mercredi 8 janvier 2020

JANVIER 2 020



(Comme nous venons de le voir,) nous rencontrons Dieu dans la souffrance, mais nous pourrons encore trouver ailleurs la présence de Dieu : présence de créateur dans les choses, présence réelle dans les sacrements, mais présence aussi dans le prochain. Toute âme en état de grâce n'est-elle pas un tabernacle ?

Ainsi, chaque fois que nous entrons en contact avec  le prochain, nous sommes, par le fait même, mis en présence de Dieu.   Même lorsqu'il est vide, ce tabernacle postule beaucoup plus intensément la présence divine que les choses créées qui nous entourent, car « Fecisti nos ad Te »;  l'homme porte des Cieux l'empreinte divine même lorsqu'il a perdu cette ressemblance.

De plus, le contact avec Dieu qui s'établit dans nos rencontres avec le prochain est un contact réciproque, et de ce fait, privilégié.  Ce que le prochain est  pour nous, nous le sommes pour lui.  C'est alors qu'il faut reprendre conscience d'une vérité élémentaire, mais terriblement méconnue et oubliée : mon prochain a une âme, une âme semblable à la mienne, une âme où Dieu demeure ou devrait demeurer.

Nous devrions donc saluer la rencontre de notre prochain en nous disant : Dieu nous livre sa présence à travers lui d'une manière privilégiée et particulièrement haute.

Il devrait y avoir quelque chose d'ineffable dans la rencontre de deux porteurs de Dieu…  Deux âmes
vivantes ...  Deux tabernacles vivants : Dieu rencontrant Dieu. N'est-ce pas tout le courant trinitaire qui devrait s'établir ?  Quelle visitation devrait être leur rencontre !  Cela suppose avant tout un respect du prochain, de ce prochain en qui Dieu transparaît. C'est ainsi que le père d'Origène baisait avec un infini respect la poitrine de son tout jeune fils endormi parce que la Trinité y reposait.

Résolution :

En réalité, que sont nos rencontres avec le prochain?  Il y a, certes, ces contacts violents avec ceux que la guerre ou la vie nous opposent en adversaires ou en ennemis.  Mais quelle est notre attitude vis-à-vis de ceux que Dieu a placés près de nous, et qu’Il a unis à nous par l'amitié, l'affection ou même un sacrement?
R.P.Victor de la Vierge

lundi 2 décembre 2019

DÉCEMBRE 2019






Je n'ai pas eu une minute depuis le mois dernier pour achever ce que j'avais commencé d'écrire. C'était une visite de notre Saint Fondateur, pleine de douceur et de réconfort, pour mon âme. Il m'en reste un parfum très suave et si je ne puis aujourd'hui écrire très exactement les paroles qu'il me fit entendre, je puis pourtant en marquer le sens. 

Notre Bienheureux Père me dit que nous avions été établies spécialement pour le service de l'Amour Infini, mais que nulle âme ne pouvait arriver à l'amour de Dieu si elle n'avait aussi une grande et vraie charité pour le prochain. Il me fit comprendre que les âmes ne s'élèvent que rarement à un degré supérieur d'amour envers Dieu parce qu'elles ne portent pas assez loin leur amour pour les autres; qu'il ne suffit pas de les servir et d'avoir une charité suffisante, mais qu'il faut porter dans les sentiments intérieurs une très exquise délicatesse. 

Il y a dans beaucoup d'âmes des sentiments vindicatifs et des mauvaises volontés qui ne sont pas cultivés volontairement, mais qui ne sont pas assez combattus et qui, n'étant que péchés véniels, ne font pas mourir la charité dans l'âme, mais empêchent le développement de l'Amour Infini. Il m'a enseigné cette extrême douceur des sentiments intérieurs qui rend l'âme si agréable à Dieu que le don de l'Amour lui est fait alors avec une très grande abondance. 

Il m'a dit qu'il fallait toujours tout pardonner et toujours rendre le bien pour le mal; puis il m'a dit que si je faisais toujours ainsi, l'Amour Infini ferait en mon âme son séjour de repos et de délices.

