lundi 12 août 2024

Août 2024

Charité -

 amour envers le Christ, amour envers le prochain

 


Si les liens de la foi et de l'espérance qui nous attachent à notre divin Rédempteur dans son Corps mystique sont d'un grand poids et d'une souveraine importance, non moins grandes sont l'importance et la force des liens de la charité. Car si déjà, dans la nature, c'est une chose excellente que l'amour, source de la véritable amitié, que dire de cet amour céleste répandu par Dieu même dans nos âmes ? Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (I Jn IV, 16)). Or, cette charité, comme par une loi établie par Dieu, a pour effet de le faire descendre par un retour d'amour en nous qui l'aimons, suivant ces paroles: Si quelqu'un m'aime... mon Père aussi l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure (Jn XIV, 23). La charité nous unit donc au Christ plus étroitement qu'aucune autre vertu; et c'est dans l'ardeur de cette flamme céleste que tant de fils de l'Eglise se sont réjouis de subir pour lui les opprobres, de tout affronter, de tout vaincre, jusqu'au dernier souffle de leur vie et à l'effusion de leur sang. C'est pourquoi notre Sauveur nous presse véhémentement par ces paroles: Demeurez dans mon amour. Mais comme la charité est sans force et sans vie si elle ne se manifeste et ne se réalise en bonnes œuvres, il ajoute immédiatement: Si vous gardez mes commandements, vous resterez dans mon amour; comme moi aussi j'ai gardé les commandements de mon Père et je reste en son amour (Jn, XV, 9-10).

A cet amour envers Dieu, envers le Christ, doit répondre pourtant la charité envers le prochain. Car comment pouvons-nous affirmer que nous aimons le divin Sauveur si nous haïssons ceux qu'il a fait membres de son Corps mystique en les rachetant lui-même de son sang précieux ? D'où cet avertissement que nous donne l'Apôtre que le Christ a aimé plus que les autres: Si quelqu'un prétend aimer Dieu et hait son frère, il est un menteur. Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons de Dieu ce commandement: que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère (I Jn IV, 20-21). Bien plus, il faut encore l'affirmer, nous serons d'autant plus unis avec Dieu, avec le Christ, que nous serons davantage les membres les uns des autres (Rom XII, 5), pleins de sollicitude les uns pour les autres (I Cor XII, 25); comme, d'autre part, nous serons d'autant plus unis entre nous et liés par la charité que plus fervent sera l'amour qui nous unira à Dieu et à notre divin Chef.

Pie XII

Mystici Corporis Christi (29 juin 1943)


Résolution

A l’aide de ce texte du Pape Pie XII, méditons ces deux aspects indissociables de la vraie Charité, puis passons à l’action concrète dans nos vies !

mercredi 17 juillet 2024

Juillet 2024

Le Sang de Jésus-Christ produit et enflamme la Charité

 


L’homme aime nécessairement, il vit d'amour; son bonheur et son malheur dépendent des objets auxquels il s'attache.

Il y a dans l’homme deux amours: l'un céleste, l'autre terrestre.  L’homme, par  le premier s'élève vers le Ciel, d'où il vient et où il doit retourner ; par le second, il s'abat sur la terre et s'attache à ce lieu d’exil, auquel cependant, passager rapide, il ne doit pas plus s’affectionner que le voyageur à l'hôtel où il s'abrite pendant une nuit de son voyage. L'un de ces amours fait de l’homme un ange, l'autre en fait un démon; car l'amour nous identifie avec les objets que nous aimons, nous souille ou nous purifie.  Ils sont devenus abominables comme les choses qu'ils ont aimées, dit l'Esprit de vérité. (Os.), L'un est la charité, l’autre la concupiscence.

Ces deux amours sont aussi opposés l’un à l’autre que le Ciel l’est à l’enfer ; la concupiscence vient du péché et porte au péché; elle lie l'homme aux choses créées, à ce qui flatte l'orgueil, l'ambition, la vanité, les voluptés coupables. De là naissent et le vil égoïsme, et la haine des autres, et la colère, et les divisions, et la basse envie et la duplicité, et tous les crimes dont l'homme se souille et par lesquels il se dégrade et s'avilit.

