouvre d'emblée la perspective des plus hautes cimes évangéliques. (…)

C'est ce qui donne à l'appellation de « Vierge du Sourire » sa portée actuelle. Les affres de deux hécatombes mondiales, immédiatement suivies d'une épuisante « guerre froide », les crises qui ébranlent l'économie et dissolvent les Etats, le souffle desséchant du matérialisme athée et du totalitarisme avilissant, ont fait passer sur l'humanité une vague de désespérance. Une génération se lève, critique, amère, désenchantée, prête à sombrer dans l'aventure sanglante comme, par évasion, à se ruer vers le bourbier. On parle de « grande peur ». On applaudit au « théâtre noir ». Le pessimisme fait école dans les chaires de philosophie. Les savants s'épouvantent de leurs propres découvertes que tournent à détruire les passions non contenues par « un supplément d'âme », « On dirait, déclare Pie XII, un monstre apocalyptique né d'une civilisation où le progrès toujours  croissant de la technique s'accompagne d'une baisse toujours plus profonde de l'esprit et de la morale. »

Aux déçus, aux lassés de la vie, en cette nuit ténébreuse, qui rendra l'espérance ? Qui fera luire à nouveau l'astre de Bethléem? Qui donnera le sens d'une religion chaude, vivante, personnelle, «sensible au cœur » ? Qui rappellera aux hommes qu'ils ont un Père dans les Cieux et qu'ils doivent s'aimer comme frères ? Qui enfin arrachera les chrétiens eux-mêmes à l'engourdissement d'une pratique routinière pour les faire accéder, dans la simplicité et l'humilité de la foi pure, à la vie de famille à laquelle Dieu les convie ? Marie a reçu cette mission. Il appartient à la Maman de refaire un climat de sincérité et de paix au foyer de l'humanité, d'y réchauffer l'affection et le dévouement mutuel, d'y réveiller la joie de vivre. C'est pour cela qu'elle est apparue à Thérèse. C'est pour cela qu'elle l'a constituée messagère de l'Amour Miséricordieux. C'est pour cela qu'elle aime être invoquée, en union avec sa privilégiée du Carmel, sous le titre de « Vierge du Sourire ».

La Sainte de Lisieux a grâce d'état pour communiquer l'ineffable secret qu'elle reçut aux Buissonnets au jour béni du 13 mai 1883. Comme le dit avec autorité Mgr Picaud, évêque de Bayeux, elle se plaît à le confier aux âmes qui lui sont très unies. Elle leur apprend l'itinéraire de sa « Petite Voie » : « aller au Père par Marie et par Jésus, mais sans jamais quitter ni Jésus ni Marie. »

R.P.PIAT

La Vierge du Sourire (p 102 à 105)

Résolution :

Ce texte de 1 951 n’a rien perdu de son actualité, la situation décrite s’étant seulement aggravée.  Alors, le remède reste le même : à l’image de Sainte Thérèse, attirons les âmes vers notre Mère du Ciel ; notre sourire, notre rayonnement nous y aideront.

 

dimanche 3 mars 2024

Mars 2024

 L’âme est faite pour aimer



Le flocon de neige, le grain de quartz, le prisme de basalte savent former leur figure. La feuille sait s'ouvrir, la branche s’étendre vers le soleil. La bête a su se détacher du sol, se faire son indépendance, sa chaleur, ses désirs à elle.

Dieu a voulu que dans toute la Création, de la pierre à la plante, de la plante à la bête, de règne en règne la vie montât.  Sous son souffle, elle a trouvé la géométrie du cristal, puis la croissance de l'arbre, puis le mouvement, le sang chaud, l’instinct de l'animal. Chaque fois, par un coup de génie prodigieux, elle a dépassé toutes les données du règne antérieur.

Et au-dessus des trois règnes, le règne humain s'élève à plus de vie encore. L’homme n'est-il pas l'être unique, né pour un prodige à lui propre, il a l'action et la raison: il a l’esprit, le choix, la liberté. Il se sent libre: faire ou ne pas faire. Mais quoi faire ? A quoi s'emploiera-t-il, dans sa liberté, avec la même certitude que le sel qui cristallise, que l'herbe qui pousse, que l'oiseau qui couve ses œufs.

C'est le Christ qui révèle à l'homme sa destination profonde: l'âme est faite pour aimer. Vous êtes fils d'un même Père, qui vous aime: soyez ces frères, entr'aimez-vous, entr'aidez-vous, travaillez à faire ce monde tel que le Père a désiré qu'il fût.                                                                                           

Servir et aimer, voilà la certitude intérieure de l'homme, inscrite en sa nature, comme la figure de son cristal l'est dans la nature du quartz.                                                                                                      

Les gens simples à qui Jésus apporte ce message, d'un coup l'ont senti, c'est cela ! Le grand commandement nouveau fait lumière pour tout homme venant en ce monde. Celui qui veut vivre de vraie vie se tourne vers cette parole, comme la plante qui veut respirer se tourne vers le soleil. De tout son être, chaque créature s'efforce à sa destination.  Au plus bas, le plus élémentaire, l'atome, avec une phénoménale énergie se concentre sur son être. Au plus haut, le plus complexe, le plus vivant, l'homme, a à sortir de son être, de son moi, à se donner. Il est fait pour l'amitié. Son sang l'y porte, s'il est assez rouge, comme la sève de l'arbre à pousser son branchage vers la lumière.

Ici, une fois de plus, la vie se dépasse: elle débouche  dans un nouveau royaume. Comme elle a inventé de  faire avec ce qui ne pouvait que tomber ce qui pousse,  ou avec ce qui ne pouvait vivre qu'attaché à la terre ce  qui s'en détache, ici, par l'homme, avec ce qui semblait  ne pouvoir être qu'égoïsme, elle fait le contraire de  l'égoïsme: l'amour.                                                                          

Au sommet de la Création, il fallait l'être libre, donc  capable d'aimer, pour aimer et répondre ainsi au  Créateur. Le monde maintenant a un sens et l'homme  connaît sa vérité de vie.