Journal intime
LM Claret de la Touche
p 180

Résolution :

En s’incarnant et en naissant dans une crèche, Notre-Seigneur nous a montré jusqu’où allait Sa charité envers les hommes, reflet de Sa Charité envers Son Père.  Que ferons-nous pour répondre à cet amour ?

jeudi 7 novembre 2019

NOVEMBRE 2019

MOYEN DE SOULAGER LES ÂMES DU PURGATOIRE : LA CHARITÉ 



Extrait de : "Un mois avec les âmes du Purgatoire" de l'abbé Berlioux (21ème jour)

1. La charité corporelle

La charité est une des vérités qui nous sont le plus souvent et le plus fortement recommandées dans  l'Évangile. Elle possède même, d’après St Thomas, une puissance de satisfaction plus grande que la prière ; ou plutôt elle double la force de nos prières et en assure le succès. L’ange disait à Tobie : « La charité sauve de la mort ; c’est elle qui efface les péchés ; elle retire l’âme des ténèbres, lui fait trouver grâce devant Dieu et lui assure la Vie Éternelle.» Quel moyen plus efficace pour soulager les âmes souffrantes ? Si en leur nom, nous exerçons la charité, les cris de reconnaissance des pauvres montent vers Dieu et triomphent de tout auprès de Lui. C’est une douce rosée qui tombe dans les flammes du purgatoire et en tempère les ardeurs. Le denier qui donne le pain du moment à un misérable de ce monde, donne peut – être à une âme délivrée une place éternelle, à la table du Seigneur. Soyons donc miséricordieux autant que nous pouvons l’être ; si nous avons beaucoup, donnons beaucoup ; si nous avons peu, donnons peu, mais donnons de bon cœur. « Heureux, s’écriait le psalmiste, celui qui comprend la douleur du pauvre et du délaissé : le Seigneur le délivrera au jour mauvais, Il l’assistera sur son lit d’angoisse et le récompensera éternellement. »

A l’œuvre donc, secourez les affligés de la terre, et vous soulagerez en même temps ceux qui pleurent. Mettez l’obole de la veuve dans la main du pauvre ; les captifs deviendront libres. 



2. La charité spirituelle

Si les biens nous manquent, si l’argent nous fait défaut, il nous reste la charité spirituelle qui fait du bien à l’âme et au cœur qui souffrent et gémissent. « Elle surpasse, suivant l’expression de St Thomas, la charité corporelle, comme l’esprit surpasse le corps » Les misères spirituelles sont bien plus nombreuses et plus déplorables que les misères corporelles. Or, la Divine Bonté permette que rejaillissent sur nos frères aimés du purgatoire les mérites que nous pouvons obtenir ainsi. Donc pour eux, soignons les pauvres malades. Pour eux, veillons au chevet des agonisants. Pour eux, protégeons les orphelins. Pour eux, consolons les veuves. Pour eux, essuyons les larmes de ceux qui pleurent. Ainsi notre charité diminuera les souffrances de ce monde, qui est un purgatoire de l’autre vie. Qu’est – ce - qui nous arrête quand il s’agit du soulagement et de la délivrance de ces chères âmes ? Qu’est – ce – qui pourrait nous servir d’excuse si nous les oublions, quand il nous est si facile de leur venir en aide ? Et qui viendra un jour à notre aide, si nous ne faisons rien pour les autres ?? 