La charité, flamme céleste, pure comme les ardeurs d’un séraphin, vient du Ciel et porte à la vertu; elle aime tout ce qui est saint, tout ce qui est pudique, tout ce qui est vrai, tout ce qui est aimable, tout ce qui élève l'homme à ses yeux et aux yeux des autres, tout ce qui établit la paix dans l'esprit et dans le cœur, tout ce qui unit les hommes entre eux et ne fait de tous qu’un cœur et qu’une âme.

Ces deux amours se disputent sans cesse la possession de notre cœur; l'un y grandit à mesure que l'autre s'y affaiblit; l'un se retire quand l'autre y domine. Mais le péché a porté dans notre être un tel désordre, il nous a rendus si aveugles et si faibles que la concupiscence est devenue sinon naturelle, du moins inévitable à l'homme.  Elle naît avec nous, et ne meurt qu’avec nous. On peut la vaincre, mais la détruire, jamais. Toujours elle cherche à reprendre en nous son empire; de là ces luttes intérieures que nous éprouvons, ces tiraillements en sens contraires si cruels, que les plus saints ressentent et qui contraignaient saint Paul lui-même à s'écrier:  « Malheureux homme que je suis, je fais le mal que je hais ; qui me délivrera de ce corps  de mort? »  Il lui fut répondu: «  La grâce de Jésus. »

Oui, la grâce que Jésus nous a méritée par son Sang, seule, peut affaiblir en nous le feu de la concupiscence, allumer la flamme pure de la charité. Ce feu, Jésus est venu l'apporter sur la terre pour l'y allumer; il a versé, tout son Sang pour cette fin. Ce Sang est pour échauffer nos âmes, ce qu'est le soleil pour la nature ; sa chaleur divine peut seule les rendre fécondes, toute autre chaleur est insuffisante, et ne sert souvent qu'à augmenter le feu mortel de la concupiscence. Si avant lui on vit sur cette terre, désolée par le feu des passions, briller quelques légères flammes d’un feu céleste dans quelques fidèles de l’Ancien Testament, si Marie en fut remplie, c'est au Sang de Jésus-Christ, qui devait être versé qu'il faut l'attribuer. Ce Sang divin est un fleuve majestueux qui à la fois remonte et descend les siècles pour y répandre son influence créatrice. D'abord, par les mérites du Sang de Jésus-Christ, cette flamme pure fut répandue dans nos cœurs au saint jour du baptême, par la présence de l’Esprit Saint, qui est un esprit d'amour et qui nous a été donné.

Bientôt le Sang de Jésus-Christ, qui nous est distribué dans la communion, est venu entretenir, augmenter par lui-même ce que ses mérites avaient commencé en nous. C'est surtout par ce Sang reçu, dit saint Jean Chrysostome, que l'âme est enflammée de l'amour pur. La flamme qu'il produit est plus éclatante que la lumière du soleil et plus brillante que l'or. (Hom. 46, in cap. Joan. 6.) L'action de ce Sang sur notre âme est prompte et pénétrante; à l'instant où nous le recevons, il agit sur elle, et lui communique le feu divin dont il est la source. De même, dit saint Jean Chrysostome, que l'argent jeté dans l'or fondu est aussitôt couvert de ce métal précieux, ainsi notre âme, par le seul attouchement du Sang de Jésus-Christ, est plus belle et plus aimante. Ce Sang agit plus promptement que le feu; il ne brûle pas cependant, mais il purifie et enflamme. (Id., ibid.)

Ce Sang n'agit pas seulement sur l'extérieur de l'âme, mais il la pénètre afin de porter le remède à la source du mal que nous portons dans nos entrailles. (Id., ibid) La vertu de ce puissant breuvage pénètre toutes les facultés de notre être, dit saint Cyprien, afin d’y guérir toutes les plaies, d’y détruire tous les genres de mal que la corruption originelle, que les dérèglements de la vie y ont déposés.  Puis le mal détruit, l’ardeur des passions amortie, il se soumet toutes les puissances de notre âme, se les unit afin que nous aimions ce qu’il aime, et que notre âme brûle du même feu que le sien.