Henri Pourrat

La bienheureuse Passion (p 20)

Résolution

En ce temps de Carême, contemplons et accompagnons notre Sauveur dans Son chemin de Croix où Il nous révèle qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Dieu, pour ceux qu'on aime.  Donner sa vie, c'est d'abord s'oublier. 

vendredi 29 décembre 2023

Décembre 2023

 

L’orgueil, fondement de l’empire de Satan, premier ennemi de la Charité

 

Filius hominis non venit ministrari sed ministrare. (Matth., xx, 28)

Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir.

 

Par le péché de nos premiers parents, le Démon s'était emparé de l'homme et de toutes les créatures. « Tous les royaumes et toutes les richesses du monde sont à moi, disait-il à Notre-Seigneur: je te les donne si tu veux m'adorer » (Matth, IV, 9). En descendant sur la terre, notre divin Rédempteur est comme un Roi qui, après une longue absence, vient reprendre son empire et chasser l'usurpateur. Lui-même annonce son entreprise en disant: « Le moment est venu où le Prince de ce monde va être mis à la porte: Nunc princeps hujus mundi ejicetur foras»  (Jean, XII, 31),

La guerre commence à la grotte de Bethléem.  Ô profondeur de la sagesse de Dieu!  C'est en naissant dans une étable, pauvre et humilié, que le divin Conquérant ébranle jusque dans ses fondements la puissance infernale. C'est en se faisant esclave qu'il commence à dépouiller Lucifer, et à justifier le nom mystérieux que lui-même a reçu des prophètes. Vous l'appellerez, dit Isaïe : Hâte-toi d'enlever les dépouilles; hâte-toi de ravager. (Is, VIII, 3)

L’orgueil, c'est-à-dire l'esprit d'insubordination, est le fondement le plus profond de l'empire de Satan, l'appui le plus solide de son trône. C'est la chaîne la plus lourde et la plus difficile à rompre, dont il ait chargé l'homme, son esclave. Pour briser cette chaîne et miner ce fondement, que fait le Verbe éternel ? A l'orgueil et à la désobéissance, élevés jusqu'au comble, il oppose l'humilité la plus profonde et la soumission la plus complète. Il se fait esclave et il en remplit les fonctions.

« Voyez, dit Bède le Vénérable, le Fils de Dieu devenu l'Enfant de Bethléem. À peine est-il né, que, pour nous délivrer de l'esclavage, il se fait inscrire comme sujet de César, et paie le tribut de la servitude » (Luc, II). Ce n'est là qu'un premier signe de dépendance: en voici un second.  Afin de commencer à payer les dettes de notre orgueil, au prix de ses abaissements et de ses souffrances, il se laisse, tendre enfant, lier comme un esclave dans les langes du berceau. Pour lui, ces langes sont l'annonce et la figure des cordes, dont il devra un jour se faire lier par les bourreaux, en marchant au supplice.

Sa vie entière n'est qu'un long acte de servitude. Pendant trente ans, lui, le Maître du monde, obéit à deux de ses créatures, Marie et Joseph, et erat subditus illis. Constamment aux ordres de l'un et de l'autre, tantôt, à la voix de saint Joseph, il travaille à dégrossir le bois nécessaire pour l'état de son père nourricier; tantôt, à la voix de Marie, il ramasse les menus fragments de ce bois pour le foyer. On le voit tour à tour balayer la maison, puiser de l'eau, ouvrir et fermer l'atelier. «En un mot, dit saint Basile, Marie et Joseph, étant pauvres, étaient obligés de vivre du travail de leurs mains. Pour exercer l'obéissance et montrer le respect qu'il leur portait, comme à ses supérieurs, le Verbe fait chair se livrait à tous les travaux qu'il pouvait humainement accomplir ».

L'histoire rapporte comme un prodige d'humilité, que saint Alexis, fils d'un des plus grands seigneurs de Rome, voulut vivre, et vécut en effet, pendant dix-sept ans comme un serviteur inconnu dans la maison de son père. Mais qu'est-ce que l'humilité de ce saint, comparée à l'humilité de l'Enfant de Bethléem? Entre fils et serviteur du père de saint Alexis, il y a sans doute une différence de condition; mais c'est une différence bornée. Entre Dieu et serviteur de Dieu, la différence est infinie. Ce n'est pas tout: en se faisant serviteur de son Père, le Fils de Dieu s'est fait par obéissance serviteur de ses propres créatures, et erat subditus illis.

O Dieu! et nous refuserons de nous soumettre au glorieux esclavage de cet aimable Enfant, qui, pour nous sauver, s'est lui-même dévoué à la servitude la plus profonde! Plutôt d'être les heureux serviteurs de ce Monarque si grand, nous aimerons mieux être les esclaves dégradés du démon! A ce Roi si bon et si magnifique, nous préférerons Satan: maître cruel qui n'aime pas ses serviteurs, mais qui les hait, qui les traite en tyran, qui les dépouille et les rend malheureux dans ce monde et dans l'autre!

Si nous avons à nous reprocher une pareille folie, pourquoi ne pas sortir sur-le-champ de notre honteuse et déplorable servitude? Pourquoi, délivrés de l'esclavage du démon, ne prenons-nous pas, ne couvrons-nous pas de nos baisers, les douces chaînes qui nous rendent serviteurs et frères de l'Enfant de Bethléem ; qui nous attachent glorieusement à lui, et qui se changeront en couronne de gloire pour l'éternité?

O Monarque du monde, devenu esclave et serviteur pour l'amour de moi! J'ai honte de paraître aujourd'hui devant votre crèche, monument éternel de vos abaissements. Je rougis à la pensée de mon orgueil, au souvenir de mes folies et de mes ingratitudes. Reprochez-les-moi, aimable Enfant; vous avez raison. « J'avais brisé vos chaînes, me dites-vous, et vous m'avez dit: je ne veux pas de la liberté que vous m'offrez; je préfère l'esclavage; j'aime mieux être soumis au démon qu'à vous ».