3. Exemple

A Bologne, en Italie, une veuve avait un fils unique qui avait coutume de jouer sur la place publique avec les enfants de son âge. Un jour, un étranger troubla ses jeux, avec un mauvais vouloir évident. L’enfant lui cria de rester tranquille. L’inconnu, vexé, tira son épée et le transperça. Saisi de crainte, et surpris par la violence du geste imprévu qu’il venait d’effectuer, son épée sanglante à la main, il se mit à courir et se précipita dans une maison pour s’y cacher. Or, il se trouve que c’était la maison de l’enfant assassiné… Il arriva dans l’appartement de la veuve qu’il ne connaissait pas. A la vue de cet homme, de cette épée couverte de sang, elle demeura interdite. Mais entendant l’étranger lui demander « Au nom de Dieu » asile contre ceux qui le poursuivaient, elle promit de le cacher et de ne le point le livrer. Cependant, les gendarmes apprenant qu’il était entré dans cette maison, le cherchèrent partout, sans le trouver. Comme ils allaient repartir, ils demandèrent à la dame si elle savait que son fils avait été tué par cet assassin… A ces paroles, la mère tomba évanouie. Quand elle revint à elle, on crut qu’il serait impossible de la sauver, tant ce coup l’avait abattue. Mais s’en remettant en la Divine Providence, elle retrouva une grande énergie et résolut de pardonner au meurtrier de son fils, et plus encore, de le traiter avec charité. Elle alla à la cachette de l’assassin, ne lui fit pas de reproche, lui remit une bourse et lui indiqua une issue discrète, au bout de laquelle l’attendait un cheval sellé, prêt à partir. Sur ce, elle se mit en prière pour l’âme de son fils. A peine s’était – elle agenouillée, les bras en croix, devant un crucifix, pour supplier Jésus de prendre pitié de l’âme de son enfant, que son fils lui apparut, le visage heureux, rayonnant comme le soleil, et lui dit : « Chère Maman, ne pleure pas ! Il ne faut pas me plaindre, mais envier mon sort. Car la charité chrétienne dont tu as fait preuve envers mon meurtrier, m’a tiré immédiatement du purgatoire. La Justice Divine m’avait condamné à de longues années de souffrance, mais ton pardon a terminé, en un instant, toute mon expiation, et je suis auprès de Dieu où je resterai pour l’éternité. » Puis il disparut, laissant sa mère dans la joie, malgré son chagrin. 



Prions – Confiant en vos paroles, Ô mon Sauveur, je ne verrai plus désormais que votre Personne adorable, cachée sous celle du mendiant qui implorera ma pitié. Je pratiquerai la charité à celui qui me la demandera comme si je devais la faire à Vous – même. Mais ma charité ne se bornera pas aux vivants. Je veux qu’elle s’étende jusqu’aux morts et que celle que je ferai pour les pauvres de la terre serve aux pauvres du purgatoire et attire sur eux l’effusion de Votre Miséricorde. Doux Jésus, donnez leur le repos éternel ! 

Résolution

A notre époque, les âmes du Purgatoire sont bien oubliées !  Dans le NOM, qui pense encore à prier pour elles ?  L'oubli ou la négation de ce dogme, l'indifférence quasi générale ne leur apportent aucun secours ou soulagement.   Puisse notre fermeté dans la Fidélité être pour nous l'occasion de mériter pour elles ! 



mercredi 2 octobre 2019

OCTOBRE 2019

Récréation au Carmel


Mère bien-aimée, j'écrivais hier que les biens d'ici-bas n'étant pas à moi, je ne devrais pas trouver difficile de ne jamais les réclamer si quelquefois on me les prenait. Les biens du Ciel ne m'appartiennent pas davantage, ils me sont prêtés par le Bon Dieu qui peut me les retirer sans que j'aie le droit de me plaindre.  Cependant les biens qui viennent directement du bon Dieu, les élans de l'intelligence et du cœur, les pensées profondes, tout cela forme une richesse à laquelle on s'attache comme à un bien propre auquel personne n'a le droit de toucher…  Par exemple si en licence on dit а une sœur quelque lumière reçue pendant l'oraison et que, peu de temps après, cette sœur parlant avec une autre lui dise, comme l'ayant pensée d'elle-même, la chose qu'on lui avait confiée, il semble qu'elle prend ce qui n'est pas à elle. Ou bien en récréation, on dit tout bas à sa compagne une parole pleine d'esprit et d'à-propos;  si elle la répète tout haut sans faire connaître la source d'où elle vient, cela paraît encore un vol à la propriétaire qui ne réclame pas, mais aurait bien envie de le faire et saisira la première occasion pour faire savoir finement qu'on s'est emparé de ses pensées.