Abbé Carney

Le mois du Précieux Sang (p 109 à 112)

Résolution :

En ce mois de juillet, développons notre dévotion au Précieux Sang, par la récitation de ces litanies et au moment de nos communions où ce Sang nous est distribué.

dimanche 16 juin 2024

dimanche 12 mai 2024

Mai 2024

La Vierge du Sourire

 


Le 20 avril 1911, à Édimbourg, entrait par le Baptême dans l'Eglise catholique un ministre presbytérien, le Révérend Alexandre Grant. C'était le premier membre de l'Eglise Libre-Unie d'Ecosse qui passât à la confession romaine.  Trois jours après, une lettre adressée à la Mère Prieure du Carmel de Lisieux retraçait en ces termes la genèse de cette abjuration :

« Il y a maintenant plus d'un an que j'ai, pour la première fois, fait la connaissance de l'autobiographie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus (traduction anglaise). Je l'ouvris au hasard, et je m'arrêtai de suite devant la beauté et l'originalité des pensées. Je trouvai qu'il m'était tombé entre les mains l'œuvre d'un génie, aussi bien que celle d'une théologienne, d'un poète de premier ordre... Je ressentis ce qu'éprouve une personne à qui le monde invisible apparaît tout d'un coup, et je m'écriai : Thérèse est dans cette chambre ... ; son image revenait sans cesse à mon esprit; elle refusait de me quitter, et il me semblait l'entendre dire : Voici comment les saints catholiques aiment Jésus-Christ.  Écoutez-moi !  Choisissez ma petite voie, car elle est sûre et c'est la seule véritable.

« … J'ai donc commencé d'invoquer son aide avec une joie que je renonce à décrire. Mais un jour, elle me dit subitement : Pourquoi me demandez-vous de prier pour vous, si vous ne voulez pas connaître et invoquer la Sainte Vierge?  Aussitôt, je compris combien c'était peu logique d'invoquer Thérèse et de négliger la Mère de Dieu. La lumière s'était faite; immédiatement, je m'adressai à la Sainte Vierge. La promptitude de la réponse m'étonna. A l'instant, mon âme fut débordée par un amour passionné, nouveau-né, un amour qui s'est agrandi et qui maintenant est un abîme. »

L'année suivante, l'ex-pasteur et son épouse également convertie émigraient vers la France et s'installaient, pour y accueillir les pèlerins, au Berceau de Thérèse à Alençon, dans la maison de la rue Saint-Blaise qui venait d'être rachetée. C'est là que M. Grant devait mourir saintement, le 19 juillet 1917, après avoir beaucoup travaillé et prié pour le retour à l'Eglise de nos « frères séparés ».

On voit de quelle qualité fut le choc psychologique et comment se situe, dans cette montée vers Dieu, le rôle de notre Sainte. Son charme met en sympathie, il attire, il séduit, il conquiert. Mais il n'est lui-même qu'un reflet du charme de la Vierge; il oriente vers elle, il invite à la confiance filiale, à l'abandon total entre ses mains maternelles. Marie s'empare alors de l'âme en quête de vérité; elle l'ouvre, elle l'épanouit à cette tendresse familière qui émeut délicieusement le Cœur du Père des Cieux et prépare l'invasion de sa Charité Infinie. Plus encore qu'une conversion, c'est une révélation, une ascension. Le passage de l'erreur à la foi débouche sur la voie d'enfance qui ouvre d'emblée la perspective des plus hautes cimes évangéliques. (…)