Je reconnais ma faute et je m'en repens. Vos mérites infinis, ô mon Sauveur, animent mon espérance. J'attends mon pardon de cette inépuisable bonté, qui ne vous permet pas de mépriser un cœur contrit et humilié, cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies. Prenez les chaînes de votre amour, mettez-les à mes pieds et à mes mains; que je ne puisse jamais les rompre ni faire aucun mouvement contraire à votre volonté. J'aime mieux, aimable Enfant, être votre serviteur que le maître du monde. De quoi sert le monde entier à celui qui est privé de votre grâce ? (Mtth, XVI, 46)

Mgr Gaume

Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus

 

Résolution

En ce temps de Noël, contemplons l’Enfant de la Crèche qui nous donne le plus grand exemple du remède à l’orgueil : l’humilité.  Pour soutenir notre méditation, n’hésitons pas à user d’ouvrages comme Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus (Mgr Gaume) ou Noël : neuvaine et méditations (Saint Alphonse de Liguori)

lundi 14 août 2023

Août 2023

 Délicatesse dans la pratique de la charité fraternelle.

La Très Sainte Vierge,  Mère toujours attentive, soutient nos efforts
et atténue les petites difficultés
 

Il n'est pas besoin de détailler les actes extérieurs que ce tourment d'amour incite à poser au fur et à mesure de son développement. Ils peuvent être 'très variables selon les circonstances, Il est cependant une manifestation essentielle sur laquelle nous nous permettons d'insister, à savoir une grande délicatesse dans la pratique de la charité fraternelle.

Nul ne contestera que le tourment d'amour pour le salut des âmes ne soit en lui-même un acte éminent de charité fraternelle. Mais, s'il est vrai, il rejaillit nécessairement à l'extérieur. Maint détail peut nous donner l'occasion de prouver que nous aimons nos frères comme Notre-Seigneur les a aimés et que nous sommes prêts à tout pour les aider à se sanctifier et par suite à trouver le vrai bonheur.

Rien d'ailleurs n'est peut-être plus efficace que la charité fraternelle pour préparer les âmes à s'ouvrir à l'action de la grâce. Elle constituera d'one en réalité un apostolat direct que nous avons à tout instant l'occasion d'exercer sans qu'il nous détourne de notre devoir d'état, même dans la vie contemplative.

Il ne s'agit pas en effet de faire de longs discours, bien que, lorsque l'occasion se présente de parler de l'amour de Dieu, nous ne devions pas craindre d'en rendre témoignage. La reconnaissance nous fait un devoir de révéler à ceux qui nous approchent le bonheur qu'on éprouve en s'efforçant d'aimer Dieu, et comment nous avons trouvé le centuple en nous livrant à Lui sans réserve.           

Mais dans la vie quotidienne nous voulons prouver la réalité de notre amour pour Dieu, notre Père, en aimant pour Lui tous nos frères.

Dans ce but l'Esprit-Saint nous fait adopter spontanément une attitude très simple, dans laquelle on peut cependant distinguer trois éléments dominants. Nous voulons d'abord éviter tout ce qui peut faire souffrir notre prochain.

Ainsi éprouvons-nous le besoin de veiller toujours attentivement sur nos paroles, même lorsque nous n'avons que rarement l'occasion de rompre le silence, car nous savons que les manquements sur ce point déplaisent souverainement au Seigneur. Nous saisis- sons de même avec joie les différentes occasions qui se présentent de nous gêner un peu pour supprimer ce qui risque de faire de la peine à ceux qui nous entourent. Le démon est si habile à profiter des moindres failles pour essayer de susciter la zizanie dans les groupements les plus unis que nous attachons une grande importance à ce qui peut renforcer l'unité de tendance vers un même idéal. Nous combattons de plus résolument en nous les défauts qu'on peut nous signaler afin d'éviter de rendre la piété ennuyeuse.

Par ailleurs nous ne nous étonnons pas des petits heurts que nous avons à subir malgré la bonne volonté de tous. Plus le zèle des âmes embrase notre cœur, plus nous les supportons facilement en nous gardant bien d'apprécier trop vite les intentions. Nous avons appris à nous méfier de notre première impression: elle est bonne si un tel nous est sympathique..., mais pour peu que nous éprouvions envers lui une certaine antipathie…

Nous laissons donc tomber aussi souvent qu'ils tentent de revenir à la charge ces petites rancunes secrètes, ces relents de jalousie qui, entretenus volontairement, rendraient impossible tout élan vers Dieu et nous empêcheraient de nous faire tout à tous. L'amour nous fait voir le Christ dans tous ceux qui nous côtoient. Et, au lieu de nous arrêter à juger humainement et à nous agacer de tel ou tel travers, nous allons au-delà des apparences et reconnaissons Dieu qui vient à nous par nos frères. Il nous semble peut-être qu'à Sa place nous aurions choisi autrement; mais nous ne voulons pas discuter ce qu'Il fait et nous profitons avec joie des occasions qu'Il nous donne ainsi de Lui prouver notre amour.

Bien plus nous voulons nous dévouer à nos frères en profitant de tout ce que nous permettent les circonstances et le devoir d'état. Ce dévouement, dont le champ d'action est extrêmement varié, trouve à s'exercer d'abord sur le plan matériel. Lorsqu'on aime, on s'oublie facilement et on est ainsi toujours prêt à rendre service. Nous évitons d'être indiscrets et importuns en nous offrant à temps et à contretemps. Mais nous avons à cœur de répondre: « Oui », tout de suite, avec un franc sourire, dès que l'on nous demande un service, laissant entendre par là que nous sommes disponibles chaque fois qu'il s'agit de faire plaisir.

L'amour soucieux de soulager la peine et la misère se traduit également sur le plan spirituel.

Animés du désir de faire aimer Dieu toujours davantage, nous voulons soutenir de façon spéciale ceux qui sont dans l'épreuve. L'action directe, nous serait-elle permise, risque parfois d'aviver des douleurs! que seule la grâce peut apaiser. Nous faisons du moins passer dans notre sourire toute notre affection surnaturelle; et l'expérience prouve que dans les grandes épreuves voulues par Dieu c'est un des rares soulagements efficaces qu'Il permette.