Manuscrits autobiographiques
(A Mère Marie de Gonzague : Lumières sur la Charité)


Résolution

La Charité doit se pratiquer même dans les biens spirituels.  Notre délicatesse va-t-elle jusque là ?

mercredi 11 septembre 2019

SEPTEMBRE 2019




A l’école de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Ce n'est pas toujours possible, au Carmel, de pratiquer à la lettre les paroles de l'Évangile, on est parfois obligé à cause des emplois de refuser un service, mais lorsque la charité a jeté de profondes racines dans l’âme, elle se montre à l'extérieur.  Il y a façon si gracieuse de refuser ce qu'on ne peut donner, que le refus  fait autant de plaisir que le don.  Il est vrai qu’on se gêne  moins de réclamer un service à une sœur toujours disposée à obliger, cependant Jésus a dit : " N'évitez point celui qui veut emprunter de vous. "  Ainsi sous prétexte qu'on serait forcée de refuser, il ne faut pas s'éloigner des sœurs qui ont l'habitude de toujours demander des services. Il ne faut pas non plus être obligeante afin de le paraître ou dans l'espoir qu'une autre fois la sœur qu'on oblige vous rendra service à son tour, car Notre- Seigneur a dit encore: " Si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir quelque chose, quel gré vous en saura- t-on? Car les pécheurs mêmes prêtent aux pécheurs afin d'en recevoir autant. Mais pour vous, faites du bien, PRÊTEZ SANS EN RIEN ESPÉRER, et votre récompense sera grande. "   Oh oui ! la récompense est grande, même sur la terre ...  dans cette voie il n'y a que le premier pas qui coûte.  Prêter sans en rien espérer, cela paraît dur à la nature;  on aimerait mieux donner, car une chose donnée n'appartient plus. Lorsqu'on vient vous dire d'un air tout à fait convaincu: " Ma sœur, j'ai besoin de votre aide pendant quelques heures, mais soyez tranquille, j'ai permission de notre Mère et je vous rendrai le temps que vous me donnez, car je sais combien vous êtes pressée. " Vraiment, lorsqu'on sait très bien que jamais le temps qu'on prête ne sera rendu, on aimerait mieux dire: " Je vous le donne. " Cela contenterait l'amour-propre car donner, c'est un acte plus généreux que de prêter et puis on fait sentir à la sœur qu'on ne compte pas sur ses services... Ah ! que les enseignements de Jésus sont contraires aux sentiments de la nature ! Sans le secours de sa grâce il serait impossible non seulement de les mettre en pratique mais encore de les comprendre. Ma Mère, Jésus a fait cette grâce à votre enfant de lui faire pénétrer les mystérieuses profondeurs de la charité; si elle pouvait exprimer ce qu'elle comprend, vous entendriez une mélodie du Ciel, mais hélas ! je n'ai que des bégaiements enfantins à vous faire entendre... Si les paroles mêmes de Jésus ne me servaient pas d'appui, je serais tentée de vous demander grâce et de laisser la plume... Mais non, il faut que je continue par obéissance ce que j'ai commencé par obéissance.


Manuscrits autobiographiques
(A Mère Marie de Gonzague : Lumières sur la Charité)

Résolution

Quelle est notre intention lorsque nous prêtons quelque chose ?  Mais surtout lorsque nous prêtons notre temps en rendant service ?