C'est ce qui donne à l'appellation de « Vierge du Sourire » sa portée actuelle. Les affres de deux hécatombes mondiales, immédiatement suivies d'une épuisante « guerre froide », les crises qui ébranlent l'économie et dissolvent les Etats, le souffle desséchant du matérialisme athée et du totalitarisme avilissant, ont fait passer sur l'humanité une vague de désespérance. Une génération se lève, critique, amère, désenchantée, prête à sombrer dans l'aventure sanglante comme, par évasion, à se ruer vers le bourbier. On parle de « grande peur ». On applaudit au « théâtre noir ». Le pessimisme fait école dans les chaires de philosophie. Les savants s'épouvantent de leurs propres découvertes que tournent à détruire les passions non contenues par « un supplément d'âme », « On dirait, déclare Pie XII, un monstre apocalyptique né d'une civilisation où le progrès toujours  croissant de la technique s'accompagne d'une baisse toujours plus profonde de l'esprit et de la morale. »

Aux déçus, aux lassés de la vie, en cette nuit ténébreuse, qui rendra l'espérance ? Qui fera luire à nouveau l'astre de Bethléem? Qui donnera le sens d'une religion chaude, vivante, personnelle, «sensible au cœur » ? Qui rappellera aux hommes qu'ils ont un Père dans les Cieux et qu'ils doivent s'aimer comme frères ? Qui enfin arrachera les chrétiens eux-mêmes à l'engourdissement d'une pratique routinière pour les faire accéder, dans la simplicité et l'humilité de la foi pure, à la vie de famille à laquelle Dieu les convie ? Marie a reçu cette mission. Il appartient à la Maman de refaire un climat de sincérité et de paix au foyer de l'humanité, d'y réchauffer l'affection et le dévouement mutuel, d'y réveiller la joie de vivre. C'est pour cela qu'elle est apparue à Thérèse. C'est pour cela qu'elle l'a constituée messagère de l'Amour Miséricordieux. C'est pour cela qu'elle aime être invoquée, en union avec sa privilégiée du Carmel, sous le titre de « Vierge du Sourire ».

La Sainte de Lisieux a grâce d'état pour communiquer l'ineffable secret qu'elle reçut aux Buissonnets au jour béni du 13 mai 1883. Comme le dit avec autorité Mgr Picaud, évêque de Bayeux, elle se plaît à le confier aux âmes qui lui sont très unies. Elle leur apprend l'itinéraire de sa « Petite Voie » : « aller au Père par Marie et par Jésus, mais sans jamais quitter ni Jésus ni Marie. »

R.P.PIAT

La Vierge du Sourire (p 102 à 105)

Résolution :

Ce texte de 1 951 n’a rien perdu de son actualité, la situation décrite s’étant seulement aggravée.  Alors, le remède reste le même : à l’image de Sainte Thérèse, attirons les âmes vers notre Mère du Ciel ; notre sourire, notre rayonnement nous y aideront.

 

dimanche 3 mars 2024

Mars 2024

 L’âme est faite pour aimer



Le flocon de neige, le grain de quartz, le prisme de basalte savent former leur figure. La feuille sait s'ouvrir, la branche s’étendre vers le soleil. La bête a su se détacher du sol, se faire son indépendance, sa chaleur, ses désirs à elle.

Dieu a voulu que dans toute la Création, de la pierre à la plante, de la plante à la bête, de règne en règne la vie montât.  Sous son souffle, elle a trouvé la géométrie du cristal, puis la croissance de l'arbre, puis le mouvement, le sang chaud, l’instinct de l'animal. Chaque fois, par un coup de génie prodigieux, elle a dépassé toutes les données du règne antérieur.

Et au-dessus des trois règnes, le règne humain s'élève à plus de vie encore. L’homme n'est-il pas l'être unique, né pour un prodige à lui propre, il a l'action et la raison: il a l’esprit, le choix, la liberté. Il se sent libre: faire ou ne pas faire. Mais quoi faire ? A quoi s'emploiera-t-il, dans sa liberté, avec la même certitude que le sel qui cristallise, que l'herbe qui pousse, que l'oiseau qui couve ses œufs.