Il s'établit ainsi, autour de ceux qui cherchent  Vraiment Dieu et en qui brûle un tourment d'amour  pour les âmes, une atmosphère de charité fraternelle  rayonnante, toute de paix et de joie, qui dilate les cœurs et favorise puissamment leur élan vers Dieu. Nous la retrouverons d'ailleurs autour de ceux qui sont totalement livrés au Seigneur.

Notons simplement pour l'instant que cette charité vraiment surnaturelle, outre sa valeur d'apostolat, rend vraiment gloire à Dieu : De même que dans certaines familles nombreuses l'entente parfaite des frères et des sœurs fait la joie et la gloire des parents, de même l'union intense des membres d'une communauté glorifie leur Père des Cieux d'une manière très spéciale. - Et nous pensons non seulement aux communautés religieuses, mais aussi aux groupements divers que l'on rencontre dans le monde : communautés paroissiales, communautés de travail …

L'amour surnaturel qui crée la communion des esprits et des cœurs, tout on aidant chacun à mieux répondre à l'amour de Dieu, s'élance comme un hommage et un chant de louange vers le Père de tous ces frères du Christ qui sont heureux d'habiter ensemble, ainsi que vers la Très Sainte Vierge, la Mère toujours attentive qui soutient leurs efforts et atténue les petites difficultés.

Tel est l'idéal vers lequel nous devons tendre dès le début de notre vie chrétienne, mais qui à certains moments de la vie spirituelle répond à nos aspirations les plus intimes. Un tourment paisible et fort nous excite à, nous oublier de plus en plus pour aider nos frères à trouver la perle précieuse. Souvent le Saint-Esprit demande encore un nouveau progrès.  Il nous fait comprendre que nous devons regarder plus haut et que, sans rien négliger de ce que nous venons de dire, la perfection de l’amour exige que nous nous livrions davantage à Son Action.

Dom Bélorgey

Dieu nous aime (p 173 à 178)

mercredi 12 juillet 2023

Juillet 2023

La Charité, tourment d'amour.

Sainte Marie-Madeleine
notre modèle de recueillement pour ce mois de juillet

L'Esprit-Saint Se charge d'ailleurs de nous apprendre Lui-même à progresser, pour peu que nous soyons fidèles à répondre aux moindres de Ses indications. Peu à peu et à Son heure Il fait naître en nos cœurs un tourment d'amour qui transforme complètement l’allure de notre vie intérieure et lui donne une valeur bien différente. Nous ne sommes plus guère exposés alors à nous arrêter aux consolations que Dieu nous accorde ou à songer à notre propre sanctification plutôt qu'à la gloire de Dieu. Tout notre être est animé d'une ardeur secrète, d'un zèle passionné pour le salut des âmes.

C'est généralement dans le silence de la vie d'oraison que ce tourment d'amour commence d'une façon paisible et s'intensifie sans cesse davantage. Nous entrevoyons par exemple à quel point la Passion peut être compromise si nous n'intervenons pas. Nous communions d'une façon très spéciale aux souffrances de Jésus.

Mais nous comprenons en même temps que compatir ne suffit pas. L'amour nous pousse à reproduire quelque chose des souffrances du Maître, du don qu'Il a fait de Lui-même aux hommes, et cela en nous « donnant » nous aussi, non pas en quelque occasion éclatante, mais dans le détail de chacune de nos journées. Nous Lui offrons ainsi toutes les délicatesses de notre amour affectif, qui sont une de nos plus belles richesses, en y joignant le complément normal et indispensable d'un amour effectif de tous les instants.

Il n'est plus question de discuter l'expression de la volonté de Dieu et de Son Bon Plaisir quel qu'il soit. Toutes les épreuves qui se présentent, les souffrances aussi bien physiques que morales, nous apparaissent comme une occasion providentielle de prouver à Dieu notre amour. Nous oubliant toujours davantage, nous ne songeons plus qu'à agir avec plus d'amour, qu'à aimer au maximum avec une délicatesse sans cesse plus en éveil.

Nous avons un vrai désir d'éviter bien des petites omissions qui sont en réalité des résistances à la grâce. Par de brefs appels ou de rapides lumières intérieures, l'amour nous sollicite fréquemment. Faire la sourde oreille devient une chose grave pour une âme aimante. Si volontairement nous refusons de retenir un regard, une parole, un signe, alors que nous percevons nettement que le sacrifice nous en est demandé, c'est une âme que nous refusons de sauver.  Jésus attendait de nous cette offrande pour lui octroyer une grâce peut-être décisive pour son salut.

Mais l'amour nous poursuit sans cesse et nous presse de multiplier les marques positives de notre délicatesse. Chaque fois que nous nous apercevons qu'une petite infidélité nous a échappé, aussitôt nous voulons la réparer au moins au double. Nous ne laissons passer aucun des points que nous recommande notre Règle ou qui sont dans la ligne de notre devoir d'état.

L'Esprit-Saint Lui-même nous fournit l'occasion de prouver notre générosité. Il nous fait pressentir les exigences toujours plus profondes de l'amour. L'âme aimante est sans cesse attentive et reconnaît aussitôt la voix qui la sollicite: « Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute. »

Nous sommes ainsi toujours prêts à répondre dès que Jésus nous fait comprendre qu'une âme a besoin de notre aide. Nous sommes continuellement aux aguets pour rivaliser d'amour et essayer de prévenir les moindres désirs de Celui qui veut nous associer si intimement à Son œuvre rédemptrice.

Dom Godefroid BELORGEY

Dieu nous aime (p170 à 173)

 

Résolution :

En ce temps de vacances, prenons plus de temps pour « le silence de la vie d'oraison », source indispensable de la Charité qui pourra rayonner autour de nous.

vendredi 16 juin 2023

Juin 2023

Le Cœur de Jésus, source de paix.