jeudi 1 août 2019

AOÛT 2019


Supporter les contrariétés



A l’école de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Plus encore que les autres jours je sens que je me suis extrêmement  mal expliquée. J'ai fait une espèce  de discours sur la charité qui doit vous avoir fatiguée à lire; pardonnez-moi, ma Mère bien-aimée, et songez  qu'en ce moment les infirmières pratiquent à mon égard ce que je viens d'écrire; elles ne craignent pas de faire deux mille pas, là où vingt suffiraient, j'ai donc pu contempler la charité en action ! Sans doute mon âme doit s'en trouver embaumée; pour mon esprit j'avoue qu'il s'est un peu paralysé devant un pareil dévouement et ma plume a perdu de sa légèreté. Pour qu'il me soit possible de traduire mes pensées, il faut que je sois comme le passereau solitaire, et c'est rarement mon sort.   Lorsque je commence à prendre la plume, voilà une bonne sœur qui passe près de moi, la fourche sur  l'épaule.  Elle croit me distraire en me faisant un peu la causette: foin, canards, poules, visite du docteur, tout vient sur le tapis; à dire vrai cela ne dure pas longtemps, mais il est plus d'une bonne sœur charitable et tout à coup une autre faneuse dépose des fleurs sur mes genoux, croyant peut-être m'inspirer des idées poétiques.   Moi qui ne les recherche pas en ce moment, j'aimerais mieux que les fleurs restent à se balancer sur leurs tiges. Enfin, fatiguée d'ouvrir et de fermer ce fameux cahier, j'ouvre un livre (qui ne veut pas rester ouvert) et je dis résolument que je copie des pensées des psaumes et de l'Evangile pour la fête de Notre Mère. C'est bien vrai car je n'économise pas les citations ... Mère chérie, je vous amuserais, je crois, en vous racontant toutes mes aventures dans les bosquets du Carmel, je ne sais pas si j'ai pu écrire dix lignes sans être dérangée; cela ne devrait pas me faire rire, ni m'amuser, cependant pour l'amour du Bon Dieu et de mes sœurs (si charitables envers moi) je tâche d'avoir l'air contente et surtout de l'être… Tenez, voici une faneuse qui s'éloigne après m'avoir dit d'un ton compatissant: " Ma pauvr' ptite sœur, ça doit vous fatiguer d'écrire comme ça toute la journée. "  - " Soyez  tranquille, lui ai-je .répondu, je parais écrire beaucoup mais véritablement je n'écris presque rien. " - " Tant mieux ! " m'a-t-elle dit d'un air rassuré, " mais c’est égal, j'suis bin contente qu'on soit en train d'faner car ça vous distrait toujours un peu. " En effet, c'est une si grande distraction pour moi (sans compter les visites des infirmières) que je ne mens pas en disant n'écrire presque rien.

Manuscrits autobiographiques
(A Mère Marie de Gonzague : Lumières sur la Charité)


Résolution


Comment supportons-nous les petites contrariétés de la vie quotidienne ?

dimanche 2 juin 2019

JUIN 2019


CINQUIÈME PAROLE
« J'ai soif.»





Extrait de : Du haut de la Croix (Mgr F. SHEEN)

Des sept cris, voici le plus court. Si dans notre langue il se compose de trois mots, il n'en comporte qu'un seul dans la langue originale. Au moment où Notre-Seigneur reprend son sermon, ce n'est pas pour une malédiction sur ceux qui le crucifient, ni un mot de reproche aux disciples apeurés au premier rang de la foule, ce n'est pas un cri de mépris pour les soldats romains, ni un mot d'espoir pour Marie-Madeleine, ni une parole d'amour pour Jean, ni un mot d'adieu pour sa mère. Ce n'est pas même à Dieu qu'il s'adresse en ce moment! Passant par ses lèvres desséchées, un mot terrible vient sourdre des profondeurs de son Sacré-Cœur : « J'ai soif! ».

Lui, l'Homme-Dieu, qui lança les étoiles dans leur orbite et les corps célestes à travers l'espace, qui « agita la terre comme une babiole à son poignet », qui du bout des doigts faisait tomber les planètes et les mondes, qui aurait pu dire : « La mer est à moi, et  avec elle les fleuves dans mille vallées, et les cascades dans mille collines », il demande maintenant à l'homme - l'homme, créature façonnée par ses mains - de l'aider. C'est à l'homme qu'il demande à boire! Non pas de l'eau de la terre, ce n'est pas là ce qu'il désire, mais de l'amour. « J'ai soif» - d'amour !