C'est le Christ qui révèle à l'homme sa destination profonde: l'âme est faite pour aimer. Vous êtes fils d'un même Père, qui vous aime: soyez ces frères, entr'aimez-vous, entr'aidez-vous, travaillez à faire ce monde tel que le Père a désiré qu'il fût.                                                                                           

Servir et aimer, voilà la certitude intérieure de l'homme, inscrite en sa nature, comme la figure de son cristal l'est dans la nature du quartz.                                                                                                      

Les gens simples à qui Jésus apporte ce message, d'un coup l'ont senti, c'est cela ! Le grand commandement nouveau fait lumière pour tout homme venant en ce monde. Celui qui veut vivre de vraie vie se tourne vers cette parole, comme la plante qui veut respirer se tourne vers le soleil. De tout son être, chaque créature s'efforce à sa destination.  Au plus bas, le plus élémentaire, l'atome, avec une phénoménale énergie se concentre sur son être. Au plus haut, le plus complexe, le plus vivant, l'homme, a à sortir de son être, de son moi, à se donner. Il est fait pour l'amitié. Son sang l'y porte, s'il est assez rouge, comme la sève de l'arbre à pousser son branchage vers la lumière.

Ici, une fois de plus, la vie se dépasse: elle débouche  dans un nouveau royaume. Comme elle a inventé de  faire avec ce qui ne pouvait que tomber ce qui pousse,  ou avec ce qui ne pouvait vivre qu'attaché à la terre ce  qui s'en détache, ici, par l'homme, avec ce qui semblait  ne pouvoir être qu'égoïsme, elle fait le contraire de  l'égoïsme: l'amour.                                                                          

Au sommet de la Création, il fallait l'être libre, donc  capable d'aimer, pour aimer et répondre ainsi au  Créateur. Le monde maintenant a un sens et l'homme  connaît sa vérité de vie.

Henri Pourrat

La bienheureuse Passion (p 20)

Résolution

En ce temps de Carême, contemplons et accompagnons notre Sauveur dans Son chemin de Croix où Il nous révèle qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour Dieu, pour ceux qu'on aime.  Donner sa vie, c'est d'abord s'oublier. 

vendredi 29 décembre 2023

Décembre 2023

 

L’orgueil, fondement de l’empire de Satan, premier ennemi de la Charité

 

Filius hominis non venit ministrari sed ministrare. (Matth., xx, 28)

Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir.

 

Par le péché de nos premiers parents, le Démon s'était emparé de l'homme et de toutes les créatures. « Tous les royaumes et toutes les richesses du monde sont à moi, disait-il à Notre-Seigneur: je te les donne si tu veux m'adorer » (Matth, IV, 9). En descendant sur la terre, notre divin Rédempteur est comme un Roi qui, après une longue absence, vient reprendre son empire et chasser l'usurpateur. Lui-même annonce son entreprise en disant: « Le moment est venu où le Prince de ce monde va être mis à la porte: Nunc princeps hujus mundi ejicetur foras»  (Jean, XII, 31),

La guerre commence à la grotte de Bethléem.  Ô profondeur de la sagesse de Dieu!  C'est en naissant dans une étable, pauvre et humilié, que le divin Conquérant ébranle jusque dans ses fondements la puissance infernale. C'est en se faisant esclave qu'il commence à dépouiller Lucifer, et à justifier le nom mystérieux que lui-même a reçu des prophètes. Vous l'appellerez, dit Isaïe : Hâte-toi d'enlever les dépouilles; hâte-toi de ravager. (Is, VIII, 3)

L’orgueil, c'est-à-dire l'esprit d'insubordination, est le fondement le plus profond de l'empire de Satan, l'appui le plus solide de son trône. C'est la chaîne la plus lourde et la plus difficile à rompre, dont il ait chargé l'homme, son esclave. Pour briser cette chaîne et miner ce fondement, que fait le Verbe éternel ? A l'orgueil et à la désobéissance, élevés jusqu'au comble, il oppose l'humilité la plus profonde et la soumission la plus complète. Il se fait esclave et il en remplit les fonctions.