 


La paix est appelée par saint Augustin « la tranquillité de l'ordre». Elle consiste, dit saint Thomas, «en l'harmonie parfaite résultant en nous et en autrui, de ce que toutes nos affections et celles des autres sont orientées vers Dieu, objet suprême du bonheur parfait. » (II-II, q 29, art 1).

La paix est incompatible avec le péché qui introduit en nous le désordre moral et détruit nos bons rapports avec Dieu. C'est pourquoi la Sainte Ecriture dit « qu'il n'y a pas de paix pour l'impie. » (Ps. LXIII.)  

Elle ne règne pas dans le cœur de l'homme qui est victime des agitations intérieures, qui se laisse dominer par les émotions désordonnées ou qui est esclave de ses impressions et de ses caprices.

Elle nous est encore soustraite, lorsque de nos rapports avec nos frères sont bannies la justice et la charité.

La paix, d'après saint Paul, est le don du Christ.  Il la souhaite à ses disciples, en disant: « Qu'en nos cœurs triomphe la paix du Christ.» (Col. III, 15.)

Le Bienheureux Jean de Ruysbroeck l'Admirable nous invite à chercher dans les plaies de Jésus, et particulièrement dans son Cœur transpercé, la réconciliation qui procure cette paix : « Il a étendu  ses bras, dit-il, pour vous embrasser et pour vous recevoir. Etablissez votre demeure dans l'intérieur de ses plaies, comme la colombe dans le creux du rocher.

« Approchez votre bouche de son Côté. Semblable à l'athlète et au géant, Il a combattu pour vous jusqu'à la mort. Il a vaincu vos ennemis et par sa mort Il vous a délivrés de la mort de vos péchés.  Il a payé votre dette et en vous rachetant par son sang précieux, Il vous a obtenu l'héritage de son Père.» (Le livre des sept châteaux, ch 12)

Jésus-Christ est salué dans la Sainte Ecriture comme « le prince de la paix ». Comme tel, Il est prêt à la communiquer à tous ceux qui s'approchent de Lui avec confiance et la sollicitent de la libéralité de son Cœur.

Les anges ont annoncé la paix autour du berceau du Sauveur venu pour réconcilier le ciel avec la terre.

En pardonnant au pécheur, le Christ lui disait : « Va en paix et ne pèche plus. » A son exemple, l'Eglise continue à faire entendre ces consolantes paroles à ceux qu'elle réconcilie avec Dieu, soit au baptême, soit au Sacrement de pénitence.

Avant de mourir, le divin Sauveur voulut laisser aux Apôtres le bienfait de la paix, comme le don le plus précieux de son Cœur : « Je vous laisse ma paix, leur dit-il, je vous donne ma paix. » (Jean XIV, 27.)

Apparaissant aux siens après sa résurrection, et les admettant à contempler dans son côté ouvert la blessure de son Cœur, le Christ leur apporta encore un message de paix, en disant : « Que la paix soit avec vous ! » Son Cœur miséricordieux, oublieux de leur manque de fidélité et de leur inconstance, voulait rendre à leurs esprits désemparés et troublés le calme et la sérénité dans la possession de la paix.

C'est bien à la généreuse charité du divin Cœur, c'est à ses divins mérites que nous sommes redevables de la paix, qui est, elle-même, un des précieux fruits produits en nous par l'Esprit Saint.

Nos âmes puiseront la paix du Christ dans une grande dévotion au Sacré Cœur. Lui-même s'en fera le charitable et généreux dispensateur, si nous mettons notre confiance en Lui.

Le bienfait de la paix a été promis aussi par Notre Seigneur aux familles qui, consacrées à son divin Cœur, honorent son image exposée à leur foyer.

La paix sera encore assurée à la patrie, et la Iutte entre les classes y fera place à la concorde parfaite, à la condition que les concitoyens mettent en pratique le précepte du Maître: « Aimez-vous les uns les autres, comme Moi-même je vous ai aimés. »(Joan. XV, 12.)

Enfin la paix régnera dans le monde entier, elle y succédera aux bouleversements et aux luttes lorsque la devise de notre Pontife bien-aimé sera devenue la règle vivante des rapports réciproques entre les nations: « La paix du Christ dans le règne du Christ. »

Ch.G.Kanters

Commentaires des Litanies du Sacré Cœur (p 284 à 287)

Résolution :

En ce mois de juin, et particulièrement, en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, méditons les litanies du Sacré-Cœur afin de comprendre comment agir pour lever tous les obstacles à l’établissement de « La paix du Christ dans le règne du Christ. »

lundi 8 mai 2023

Mai 2023

 


En ce mois de mai, revenons au Commentaire de Mgr Williamson du 8 avril dernier consacré à la Charité.

Voici sa conclusion, avec de bonnes résolutions à mettre en pratique !

A l’exemple de Dieu, les « “Résistants” Catho-Tradis » ne devons-nous pas avoir d’autant plus compassion, en particulier pour nos frères catholiques (Gal. 6, 10) ? N’oublions pas non plus que les problèmes apparemment insolubles du monde d’aujourd’hui poussent de nombreux non-catholiques à penser à Dieu, de sorte que beaucoup d’entre eux peuvent facilement finir parmi les «derniers qui seront les premiers », tandis que si nous ne pratiquons pas nous-mêmes la charité, nous pourrions facilement figurer parmi les premiers qui seront les derniers (Mc. 10, 31). Notre Seigneur a dit à ses Apôtres qu’on les reconnaîtrait à la charité qu’ils auraient les uns pour les autres (Jn. 13, 35). N’y a-t-il pas actuellement un certain nombre de catholiques de la Tradition qui scandalisent les âmes par leur manque de charité les uns pour les autres ? Nous en répondrons devant le tribunal de Dieu, surtout après les dons spéciaux que nous avons reçus de Lui pour garder la Foi aujourd’hui.


jeudi 16 mars 2023

Mars 2023

Saint Joseph, un modèle de Charité

 


La Sainte Vierge aimait profondément saint Joseph de toute la pureté, de toute la profondeur de son cœur, de tout son pouvoir naturel et surnaturel d’aimer, d’une affection faite de reconnaissance, d’amour déférent, de respect.  En lui, elle voyait l’image du Père qui est aux cieux, son ami intime, le confident de tous les jours.  Qui pourra nous dire cette intimité délicate et profonde établie dès le premier instant entre elle et saint Joseph, sans que rien puisse faire une ombre, si  faible qu’elle soit, sur son amour divin ?