La parole précédente nous révélait les souffrances d'un homme sans Dieu; celle-ci nous révèle les souffrances d'un Dieu sans l'homme. Le Créateur ne peut vivre sans la créature, le berger sans brebis, ni la soif d'amour du Christ sans l'âme des chrétiens, seule eau qui puisse le désaltérer.

Mais qu'a-t-il fait pour prétendre à mon amour? Jusqu'à quel point Dieu m'a-t-il aimé? Oh! Si je veux savoir combien Dieu m'a aimé, que je sonde alors les profondeurs de sens de ce mot « amour », mot si souvent employé et si peu compris! Aimer, c'est avant tout donner, et Dieu a donné sa puissance au néant, sa lumière aux ténèbres, son ordre au chaos, et cela s'appelle la Création. Aimer, c'est confier des secrets à l'être aimé, et Dieu, dans les Écritures, a révélé les secrets de la nature, et ses grands desseins pour l'humanité déchue, et cela s'appelle la Révélation.  Aimer, c'est aussi souffrir pour l'être aimé, et c'est pourquoi nous parlons des traits et des flèches de l'amour - quelque chose qui blesse - et Dieu maintenant est en train de souffrir pour nous sur l'arbre de la Croix, car « nul ne peut avoir d'amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis ». Aimer, c'est aussi ne plus faire qu'un avec l'être aimé, non seulement dans l'unité de la chair, mais dans l'unité d'esprit, et Dieu nous a aimés au point d'instituer l'Eucharistie, afin que nous puissions demeurer en lui et lui en nous dans l'ineffable unité du Pain de vie. Aimer, c'est aussi désirer être éternellement uni à l'être aimé, et Dieu nous a tant aimés qu'il nous a promis la maison de son Père, où règnent une paix et une joie que le monde ne peut donner et que le temps ne saurait ravir, et cela s'appelle le Ciel.

Sans aucun doute son amour s'est épuisé. Le Christ ne pouvait faire plus qu'il n'a fait pour sa vigne. Ayant déversé toutes les eaux de son éternel amour sur nos pauvres cœurs desséchés, est-il surprenant qu'il ait soif d'amour? Si l'amour est réciproque, alors il est certain qu'il a droit à notre amour. Pourquoi n'y répondons nous pas?  Pourquoi laissons-nous le Cœur divin mourir de la soif 
des cœurs humains? A juste titre, il pourrait se plaindre :


Vois, tout te fuit, parce que tu me fuis !
Être étrange, pitoyable, futile !
Pourquoi quelqu'un te choisirait-il  pour t'aimer,
Puisque nul sauf moi ne fait grand cas de ce qui n'est rien ?
[(dit-il)
Et l'amour humain doit être mérité par l'homme:
Comment as-tu mérité-
Toi,  la plus vile parcelle de toute la grossière argile humaine? Hélas, tu ne sais pas combien tu es peu digne d'amour!
Qui trouveras-tu pour t'aimer, être indigne,
Si ce n'est moi,  et moi seul?
Francis THOMPSON.


Prière.

Ô Jésus, vous avez tout donné pour moi, et cependant je ne vous donne rien en retour. Combien de fois êtes-vous venu vendanger dans la vigne de mon âme, pour n'y trouver que quelques grappes! Combien de fois avez-vous cherché, pour ne rien trouver, avez-vous frappé, et la porte de mon âme vous restait fermée! Combien de fois m'avez-vous demandé à boire, pour ne recevoir de moi que vinaigre et fiel !

Combien de fois ai-je craint que, vous recevant, j'aie à renoncer à tout; sans comprendre que si j'avais la flamme, j'oublierais l'étincelle, si j'avais tout le soleil de votre amour j'oublierais la lueur d'une affection humaine, si j'avais le bonheur parfait que vous seul donnez  j'oublierais les bribes que peut donner la terre. Ô Jésus, mon histoire est la triste histoire du refus de rendre cœur pour cœur, amour pour amour. Par-dessus tous les dons humains, donnez-moi le don de sympathie pour vous.

Résolution

Comment vais-je répondre à cette demande ?