« Voyez, dit Bède le Vénérable, le Fils de Dieu devenu l'Enfant de Bethléem. À peine est-il né, que, pour nous délivrer de l'esclavage, il se fait inscrire comme sujet de César, et paie le tribut de la servitude » (Luc, II). Ce n'est là qu'un premier signe de dépendance: en voici un second.  Afin de commencer à payer les dettes de notre orgueil, au prix de ses abaissements et de ses souffrances, il se laisse, tendre enfant, lier comme un esclave dans les langes du berceau. Pour lui, ces langes sont l'annonce et la figure des cordes, dont il devra un jour se faire lier par les bourreaux, en marchant au supplice.

Sa vie entière n'est qu'un long acte de servitude. Pendant trente ans, lui, le Maître du monde, obéit à deux de ses créatures, Marie et Joseph, et erat subditus illis. Constamment aux ordres de l'un et de l'autre, tantôt, à la voix de saint Joseph, il travaille à dégrossir le bois nécessaire pour l'état de son père nourricier; tantôt, à la voix de Marie, il ramasse les menus fragments de ce bois pour le foyer. On le voit tour à tour balayer la maison, puiser de l'eau, ouvrir et fermer l'atelier. «En un mot, dit saint Basile, Marie et Joseph, étant pauvres, étaient obligés de vivre du travail de leurs mains. Pour exercer l'obéissance et montrer le respect qu'il leur portait, comme à ses supérieurs, le Verbe fait chair se livrait à tous les travaux qu'il pouvait humainement accomplir ».

L'histoire rapporte comme un prodige d'humilité, que saint Alexis, fils d'un des plus grands seigneurs de Rome, voulut vivre, et vécut en effet, pendant dix-sept ans comme un serviteur inconnu dans la maison de son père. Mais qu'est-ce que l'humilité de ce saint, comparée à l'humilité de l'Enfant de Bethléem? Entre fils et serviteur du père de saint Alexis, il y a sans doute une différence de condition; mais c'est une différence bornée. Entre Dieu et serviteur de Dieu, la différence est infinie. Ce n'est pas tout: en se faisant serviteur de son Père, le Fils de Dieu s'est fait par obéissance serviteur de ses propres créatures, et erat subditus illis.

O Dieu! et nous refuserons de nous soumettre au glorieux esclavage de cet aimable Enfant, qui, pour nous sauver, s'est lui-même dévoué à la servitude la plus profonde! Plutôt d'être les heureux serviteurs de ce Monarque si grand, nous aimerons mieux être les esclaves dégradés du démon! A ce Roi si bon et si magnifique, nous préférerons Satan: maître cruel qui n'aime pas ses serviteurs, mais qui les hait, qui les traite en tyran, qui les dépouille et les rend malheureux dans ce monde et dans l'autre!

Si nous avons à nous reprocher une pareille folie, pourquoi ne pas sortir sur-le-champ de notre honteuse et déplorable servitude? Pourquoi, délivrés de l'esclavage du démon, ne prenons-nous pas, ne couvrons-nous pas de nos baisers, les douces chaînes qui nous rendent serviteurs et frères de l'Enfant de Bethléem ; qui nous attachent glorieusement à lui, et qui se changeront en couronne de gloire pour l'éternité?

O Monarque du monde, devenu esclave et serviteur pour l'amour de moi! J'ai honte de paraître aujourd'hui devant votre crèche, monument éternel de vos abaissements. Je rougis à la pensée de mon orgueil, au souvenir de mes folies et de mes ingratitudes. Reprochez-les-moi, aimable Enfant; vous avez raison. « J'avais brisé vos chaînes, me dites-vous, et vous m'avez dit: je ne veux pas de la liberté que vous m'offrez; je préfère l'esclavage; j'aime mieux être soumis au démon qu'à vous ».