L’affection de Marie et Joseph consistait à vouloir mutuellement l’un à l’autre le bien de leur âme.  Ils se préoccupaient de la richesse spirituelle l’un de l’autre, de sorte que, de part et d’autre, l’âme montait.

Saint Joseph s’oubliait pour ne voir que Marie et pour demander que Marie grandisse dans l’amour de Dieu, et la Sainte Vierge était toute soucieuse de la perfection de son époux : ineffable commerce que nulle langue ne peut traduire.

R.de Langeac

Vous…mes amis (p 150,151)


Résolution :

Quels modèles à imiter, chacun selon notre état !  Que saint Joseph nous aide à progresser dans la vraie Charité !

vendredi 10 février 2023

Février 2023

La Charité fraternelle


Dom Guéranger, l’Année Liturgique



                                                      

La sœur du Patriarche des moines d’Occident vient nous réjouir aujourd’hui de sa douce présence ; la fille du cloître apparaît sur le Cycle à côté de la martyre ! Toutes deux épouses de Jésus, toutes deux couronnées, parce que toutes deux ont combattu et ont remporté la palme. L’une l’a cueillie au milieu des rudes assauts de l’ennemi, dans ces heures formidables où il fallait vaincre ou mourir ; l’autre a dû soutenir durant sa vie entière une lutte de chaque jour, qui s’est prolongée, pour ainsi dire, jusqu’à la dernière heure. Apolline et Scholastique sont sœurs ; elles sont unies à jamais dans le cœur de leur commun Époux.

Il fallait que la grande et austère figure de saint Benoît nous apparût adoucie par les traits angéliques de cette sœur que, dans sa profonde sagesse, la divine Providence avait placée près de lui pour être sa fidèle coopératrice. La vie des saints présente souvent de ces contrastes, comme si le Seigneur voulait nous faire entendre que bien au-dessus des régions de la chair et du sang, il est un lien pour les âmes, qui les unit et les rend fécondes, qui les tempère et les complète. Ainsi, dans la patrie céleste, les Anges des diverses hiérarchies s’unissent d’un amour mutuel dont le souverain Seigneur est le nœud, et goûtent éternellement les douceurs d’une tendresse fraternelle.

La vie de Scholastique s’est écoulée ici-bas, sans laisser d’autre trace que le gracieux souvenir de cette colombe qui, se dirigeant vers le ciel d’un vol innocent et rapide, avertit le frère que la sœur le devançait de quelques jours dans l’asile de l’éternelle félicité. C’est à peu près tout ce qui nous reste sur cette admirable Épouse du Sauveur, avec le touchant récit dans lequel saint Grégoire le Grand nous a retracé l’ineffable débat qui s’éleva entre le frère et la sœur, trois jours avant que celle-ci fût conviée aux noces du ciel. Mais que de merveilles cette scène incomparable ne nous révèle-t-elle pas ! Qui ne comprendra tout aussitôt l’âme de Scholastique à la tendre naïveté de ses désirs, à sa douce et ferme confiance envers Dieu, à l’aimable facilité avec laquelle elle triomphe de son frère, en appelant Dieu même à son secours ? Les anciens vantaient la mélodie des accents du cygne à sa dernière heure ; la colombe du cloître bénédictin, prête à s’envoler de cette terre, ne l’emporte-t-elle pas sur le cygne en charme et en douceur ?

Mais où donc la timide vierge puisa-t-elle cette force qui la rendit capable de résister au vœu de son frère, en qui elle révérait son maître et son oracle ? qui donc l’avertit que sa prière n’était pas téméraire, et qu’il pouvait y avoir en ce moment quelque chose de meilleur que la sévère fidélité de Benoît à la Règle sainte qu’il avait donnée, et qu’il devait soutenir par son exemple ? Saint Grégoire nous répondra. « Ne nous étonnons pas, dit ce grand Docteur, qu’une sœur qui désirait voir plus longtemps son frère, ait eu en ce moment plus de pouvoir que lui-même sur le cœur de Dieu ; car, selon la parole de saint Jean, Dieu est amour, et il était juste que celle qui aimait davantage se montrât plus puissante que celui qui se trouva aimer moins. »

Sainte Scholastique sera donc, dans les jours où nous sommes, l’apôtre de la charité fraternelle. Elle nous animera à l’amour de nos semblables, que Dieu veut voir se réveiller en nous, en même temps que nous travaillons à revenir à Lui. La solennité pascale nous conviera à un même banquet ; nous nous y nourrirons de la même victime de charité. Préparons d’avance notre robe nuptiale ; car celui qui nous invite veut nous voir habiter unanimes dans sa maison.

Résolution : 

Ce dernier paragraphe de Dom Guéranger nous donne des pistes à suivre pour préparer et accomplir un saint Carême !

jeudi 12 janvier 2023

Janvier 2023

 La colombe, symbole des âmes régénérées
 
 

Quand le divin Sauveur consacra par son baptême les eaux du Jourdain, saint Luc écrit que le Saint-Esprit descendit sur Lui, d'une façon sensible, sous forme de colombe (Luc 3, 21). Or, saint Paschase recherche, avec une sainte curiosité, pour quel motif l'Esprit divin voulut apparaître sous la figure d'une colombe, plutôt que sous celle d'un aigle, d'un paon ou d'un cygne. Que signifie ce mystère? Et, il répond que ce fut afin de marquer par le naturel de la colombe qui est blanche, simple et sans fiel, le caractère de ceux que le Sauveur a régénérés. L'aigle, au vol sublime, est le symbole des âmes hautaines. Le paon, au plumage étincelant, et qui s'attriste quand on le méprise, est le symbole des gens susceptibles. Le cygne, aux ailes blanches et à la peau noire, est le symbole des hypocrites. Or, le Saint-Esprit, qui est un esprit de charité, ne descend sur aucun de ceux-là; mais seulement sur les âmes qui, semblables à la colombe, sont sans orgueil, sans dissimulation, sans fiel envers leur prochain.

Résolution :

Examinez, ô mon âme, dans quelle catégorie vous êtes. Aimez-vous les hauteurs, vous estimez-vous plus que les autres? Si cela est, l'Esprit-Saint n'est pas pour vous; car il regarde de loin ce qui est haut, c'est-à- dire l'orgueilleux (Ps 137, 6). Vous pavanez-vous à cause de quelque qualité, de quelque habileté ou agrément qui est en vous, vous fâchant avec ceux qui ne vous flattent pas, et gardant rancune à ceux qui vous censurent? Le Saint-Esprit n'est pas pour vous; car Il n'entrera pas dans une âme malintentionnée (Sagesse 1, 4). Vos procédés Sont-ils ceux de la politique du monde, pleins de feinte, de simulation et de duplicité? Le Saint-Esprit n'est pas pour vous; car il est écrit de Lui: L'Esprit du Seigneur fuit l'astuce (Sagesse 1, 5). Ressemblez donc à la colombe qui est sans fiel et qui ne se courrouce pas même quand on lui enlève ses petits. Ayez des entrailles de charité et de mansuétude pour votre prochain, et, le Saint-Esprit, qui ne vient qu'à ceux qui ont en partage la simplicité de la colombe sans l'amertume du fiel, reposera sur vous.

P.Gaëtan-Marie de Bergame

La Charité Fraternelle (p 121, 122)

mercredi 7 décembre 2022

Décembre 2022

 « Paix aux hommes de bonne volonté »


C'est une chose étonnante, en vérité, que la charité, vertu si précieuse, et la paix qui en découle, soient si peu estimées, et que, pour de légers motifs, on leur porte, à chaque instant, si aisément et si grossièrement atteinte. Voyez ! dans les communautés, dans les familles, dans n'importe quelle association civile ou religieuse, que de brèches on fait, à toute occasion, à la paix et à la charité : et, si vous considérez les raisons qui donnent le plus souvent naissance aux discussions, aux contestations, aux chicanes, aux petites haines, aux rancunes, vous trouverez qu'elles proviennent de causes minimes, de manières de voir différentes, de susceptibilités et de bagatelles qui ne méritent pas d'arrêter l'attention. Néanmoins, ces inepties, comme s'il s'agissait d'intérêts d'état les plus graves, suffisent à entretenir, dans les familles, des guerres continuelles. Est-il possible que la raison humaine et l'esprit chrétien ne prennent pas garde à une si grossière erreur et n'en fassent pas justice !

Il faut reconnaître, il est vrai, que ces dissensions ne sont souvent que le fruit de l'inadvertance; j'admets aussi que ce ne sont ordinairement que de légère colères, de petites aversions, des conflits de langue  et non d'épée, et que l'animosité ne va pas jusqu'aux vengeances extrêmes et scandaleuses. Mais, à force d'en répéter les actes, on prend la mauvaise habitude du vice, en même temps que l'âme perd peu à peu l'habitude de la vertu. En manquant de cette manière à la charité, on se fait une conscience large et aveugle, pour laquelle les poutres ne sont plus que des fétus de paille. On arrive ainsi à la mort, et, à ce moment suprême, on se trouve dans l'inquiétude et la désolation.

Le Paradis est, en effet comme une cité close dont la paix forme les murs d'enceinte, selon la vision et les paroles du prophète: Il a placé la paix pour former tes frontières (Ps 147,14). Comment, alors, et par quel côté pourra y entrer une âme, qui n'a point aimé la paix avec ses semblables?

Saint Augustin, méditant sur le texte que nous venons de citer, nous exhorte à en peser la valeur: Mes frères, dit-il, nous devons être pénétrés d'une grande crainte, en considérant ces redoutables paroles du Saint-Esprit: Il a placé la paix pour former tes frontières. Ces portes bienheureuses sont toutes faites de paix, et elles seront fermées de tous les côtés à quiconque ne portera pas les livrées de la paix: Celui qui n'aura pas eu, envers les bons et les méchants, cette paix et cette charité, commandées par Jésus-Christ, trouvera ces portes closes et fermées (Sermon 168).

P.Gaëtan-Marie de Bergame

La Charité Fraternelle (p 111, 112)

 Résolution:

Pour ces fêtes de Noël qui approchent, nous tâcherons de correspondre activement à ce souhait des Anges, dans nos familles et communautés ! 

jeudi 10 novembre 2022

Novembre 2022

CHARITE SURNATURELLE ET NOBLESSE HUMAINE


 


Dans l'hymne de Saint-Paul à la Charité il est deux vérités particulièrement importantes qui apparaissent entre beaucoup d'autres à celui qui lit attentivement.

D'abord la charité surnaturelle suppose la noblesse naturelle du caractère ou du moins elle la suscite lorsqu'elle ne l'a pas trouvée. Loin de pouvoir se passer des dispositions naturelles de générosité et de sens du risque, elle les requiert et au besoin elle les fait naître.

Ensuite, si la Charité adopte souvent une attitude passive ce n'est point parce qu'elle serait tiède et molle, ce qui est impensable, mais parce que dans son excès de générosité elle prend sur soi, elle supporte la peine du péché lorsqu'il ne reste plus d'autre moyen de le combattre. Sa passivité est au-delà de l'action et non pas en-deçà ; de même que le silence de Jésus devant le Sanhédrin est au-delà de ses imprécations aux pharisiens et non en-deçà.

En commentant les versets de Saint Paul nous verrons mieux la qualité si particulière de la passivité dans la charité surnaturelle en même temps que son exigence de noblesse.