Je reconnais ma faute et je m'en repens. Vos mérites infinis, ô mon Sauveur, animent mon espérance. J'attends mon pardon de cette inépuisable bonté, qui ne vous permet pas de mépriser un cœur contrit et humilié, cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies. Prenez les chaînes de votre amour, mettez-les à mes pieds et à mes mains; que je ne puisse jamais les rompre ni faire aucun mouvement contraire à votre volonté. J'aime mieux, aimable Enfant, être votre serviteur que le maître du monde. De quoi sert le monde entier à celui qui est privé de votre grâce ? (Mtth, XVI, 46)

Mgr Gaume

Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus

 

Résolution

En ce temps de Noël, contemplons l’Enfant de la Crèche qui nous donne le plus grand exemple du remède à l’orgueil : l’humilité.  Pour soutenir notre méditation, n’hésitons pas à user d’ouvrages comme Bethléem ou l’école de l’Enfant-Jésus (Mgr Gaume) ou Noël : neuvaine et méditations (Saint Alphonse de Liguori)

lundi 14 août 2023

Août 2023

 Délicatesse dans la pratique de la charité fraternelle.

La Très Sainte Vierge,  Mère toujours attentive, soutient nos efforts
et atténue les petites difficultés
 

Il n'est pas besoin de détailler les actes extérieurs que ce tourment d'amour incite à poser au fur et à mesure de son développement. Ils peuvent être 'très variables selon les circonstances, Il est cependant une manifestation essentielle sur laquelle nous nous permettons d'insister, à savoir une grande délicatesse dans la pratique de la charité fraternelle.

Nul ne contestera que le tourment d'amour pour le salut des âmes ne soit en lui-même un acte éminent de charité fraternelle. Mais, s'il est vrai, il rejaillit nécessairement à l'extérieur. Maint détail peut nous donner l'occasion de prouver que nous aimons nos frères comme Notre-Seigneur les a aimés et que nous sommes prêts à tout pour les aider à se sanctifier et par suite à trouver le vrai bonheur.

Rien d'ailleurs n'est peut-être plus efficace que la charité fraternelle pour préparer les âmes à s'ouvrir à l'action de la grâce. Elle constituera d'one en réalité un apostolat direct que nous avons à tout instant l'occasion d'exercer sans qu'il nous détourne de notre devoir d'état, même dans la vie contemplative.

Il ne s'agit pas en effet de faire de longs discours, bien que, lorsque l'occasion se présente de parler de l'amour de Dieu, nous ne devions pas craindre d'en rendre témoignage. La reconnaissance nous fait un devoir de révéler à ceux qui nous approchent le bonheur qu'on éprouve en s'efforçant d'aimer Dieu, et comment nous avons trouvé le centuple en nous livrant à Lui sans réserve.           

Mais dans la vie quotidienne nous voulons prouver la réalité de notre amour pour Dieu, notre Père, en aimant pour Lui tous nos frères.

Dans ce but l'Esprit-Saint nous fait adopter spontanément une attitude très simple, dans laquelle on peut cependant distinguer trois éléments dominants. Nous voulons d'abord éviter tout ce qui peut faire souffrir notre prochain.

Ainsi éprouvons-nous le besoin de veiller toujours attentivement sur nos paroles, même lorsque nous n'avons que rarement l'occasion de rompre le silence, car nous savons que les manquements sur ce point déplaisent souverainement au Seigneur. Nous saisis- sons de même avec joie les différentes occasions qui se présentent de nous gêner un peu pour supprimer ce qui risque de faire de la peine à ceux qui nous entourent. Le démon est si habile à profiter des moindres failles pour essayer de susciter la zizanie dans les groupements les plus unis que nous attachons une grande importance à ce qui peut renforcer l'unité de tendance vers un même idéal. Nous combattons de plus résolument en nous les défauts qu'on peut nous signaler afin d'éviter de rendre la piété ennuyeuse.