Celui qui aime est patient, non parce qu'il ne sent pas le mal et qu'il s'y trouve indifférent; mais, parce que, dans sa lutte contre le péché, il consent à souffrir et à supporter autant qu'il sera nécessaire pour la guérison du pécheur. Celui qui aime est bon, non qu'il ne sache s'opposer quand il faut; mais il sait résister sans devenir mauvais; il est capable de refuser sans se durcir. Celui qui aime ignore l'envie ; certes il désire ardemment de bien faire; il est sensible à l'émulation du bien; mais il ne se plaint pas; tout au contraire il se réjouit de ce que d'autres fassent mieux. Celui qui aime n'agit pas à tort et à travers; non qu'il se soit retiré forcément de l'action et qu'il ménage sa tranquillité; mais son goût de l'action est assez brûlant et purifié pour être devenu sage et avoir perdu sa fièvre. Celui qui aime ne cherche pas son intérêt, non qu'il se désintéresse de l'issue de ses entreprises, mais il se désintéresse de son égoïsme. Celui qui aime ne s'irrite pas; il ne se laisse pas aller à cette colère qui éclate au niveau de l'amour propre et de la vanité; il est serein; pourtant cette sérénité de l'amour peut s'échapper en colères foudroyantes lorsqu'il n'est plus d'autres moyens de tirer les pécheurs de leur endurcissement mortel ou de soustraire aux entreprises des méchants les faibles et les petits.

Celui qui aime consent à porter sur soi le poids du péché du monde, en union avec le Sauveur Crucifié. Qui ne comprendrait que cette passivité suppose une générosité excessive et une flamme brûlante dans le cœur ? Jamais le Fils de Dieu fait homme n'aurait pris nos péchés sur la Croix si son amour pour nous n'avait été ardent comme du feu. Il en est de même de son disciple s'il a vraiment la charité.

R.P.Calmel



Résolution :

Pour que croisse notre Charité, nous devons développer « la qualité si particulière de la passivité dans la charité surnaturelle en même temps que son exigence de noblesse ». Cela demande des efforts !


mercredi 14 septembre 2022

Septembre 2022

La Charité dans la soumission au réel


 

Nous avons montré comment l'idéalisme, lié indissolublement à l'orgueil de l'esprit, est la source de toutes les erreurs et déviations du monde moderne et comment il a déformé la mentalité et la structure psychologique de la plupart de nos contemporains. Les catholiques vivant dans le monde contemporain et en respirant l'atmosphère n'ont pas toujours échappé à cette déformation, et il arrive qu'il se trouve parmi eux des esprits faussés par une imprégnation idéaliste.

L'effet de l'idéalisme sur les chrétiens est de les amener à rechercher un ordre idéal, pleinement satisfaisant pour la logique interne de l'esprit (et couvrant souvent ainsi d'un masque idéal et d'une façade idéologique les rancœurs et les rancunes, les cupidités et les revendications), au lieu de réaliser les exigences de la charité dans les possibilités réelles de l'action de chaque jour.

Le vrai chrétien n'est pas celui qui satisfait son esprit avec de beaux sentiments et de belles théories, mais celui qui accomplit chrétiennement les plus humbles actes de chaque instant en y réalisant la foi et la charité. L'Evangile nous l'a déjà dit: ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur », mais ceux qui accomplissent la volonté de Dieu qui entreront dans le royaume. Et la volonté de Dieu nous est donnée à chaque instant par le devoir du moment présent, dans lequel il s'agit d'incarner toute la charité en nous y donnant totalement à ce que Dieu nous demande: la sainteté se construit ainsi, instant par instant, par les actes effectivement réalisés dans la donation de nous-mêmes par amour à la volonté de Dieu.

Les chrétiens d'aujourd'hui ont grand besoin de relire les œuvres du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence, où  ces grands auteurs spirituels insistent si bien sur la réalité de l'instant présent, où  il s'agit de réaliser notre christianisme, qui ne consiste nullement en vues d'avenir.  La volonté de Dieu nous est donnée par la réalité qui est l'œuvre de Dieu (c'est Dieu qui fait exister le réel et le constitue tel qu'il est) et il n'y a de réel que l'instant présent: Dieu nous donne Sa volonté, nous dit ce qu'Il nous demande par l'ensemble de circonstances réelles, de possibilités réelles qui sont son œuvre, dans lesquelles Il nous situe à chaque instant et desquelles résultent pour nous les devoirs précis à remplir effectivement au moment présent. Tout le reste est chimère de l'orgueil qui nous détourne du devoir effectif. La soumission à la volonté de Dieu exige donc la soumission de chaque instant au réel avec toutes ses données qui sont l'œuvre de Dieu: il ne peut y avoir de christianisme vécu sans ce redressement réaliste, sans échapper à la désarticulation idéaliste qui replie l'homme sur lui-même et tourne son regard vers des constructions, idéales.

Le christianisme n'est pas une règle abstraite, un idéal de vie, il est vie réelle du Christ en nous: le chrétien est membre du Christ, le Christ qui est au ciel depuis l'Ascension continue à vivre et à agir sur la terre en nous, par ses membres que nous sommes, et le christianisme consiste à réaliser ce que le Christ veut faire aujourd'hui par nous, à être le Christ vivant par nous là où nous habitons ou travaillons, dans toutes nos actions de chaque instant. Le Christ n'est pas un modèle extérieur et idéal à imiter. Il est au dedans de nous, principe intérieur de notre vie de chrétiens.

J. Daujat (Idées modernes – Réponses chrétiennes p 100,101) 

Résolution

La Charité se vit à l’instant présent, dans la réalité présente.  Relisons ce que nous dit Mgr Williamson de la réalité, relisons les ouvrages de du R.P. de Caussade et le livre du R.P. Garrigou-Lagrange sur La Providence.  Et puis luttons contre cet idéalisme qui nous fait rêver de pratiquer la Charité plus tard ou ailleurs.

Pour se procurer le livre du R.P. de Caussade ici et celui du R.P. Garrigou-Lagrange ici