Par ailleurs nous ne nous étonnons pas des petits heurts que nous avons à subir malgré la bonne volonté de tous. Plus le zèle des âmes embrase notre cœur, plus nous les supportons facilement en nous gardant bien d'apprécier trop vite les intentions. Nous avons appris à nous méfier de notre première impression: elle est bonne si un tel nous est sympathique..., mais pour peu que nous éprouvions envers lui une certaine antipathie…

Nous laissons donc tomber aussi souvent qu'ils tentent de revenir à la charge ces petites rancunes secrètes, ces relents de jalousie qui, entretenus volontairement, rendraient impossible tout élan vers Dieu et nous empêcheraient de nous faire tout à tous. L'amour nous fait voir le Christ dans tous ceux qui nous côtoient. Et, au lieu de nous arrêter à juger humainement et à nous agacer de tel ou tel travers, nous allons au-delà des apparences et reconnaissons Dieu qui vient à nous par nos frères. Il nous semble peut-être qu'à Sa place nous aurions choisi autrement; mais nous ne voulons pas discuter ce qu'Il fait et nous profitons avec joie des occasions qu'Il nous donne ainsi de Lui prouver notre amour.

Bien plus nous voulons nous dévouer à nos frères en profitant de tout ce que nous permettent les circonstances et le devoir d'état. Ce dévouement, dont le champ d'action est extrêmement varié, trouve à s'exercer d'abord sur le plan matériel. Lorsqu'on aime, on s'oublie facilement et on est ainsi toujours prêt à rendre service. Nous évitons d'être indiscrets et importuns en nous offrant à temps et à contretemps. Mais nous avons à cœur de répondre: « Oui », tout de suite, avec un franc sourire, dès que l'on nous demande un service, laissant entendre par là que nous sommes disponibles chaque fois qu'il s'agit de faire plaisir.

L'amour soucieux de soulager la peine et la misère se traduit également sur le plan spirituel.

Animés du désir de faire aimer Dieu toujours davantage, nous voulons soutenir de façon spéciale ceux qui sont dans l'épreuve. L'action directe, nous serait-elle permise, risque parfois d'aviver des douleurs! que seule la grâce peut apaiser. Nous faisons du moins passer dans notre sourire toute notre affection surnaturelle; et l'expérience prouve que dans les grandes épreuves voulues par Dieu c'est un des rares soulagements efficaces qu'Il permette.

Il s'établit ainsi, autour de ceux qui cherchent  Vraiment Dieu et en qui brûle un tourment d'amour  pour les âmes, une atmosphère de charité fraternelle  rayonnante, toute de paix et de joie, qui dilate les cœurs et favorise puissamment leur élan vers Dieu. Nous la retrouverons d'ailleurs autour de ceux qui sont totalement livrés au Seigneur.

Notons simplement pour l'instant que cette charité vraiment surnaturelle, outre sa valeur d'apostolat, rend vraiment gloire à Dieu : De même que dans certaines familles nombreuses l'entente parfaite des frères et des sœurs fait la joie et la gloire des parents, de même l'union intense des membres d'une communauté glorifie leur Père des Cieux d'une manière très spéciale. - Et nous pensons non seulement aux communautés religieuses, mais aussi aux groupements divers que l'on rencontre dans le monde : communautés paroissiales, communautés de travail …

L'amour surnaturel qui crée la communion des esprits et des cœurs, tout on aidant chacun à mieux répondre à l'amour de Dieu, s'élance comme un hommage et un chant de louange vers le Père de tous ces frères du Christ qui sont heureux d'habiter ensemble, ainsi que vers la Très Sainte Vierge, la Mère toujours attentive qui soutient leurs efforts et atténue les petites difficultés.

Tel est l'idéal vers lequel nous devons tendre dès le début de notre vie chrétienne, mais qui à certains moments de la vie spirituelle répond à nos aspirations les plus intimes. Un tourment paisible et fort nous excite à, nous oublier de plus en plus pour aider nos frères à trouver la perle précieuse. Souvent le Saint-Esprit demande encore un nouveau progrès.  Il nous fait comprendre que nous devons regarder plus haut et que, sans rien négliger de ce que nous venons de dire, la perfection de l’amour exige que nous nous livrions davantage à Son Action.

Dom Bélorgey

Dieu nous aime (p 173 à 178)